Les candidats aux municipales fichés par l’État

 Les couleurs politiques des listes seront rendues publiques. Celles qui refusent tout étiquetage et affirment n’être proches d’aucun camp sont aussi concernées. 

Mauvaise surprise pour les uns, simple formalité pour les autres. Impossible de se présenter aux élections municipales sans que ses opinions politiques soient affichées sur la place publique. Après dépôt des candidatures, le ministère de l’Intérieur place de manière discrétionnaire chaque candidat sur une grille représentative de l’ensemble des courants politiques. « Nous nous basons sur son programme, le positionnement de ses adversaires et l’ensemble de ses déclarations », détaille Cyrille Charnaud, secrétaire général de la sous-préfecture de Vienne (Isère). L’administration attribue aussi une “nuance” à chaque membre de la liste afin que le nuançage global soit le plus précis possible, la majorité l’emportant.

La grille sur laquelle sont placés les candidats aux municipales
La grille sur laquelle sont placés les candidats aux municipales (cliquer pour agrandir)

Cette classification dérange les candidats qui se présentent “sans étiquette”. Beaucoup mettent en avant des candidatures autour d’un projet local, loin des clivages habituels et refusent de se voir placés à gauche, à droite ou au centre. Certains se disent même dans l’incapacité de remplir le formulaire pour chaque colistier : « Nous ne parlons jamais politique, juste de la commune, alors je ne sais pas où ils se situent sur le plan national », témoignent-ils. « Il arrive parfois que la nuance soit impossible à déterminer. Nous indiquons alors “divers”, mais c’est très rare », précise Cyrille Charnaud qui assure que cette analyse n’est pas faite « au doigt mouillé » et qu’il y a très peu d’erreur.

Des informations conservées pendant 20 à 30 ans

Avant leur suppression en 2008, les RG (Renseignements généraux) procédaient au recoupement des informations en vue de ce classement. Récemment, la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) a autorisé l’attribution de cette nuance politique par l’administration. Dans une délibération du 19 décembre 2013 elle justifie cet accord par l’intérêt public, dans la mesure où ces données ne sont pas communiquées par les personnes concernées alors qu’elles permettent aux citoyens d’être informés et de voter en conséquence. « C’est aussi un puissant outil d’analyse, ajoute le secrétaire général de la sous-préfecture de Vienne, qui permet de déterminer les tendances des résultats et de faire des prévisions électorales, notamment pour les sénatoriales (pour lesquelles ce sont les maires qui votent, ndlr). Même pour les listes sans étiquette, les élections municipales sont très politiques. »

En cas d’erreur ou de désaccord, les candidats pourront toujours contester les informations contenues sur le fichier à propos de leur “nuance politique”. Celle-ci ne les empêche par ailleurs pas d’afficher publiquement l’étiquette qu’ils désirent. Seulement répertoriées pour les communes de plus de 1000 habitants, ces données seront conservées pendant une durée de 20 ans, pour les candidats, et de 30 ans, pour ceux qui sont élus. « Elles ont vocation à être rendues directement accessibles au public », précise Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de la CNIL, dans la délibération de décembre. Elles seront donc consultables librement sur le site du ministère de l’Intérieur.

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