Une expérience controversée a mené des scientifiques à recréer le virus mortel de la grippe espagnole

Des volontaires de la Croix Rouge américaine transportent une victime de la grippe espagnole, 1919. (photo flickr/British Red Cross)
 Des volontaires de la Croix Rouge américaine transportent une victime de la grippe espagnole, 1919. (photo flickr/British Red Cross)

Responsable de la pandémie la plus mortelle dans un laps de temps aussi court, le virus de la grippe espagnole a fait 50 millions de morts entre 1918 et 1919 avant de s’éteindre… Et d’être recréé presqu’un siècle plus tard par un groupe de chercheurs américains de l’Université de Wisconsin-Madison. Leur travail, ont-ils expliqué, a été d’inoculer des copies de la maladie de 1918 – reconstituées grâce à des fragments de grippe du canard – à des furets de laboratoire pour démontrer la facilité qu’aurait le virus à réapparaitre aujourd’hui.

Une probabilité que certains scientifiques pensent être accrue par le fait de synthétiser à nouveau un virus qui avait complètement disparu. Pour eux, les avancées scientifiques que permet une telle recherche ne justifient pas les risques qu’elle engendre. Mais selon le professeur Yoshihiro Kawaoka, à l’origine de l’étude, son travail est indispensable au développement de vaccins qui minimiseront les risques d’une nouvelle pandémie. « Le virus de la grippe aviaire présent dans la nature ne nécessite que peu de modifications pour pouvoir contaminer l’homme et nous avons besoin d’identifier ces mécanismes de mutation pour être mieux préparé », a-t-il déclaré à The Independant.

Le professeur Kawaoka a déjà été vivement critiqué pour avoir mené des études sur la souche H5N1 de grippe aviaire, mortelle pour l’homme mais dont la transmission entre humains est lente. Il avait, à l’époque, créé une version du virus très contagieuse pour en comprendre les spécificités. « Les scientifiques ne devraient pas prendre de tels risques sans preuve que leur travail pourra vraiment sauver des vies », a déclaré Marc Lipsitch, de l’Université d’Harvard. « Les scientifiques qui font ce travail sont tellement submergés par leur propre auto-glorification qu’ils ne se rendent plus compte de l’irresponsabilité de leurs actes », a déploré Roberto Kolter, professeur à la Harvard Medical School.

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