Les Pussy Riot lancent un site d’information indépendant

 Un an après leur sortie de prison à la suite d’une amnistie présidentielle, les Pussy Riot lancent un nouveau site d’information indépendant à destination du public russophone. Il se concentrera, entre autres, sur le (très controversé) système judiciaire russe.

Maria Alyokhina et Nadezhda Tolokonnikova, membres iconiques de Pussy Riot, ont passé plus d'un an en prison suite à leur performance dans une église orthodoxe de Moscou en février 2012.  (photo Flickr/tvoe)
 Nadezhda Tolokonnikova et Maria Alyokhina, membres iconiques de Pussy Riot, ont passé plus d’un an en prison suite à leur performance dans une église orthodoxe de Moscou en février 2012.
(photo Flickr/tvoe)

La Russie n’est pas connue pour son exemplarité en matière de transparence et de liberté de l’information, loin s’en faut. Cette année, le pays s’est placé 148e au “classement mondial de la liberté de la presse” de Reporters Sans Frontières, sur un total de 180 pays. Face à ce triste constat, deux membres du collectif punk et féministe Pussy Riot, qui s’étaient fait connaître du public français à la suite de leur performance dans la cathédrale orthodoxe moscovite du Christ-Sauveur, ont décidé de lancer leur propre site d’information indépendant, Mediazona.

Le site, dont les contenus sont pour le moment disponibles uniquement en russe, s’attellera à couvrir les actions du gouvernement et l’application des lois dans les tribunaux et les prisons, mais aussi tout autre sujet qui serait traité de manière partiale par les médias publics russes. Une version en anglais devrait voir le jour dans les prochains mois.

La liberté de la presse dans le monde en 2014. (capture http://www.rsf.org)
La liberté de la presse dans le monde en 2014. (capture d’écran/http://www.rsf.org)

Les deux fondatrices du site, Maria Alyokhina et Nadezhda Tolokonnikova, ont pu faire personnellement l’expérience des limites de la liberté d’expression en Russie, mais aussi des conditions de détention auxquelles font face les prisonniers. “Nous avons pu sentir, à même notre peau, tous les problèmes et les difficultés auxquelles sont confrontés ceux qui sont détenus dans les prisons russes”, ont-elles déclaré dans une interview accordée à Mashable. Le site Mediazona, lancé jeudi dernier, emploie une dizaine de personnes à temps plein. Une dizaine d’autres travaille en parallèle pour l’ONG de défense des droits de l’homme, Zona Prava, fondée par Alyokhina et Tolokonnikova durant leur séjour en prison.

Condamnées pour “hooliganisme motivé par une haine de la religion”, les deux jeunes femmes ont passé presque deux ans derrière les barreaux avant d’être libérées à l’occasion d’une amnistie générale déclarée par le président russe Vladimir Poutine, en même temps que d’autres opposants du régime comme l’oligarque russe Mikhaïl Khodorkovski.

Depuis l’éclatement de la crise ukrainienne, les médias russes font l’objet de vives critiques de la part des organisations de défense de la liberté de la presse. Dans leur viseur, entre autres, la chaîne d’information en continu en langue anglaise Russia Today, considérée par beaucoup comme un véritable organe de propagande du régime.

Depuis le retour au pouvoir de Vladimir Poutine, en 2012, le gouvernement russe, qui possède déjà la plupart des chaînes télévisées et des journaux du pays, a accru davantage son influence sur ce qu’il reste de presse indépendante russe. En décembre 2013, le célèbre média indépendant RIA Novosti, plusieurs fois primé pour la qualité de ses publications, fermait ses portes à la suite d’un décret présidentiel.

Le site d’information des Pussy Riot risque d’être très prochainement confronté à des problèmes similaires. En premier lieu, l’obligation pour les blogueurs, mais aussi pour tout autre média en ligne de s’enregistrer auprès du gouvernement. Une mesure mise en place au mois de mai dernier. Pour le moment, toutes les tentatives d’enregistrement du média auprès des autorités compétentes se sont révélées infructueuses.

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