Les Libériens ont longtemps cru que l’Ebola était une “gigantesque arnaque” de leur gouvernement

  La corruption endémique qui gangrène leur pays a amené les Libériens à croire que la pandémie Ebola était en réalité une “gigantesque arnaque” mise sur pied par leur gouvernement afin de recevoir des aides internationales puis d’en détourner les fonds.

Une équipe médicale se préparant à aller au contact de la population en Guinée.  (Source Commission Européenne DG Echo)
  Une équipe médicale se préparant à aller au contact de malades atteints du virus Ebola en Guinée en août 2014.
(Source Commission Européenne DG Echo)

En juin dernier, le virus Ebola atteignait la ville de Monrovia, capitale du Libéria, déclenchant un vent de panique sans précédent. C’était la première fois, depuis le début de l’épidémie d’Ebola la plus mortelle de l’histoire, qu’une zone si densément peuplée se retrouvait frappée de plein fouet par la maladie. Au cours des trois dernières semaines, la situation ne s’est pas améliorée, loin de là. Le nombre de cas recensés dans le pays a même augmenté de moitié. A en croire l’OMS, plus de 1578 personnes seraient déjà décédées des causes de la maladie dans le pays, dont plus de 40% dans la région de la capitale du Libéria. Malgré cela, le virus continue à se répandre de façon quasi-incontrôlable.

Pourquoi ? Tout simplement parce qu’une partie de la population a longtemps cru (et, parfois, continue de croire) que l’Ebola n’est en fait qu’une “gigantesque arnaque” mise en place par le gouvernement libérien pour attirer les aides internationales avant d’en détourner l’argent, à en croire le site d’information The Nation. Que ce soit à Monrovia, où ailleurs dans le pays, il règne toujours à l’heure actuelle un climat de déni. Les campagnes du ministère de la Santé libérien, mais aussi des organisations internationales, sont accueillies avec méfiance par des communautés locales qui ont depuis longtemps perdu confiance en un gouvernement considéré comme l’un des plus corrompus de la planète. Liebrecht Lierman, en charge de la branche libérienne de l’ONG African Development Corps affirmait même récemment que “la méfiance envers le gouvernement peut-être considérée comme la première cause de l’épidémie ».

Le système de santé libérien était déjà en bien mauvais état avant même l’apparition des premiers cas d’Ebola. En cause, une gestion déplorable qui a conduit le pays de 4,4 millions d’habitants à ne disposer que d’un médecin pour 100 000 patients.

Distribution de nourriture par la Croix-Rouge locale dans les rues de Monrovia en août 2014. (Source USAID US)
Distribution de nourriture par la Croix Rouge dans les rues de Monrovia en août 2014.
(Source USAID US)

Si la crise touche plus sévèrement le Libéria que les pays voisins – comme la Guinée et le Sierra Léone dont les villes restent largement épargnées – ce serait donc à cause de la corruption qui gangrène le pays depuis de nombreuses années. Même au Nigéria, où des cas ont été recensés à Lagos, les zones urbaines touchées ont pu rapidement être placées en quarantaine. A cela s’ajoute également des raisons culturelles qui accentuent le climat de méfiance envers les actions menées par le gouvernement pour tenter d’enrayer l’épidémie. En premier lieu : la croyance très répandue que la maladie serait le résultat d’une forme de sorcellerie baptisée “juju”.

Des rumeurs semblables ont également circulé dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest et notamment au Nigéria. La semaine dernière, en Guinée, c’est toute une équipe médicale, et les journalistes étrangers qui les accompagnaient, qui ont été tués par des villageois convaincus que ces derniers venaient dans le but de les contaminer.

Ebola

Depuis décembre 2013, la pandémie Ebola en Afrique de l’Ouest aurait infecté plus de 5800 personnes et fait plus de 2800 victimes humaines, dont 181 membres du personnel médical. Des patients atteints du virus ont été officiellement identifiés dans cinq pays : République du Congo, République de Guinée, Libéria, Nigéria et République de Sierra Leone. Le 8 août dernier, l’Organisation Mondiale de la Santé a déclaré que l’épidémie “constitue un événement extraordinaire et un risque pour la santé publique dans d’autres États ».

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