Michel Gondry transforme les anciens abattoirs de Casablanca en studio de cinéma amateur

 Après Sao Paulo, Johannesburg, Rotterdam ou encore Moscou, l’usine de films amateurs du réalisateur de cinéma Michel Gondry s’est installée à Casablanca, au Maroc, jusqu’au 30 avril. L’événement se déroule dans un endroit pour le moins original : les anciens abattoirs de la ville. Les lieux, transformés pour l’occasion en studio de cinéma miniature, accueillent chaque jour des groupes de 5 à 20 personnes qui viennent imaginer et tourner leur film, en l’espace de trois heures. Objectifs : encourager la créativité et démocratiser le 7e Art. Des élèves d’une classe de 4e d’un collège de Casablanca se sont prêtés au jeu, accompagnés d’un de leurs professeurs.

Les anciens abattoirs de Casablanca (photo Marie Tarteret/8e étage)
 Les anciens abattoirs de Casablanca (Photo Marie Tarteret/8e étage)

À première vue, rien ne laisse présager qu’un studio de cinéma modèle réduit se cache dans l’un des bâtiments des anciens abattoirs de Casablanca. Construite dans les années 20, l’usine d’abattage de la plus grande ville du Maroc a cessé de fonctionner il y a une quinzaine d’années. Les édifices, aujourd’hui à l’allure désaffectée, ont conservé leur âme originelle : il suffit de lever la tête pour constater au plafond la présence toujours intacte de l’imposant mécanisme en acier destiné à transporter les carcasses d’animaux. C’est donc sous d’immenses rails auxquels sont suspendus des centaines de crochets à viande qu’un groupe de sept collégiens s’apprête à participer à une expérience cinématographique unique en son genre : fabriquer leur propre film, de A à Z. Bienvenue à l’usine de films amateurs du cinéaste Michel Gondry, qui fait escale à Casablanca jusqu’à fin avril.

(photo Marie Tarteret/8e étage)
(Photo Marie Tarteret/8e étage)

Depuis sa création en 2008, l’usine de films amateurs se balade un peu partout dans le monde. N’importe qui peut s’y rendre. Les participants, réunis en groupe de 5 à 20 personnes, décident du scénario de leur film, qu’ils joueront dans la foulée. « L’entrée est gratuite. L’objectif est de démocratiser le cinéma en amenant le grand public à la création. Nous voulons également que le plus grand nombre de personnes puisse participer  », indique Michel Gondry, le réalisateur de La Science des rêves, ou, plus récemment, de L’Écume des jours. Le cinéaste déambule, l’air de rien, entre les décors du studio de cinéma éphémère qui émerge au milieu de l’ancienne boucherie. Il est de passage à Casablanca pour le lancement du projet avec toute son équipe, afin de régler les derniers détails de la mise en place.

Le groupe de collégiens est accompagné par leur professeur de langue, Khalid Hadria. « C’est une véritable chance pour eux », précise-t-il. « Notre collège n’a pas forcément beaucoup de moyens et n’est pas bien équipé. L’usine de films amateurs est une très belle occasion d’initier les élèves à la création cinématographique  », rajoute le professeur qui souhaiterait voir par la suite la création d’un atelier de théâtre au sein du collège. Aujourd’hui, l’homme se place sur un même pied d’égalité avec les adolescents, en participant avec eux à l’élaboration du film. Ici, aucune prise de tête, c’est le côté ludique qui prime. Ils ont trois heures devant eux pour réaliser leur film.

Direction le premier atelier. Il est question d’élaborer le scénario du film et de choisir les différents décors où seront tournées les scènes. Après une concertation collective et un vote final à main levée, la trame de l’histoire est posée : un groupe de touristes égarés décide de se rendre dans un café. Là, les voyageurs rencontrent par hasard un ami d’enfance, qui se propose de les loger. Une fois chez lui, le groupe de touristes tente de s’approprier la maison… Mais tout est bien qui finit bien, puisque leur hôte récupère finalement sa propriété.

Les décors ont été réalisés par un scénographe marocain. (Photo Marie Tarteret/8e étage)
Les décors ont été réalisés par un scénographe marocain. (photo Marie Tarteret/8e étage)

« Il faut surtout laisser place à la créativité, qui est la part la plus importante du projet » indique Essaidi Kawtar, la médiatrice en charge d’encadrer la petite troupe durant toute la création du film. Comme elle, ils sont une trentaine à occuper ce poste au sein de l’usine de films amateurs.

