[BONUS] “Glasgow Effect” : combattre l’exclusion à la lame du rabot

La semaine dernière, nous vous parlions, sur 8e étage, des dessous du «  Glasgow Effect  ». Ce mercredi, nous vous emmenons de nouveau dans la plus grande ville d’Écosse pour vous faire découvrir un groupe de personnes ayant décidé de venir en aide à ceux qui se retrouvent trop souvent exclus. En réponse aux problèmes de chômage et d’addiction, l’association Galgael a décidé de prouver qu’il n’est jamais trop tard pour se réinsérer dans la société.

Association Galgael. (photo Thomas Halkin/8e étage)
Association Galgael, Glasgow. (photo  Thomas Halkin/8e étage)

Dans les années 1800, Glasgow était connue pour être la capitale mondiale de la construction navale. C’est la raison pour laquelle Gehan et Robin McLeod ont décidé, lorsqu’ils ont fondé Galgael, de mettre l’accent sur une production artisanale dans le plus pur style écossais. Pourtant, l’objectif premier de l’association n’est pas de relancer les chantiers de Glasgow, ni même de faire du profit, mais bien d’aider les exclus à retrouver une place dans la société au travers des valeurs véhiculées par « l’entraide et le travail manuel ».

L’association accueille une cinquantaine de volontaires ainsi que des apprentis venus suivre des cours « entièrement gratuits ». Ensemble, ils produisent depuis le début des années 90 des bateaux de petite taille, mais aussi de nombreux meubles et autres accessoires en bois. La plupart des créations sont ornées de symboles typiquement écossais à l’exemple de la traditionnelle croix celtique. Mais au-delà des motifs, ce sont surtout des techniques centenaires que les bénévoles de Galgael entendent bien perpétuer. Un respect de la tradition qui génère chez eux une véritable fierté.

Association Galgael, Glasgow. (photo Thomas Halkin/8e étage)
Association Galgael, Glasgow. (photo Thomas Halkin/8e étage)

Pas des marginaux


Les gens qui atterrissent à Galgael ont des parcours très différents, mais un point commun : s’être un jour retrouvé, d’une manière ou d’une autre, en marge de la société. Certains ont connu de longues périodes de chômage, d’autres n’ont jamais travaillé. Beaucoup ont souffert de problèmes d’addiction ou sont passés par la prison. Ici, le passé n’a plus d’importance, le mot d’ordre est « rédemption ».

« Nos portes sont ouvertes à tous, nous essayons de ne pas mettre les gens dans des cases. Ils ont besoin de sentir qu’ils ne sont pas considérés comme des marginaux ». L’esprit communautaire est très fort d’autant plus que l’association ne bénéficie d’aucune subvention, mis à part une aide directe de la ville qui leur fournit la matière première : le bois à travailler. Si d’un point de vue financier tout n’est pas toujours simple, ce qui fait la force de Galgael c’est son esprit d’entraide. Les recettes des ventes parviennent à peine à couvrir les dépenses, pourtant cela fait bientôt vingt ans que l’association tient bon.
Colin. (photo Thomas Halkin/8e étage)
Colin. (photo Thomas Halkin/8e étage)

Un nouveau départ


A Glasgow, l’histoire de Colin, soixantenaire aux cheveux déjà bien grisonnant, est presque banale. Il travaillait dans l’une des aciéries de la ville, comme ingénieur. Sans diplôme, cette place il se l’était faite à la force du poignet. Pourtant, un jour l’usine a fermé, comme presque toutes. A plus de cinquante ans, impossible pour lui de retrouver un vrai travail. « Je restais à la maison à ne rien faire, ma vie n’avait plus de sens » raconte-t-il. Alors il a lentement sombré dans la dépression. En se refermant sur lui-même, il a perdu progressivement contact avec la plupart des membres de sa famille. Puis sont arrivés les problèmes de santé. La mine grave, il semble presque s’excuser lorsqu’il confesse avoir perdu, pendant un moment, toute estime personnelle, « je n’étais simplement plus moi-même ». Il va s’en suivre une longue traversée du tunnel, une période de chômage qui durera presque 8 ans.

Début 2013, Colin entend parler de Galgael. Il décide de postuler comme apprenti. Il suivra un cours de travail du bois sur 24 semaines au sein de l’association. Six mois après sa formation, Colin est redevenu le moustachu jovial qu’il était naguère. Il a tout appris de l’artisanat du bois et ne compte plus le nombre de ses créations. Au terme de la formation, il a obtenu un certificat reconnu. Un maigre sésame pour retourner dans le monde du travail.
Colin. (photo Thomas Halkin/8e étage)
Colin. (photo Thomas Halkin/8e étage)

Pourtant sa décision est prise, s’il ne peut pas être embauché, il reviendra quand même frapper à la porte de l’association, en tant que volontaire cette fois-ci. Dorénavant, 5 jours par semaine, Colin aide les nouveaux arrivants à prendre leurs marques : « J’ai redécouvert ce que c’était d’être fier de son travail, et cela m’a fait sacrément du bien, maintenant c’est à mon tour de transmettre ce savoir à d’autres. »

Lorsqu’il déambule dans les locaux de l’association, il plaisante avec les plus anciens. L’ambiance est joviale, presque fraternelle. En revanche, lorsqu’il parle des dernières réalisations des apprentis il ne dissimule pas sa fierté. La lueur dans ses yeux ne saurait mentir, Colin a retrouvé le plus important : son estime de soi. « Galgael m’a aidé à réaliser que je pouvais encore faire quelque chose par moi-même, que je pouvais encore être utile à la société ».
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