Le Brésil envisage de se tourner vers la culture d’eucalyptus transgénique

 Grâce à ses 3,5 millions d’hectares d’eucalyptus, le pays est l’un des leaders mondiaux de la production de pâte à papier. Mais si depuis des années ces arbres font l’objet d’un processus de sélection drastique pour améliorer leur rendement, le gouvernement brésilien envisage de passer à la vitesse supérieure en autorisant la culture et la vente d’une variété génétiquement modifiée d’eucalyptus.

Au Brésil, où les forêts couvrent 5,4 millions de kilomètres carrés, c'est-à-dire presque les deux tiers du territoire, plus de 60 000 kilomètres carrés sont dédiés aux forêts plantées. (photo flickr/victorcamilo)
 Au Brésil, où les forêts couvrent 5,4 millions de kilomètres carrés, soit près des deux tiers du territoire, plus de 60 000 kilomètres carrés sont dédiés aux forêts plantées dédiées à l’industrie.
(photo flickr/victorcamilo)

Le 4 septembre dernier, une audition publique à Brasilia, la capitale brésilienne, se penchait sur la possibilité d’introduire dans le pays des eucalyptus transgéniques bénéficiant d’un accélérateur de croissance. Ces derniers permettraient d’augmenter la production de bois d’eucalyptus d’environ 20 % tout en réduisant le temps nécessaire aux arbres pour arriver à maturité à cinq ans et demi au lieu de sept ans, comme l’indique la revue Nature. Les législateurs brésiliens examinent la question du bien fondé de cette pratique et devrait émettre un avis définitif d’ici la fin de l’année.

L’eucalyptus, arbre originaire d’Australie, est cultivé sur près de 20 millions d’hectares de par le monde, dont 3,5 millions au Brésil. L’entreprise Futuragene, qui assurerait la production de ces arbres génétiquement modifiés, a isolé une protéine bien spécifique permettant d’accélérer artificiellement la croissance des végétaux. Il va sans dire que l’adoption d’une telle pratique dans un pays où l’arbre est cultivé de manière intensive intéresse particulièrement les nombreux magnats de l’industrie du papier. Aux côtés des chercheurs et surtout défenseurs de l’environnement, ils attendent fébrilement les conclusions des législateurs brésiliens.

Aucune espèce d’arbre génétiquement modifiée n’a jamais été cultivée à grande échelle comme envisage de le faire le gouvernement brésilien. De ce fait, de nombreux mouvements écologistes se sont mobilisés et ont initié une vaste campagne contre l’utilisation de ces souches modifiées d’eucalyptus. Le 4 septembre dernier, à l’occasion d’une audition publique, 259 organisations membres du groupement (dont 106 en provenance d’Amérique du Sud) ont présenté deux lettres ouvertes à l’intention de la commission technique nationale de biosécurité, les suppliant de renoncer au projet.

Les chutes de Caracol à Canela, Brésil. (photo flickr/aurelianoaugusto)
Les chutes de Caracol à Canela, Brésil. (photo flickr/aurelianoaugusto)

L’entreprise israélienne de biotechnologie Futuragene, à l’origine de l’essence à croissance rapide incriminée, pointe pour sa part les bénéfices environnementaux de son invention. Selon son directeur exécutif Stanley Hirsch, interrogé par la revue Nature, la croissance plus rapide des arbres augmenterait leur potentiel d’absorption de dioxyde de carbone présent dans l’air de près de 12 %, contribuant ainsi à la lutte contre l’émission de gaz à effet de serre. Les eucalyptus transgéniques nécessiteraient également une moindre surface cultivable pour produire la même quantité de bois, limitant ainsi la destruction des forêts brésiliennes.

L’argument n’a pas convaincu les écologistes. D’une part, ils remettent en question l’objectivité des propos de Futuragene, rachetée en 2010 par le géant brésilien Suzano Pulp & Paper, premier producteur de pâte à papier du pays. D’autre part, comme le fait remarquer Anne Peterman, directrice exécutive de l’ONG Global Justice Ecology, les eucalyptus transgéniques ont des besoins plus importants en eau et en substances nutritives en provenance du sol.

Depuis la dernière convention des Nations Unies sur la diversité biologique en 2008, toute éventualité de culture d’arbres génétiquement modifiés doit d’abord faire l’objet d’une évaluation des risques sociaux et écologiques pour l’environnement sur le long terme. À en croire les signataires des deux lettres ouvertes, une telle évaluation n’aurait pas été effectuée par le pays. Par conséquent, un avis positif de la part des législateurs brésiliens constituerait une violation directe de ces accords.

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