Une fois le scénario établi, la médiatrice conduit la troupe vers un second atelier pour sélectionner costumes et accessoires. Chacun fouille dans les déguisements pour pouvoir endosser le rôle de son personnage. Une étape qui provoque de nombreux fous rires, surtout quand les élèves coiffent leur professeur avec une perruque de cheveux longs grisonnants…

Direction l'atelier costumes. (Photo Marie Tarteret/8e étage)
Direction l’atelier costumes. (photo Marie Tarteret/8e étage)

Puis, c’est le moment tant attendu du tournage. C’est Basma, l’une des collégiennes, qui s’est proposée de tenir la caméra. « Un, deux, trois… action ! », lance la médiatrice, qui donne quelques conseils de cadrage à la jeune fille, et qui l’incite doucement à s’imposer en tant que caméraman. C’est parti pour la prise de la première scène. Rien n’a été écrit, mais chacun connaît les grandes lignes du scénario. L’improvisation fera le reste.

Il y a 26 décors au total, du commissariat, en passant par la chambre, le café, la plage, la discothèque, le salon marocain, ou encore le triporteur, un véhicule très répandu dans les rues de Casablanca, qui sert aussi bien au transport des personnes que des marchandises. « Les décors ont été réalisés par un scénographe marocain », explique Arianne Rousselier, l’assistante de Michel Gondry dans le cadre des usines de films amateurs. «  La scénographie est toujours différente d’un pays à l’autre. Elle doit s’adapter à la ville qui accueille l’usine de films amateurs, car c’est important que les participants ne se sentent pas perdus.  ». Le grand nombre de décors est là pour apporter du choix et favoriser l’inventivité. Quatre semaines ont été nécessaires pour les réaliser. En circulant à l’intérieur du bâtiment, on passe donc d’une ambiance à l’autre.

La première scène est tournée dans le tramway. (Photo Marie Tarteret/8e étage)
La première scène est jouée dans le tramway. (photo Marie Tarteret/8e étage)

Les collégiens tournent d’abord dans le décor qui représente le tramway. De vrais sièges de transport en commun, de grands écrans de télévisions sur lesquels défile le paysage de la ville de Casablanca et qui font office de fenêtre : le réalisme est frappant. Le tournage, qui dure une heure au total, se poursuit dans le triporteur, le café puis le salon marocain. Peu à peu, la timidité se dissipe. Les acteurs en herbe s’affirment. Le film est réalisé en « tournée montée », à l’aide d’une petite caméra. La technique consiste à tourner toutes les scènes dans l’ordre chronologique de l’histoire, en une seule prise à chaque fois. Le montage est donc très rapide et permet aux participants de voir leur film quasiment immédiatement après le tournage.

Le salon marocain. (Photo Marie Tarteret/8e étage)
Le salon marocain. (photo Marie Tarteret/8e étage)

Fin de l’après-midi. Les élèves réalisent la pochette de leur film, qui fait une quinzaine de minutes. Puis ils visionnent leur création collective dans une petite salle de projection installée à cet effet. La découverte de leur travail provoque des rires, mais aussi de la fierté. Une chose est sûre, l’expérience leur a plu.

Le café, lieu de rencontre de l’ami d’enfance. (Photo Marie Tarteret/8e étage)
Le café, lieu de rencontre de l’hôte des touristes égarés. (photo Marie Tarteret/8e étage)

Pas besoin d’être un groupe déjà constitué pour venir participer à l’usine de films amateurs. On peut aussi très bien s’inscrire individuellement et se greffer à une équipe de personnes que l’on ne connaît pas. « C’est très intéressant de voir comment les individus se comportent au sein d’un groupe, les interactions qui se forment et la créativité qui en ressort » précise Michel Gondry. Jusqu’à maintenant, l’usine de films amateurs était itinérante. Mais le cinéaste ne compte pas s’arrêter là, puisqu’il a pour projet d’ouvrir une usine de films amateurs pérenne en 2016 à Aubervilliers… dans une ancienne fabrique d’allumettes, cette fois-ci.

Le triporteur. (photo Marie Tarteret/8e étage)
Le triporteur. (photo Marie Tarteret/8e étage)

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1 commentaires

  1. Valdivielso 4 années ago

    Très bel article, qui fait chaud au coeur.
    L’Homme est Bon, pour ceux qui en doutent encore.

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