[T’as pas 2 balles ?] Un artiste veut construire une maison sur la Lune

 L’artiste et entrepreneur suédois Mikael Genberg entreprend de construire la première habitation lunaire avant fin 2015. Un projet audacieux, baptisé « The Moonhouse », qui devra réunir 250 000 dollars via le site de financement participatif Kickstarter d’ici le 28 octobre prochain pour pouvoir être lancé. La chronique “T’as pas 2 balles ?”, vous propose de découvrir ce projet de financement participatif qui a des ambitions bien plus grandes que celle de seulement faire alunir une maisonnette rouge et blanche.

(Sara Medina Lind/Moonhouse project)
(Sara Medina Lind/Moonhouse project)

Octobre 2015. Le Griffin Lander, un engin spatial de la compagnie américaine Astrorobotics, spécialisée en robotique spatiale, se pose sur la Lune, plus précisément au niveau du Lacus Mortis, après un voyage de quatre jours depuis la Terre. Après avoir inspecté les alentours, le module déploie une curieuse boîte de 1,7 kg (10 kg sur Terre). En quelques minutes, le kit se transforme en une maison de 2,5 mètres de haut, 3 mètres de large et 2 mètres de long. Elle peut résister à des températures allant de -150 °C à 120 °C, et elle est faite d’un bois couleur rouge de Falun et de pignons blancs. L’Homme vient de construire avec succès sa première habitation sur la Lune, et il s’agit d’une maisonnette suédoise typique.

Ce saut dans le temps et dans l’espace n’est pas une scène du prochain Spielberg, mais pourrait bien être l’aboutissement d’un projet tout à fait sérieux baptisé « The Moonhouse ». Mêlant art et technologie, il s’agit d’une collaboration entre l’artiste suédois Mikael Genberg, la société Astrobotics et les « meilleurs ingénieurs en technologie spatiale de la planète », suédois également, explique la page Kickstarter du projet. Grâce au désormais célèbre site de crowdfunding, les acteurs de la Moonhouse espèrent pouvoir récolter le quart de million de dollars qui leur permettraient de financer un premier prototype d’ici le 28 octobre, avant de viser une prochaine étape : réunir 15 millions de dollars pour lui faire parcourir les 384 000 kilomètres qui le séparent de la Lune.

Mikael Genberg, l'artiste suédois à l'origine du projet. (photo Flip-Flop Interactive)
Mikael Genberg, l’artiste suédois à l’origine du projet. (photo Flip-Flop Interactive)

Initié en 1999 par l’agence spatiale suédoise, le projet est à l’étude depuis longtemps. C’est en 2003 que Mikael Genberg a rejoint l’aventure, lorsqu’il a simplement appelé l’agence pour proposer son idée de maisonnette suédoise. « Je leur ai dit : “J’ai entendu que vous alliez sur la Lune et j’aimerais vraiment y construire une maison rouge, peut-être que je pourrais me joindre à vous ?” », raconte l’artiste. Un an plus tard, une étude montre que les plans de Mikael Genberg sont techniquement viables. En 2009, alors que la Moonhouse continue de se perfectionner, le Suédois va même jusqu’à en monter un modèle sur une sphère géante, le « Globen  », un bâtiment situé en plein centre de Stockholm.

(Holger Ellgaard)
(Holger Ellgaard)

Mais en 2010, faute de financement, le projet doit être mis en pause. « À cause de la crise financière », explique le site officiel de la Moonhouse. C’est donc vers les citoyens, et non plus les états, que l’équipe se tourne aujourd’hui, alors que Mikael Genberg continue de construire des habitations insolites, comme des hôtels sous l’eau.

L’idée générale du projet serait de rendre la Lune accessible à tous. « Jusqu’ici, les voyages dans l’espace n’étaient réservés qu’à quelques privilégiés. Si assez de personnes se joignent à la Moonhouse, ce ne sera plus le cas. […] Tout le monde pourra participer à changer la donne dans l’espace », promet le projet. Estimant que chaque dollar rapprocherait la Moonhouse de 25 mètres supplémentaires de la Lune, Mikael Genberg ajoute qu’il s’agit de l’opportunité parfaite pour montrer le pouvoir qu’auraient les individus en travaillant ensemble. « Si on parvient à faire cela, on pourra tout faire », avance-t-il.

(Sara Medina Lind/Moonhouse project)
(Sara Medina Lind/Moonhouse project)

Mais pourquoi une maison suédoise ? Simplement parce qu’il s’agit d’un des symboles les plus représentatifs et une fierté du pays d’origine du projet. Un artiste britannique aurait peut-être proposé une cabine téléphonique rouge, un Égyptien une pyramide, un Inuit un igloo… Pour Johan Molin, le directeur général de Falu Rödfärg, une entreprise suédoise qui produit cette peinture rouge si particulière et qui participe à la Moonhouse, il s’agit de représenter « l’identité nationale » de la Suède, explique-t-il sur le site du projet. Mikael Genberg espère également que la maisonnette rouge deviendra dans le futur un symbole de prospérité qui permettra de «  voir plus grand et briser plus de barrières mentales ».

Alors qu’une agence telle que la NASA aurait certainement opté pour une solution plus pratique telle qu’une capsule ronde, par exemple, le projet Moonhouse estime que l’association entre art et technologie n’est en rien un frein à son aboutissement. Profitant du voyage de la compagnie Astrobotics, qui prévoit quoiqu’il arrive de lancer son Griffin Lander, un robot lunaire ultra-perfectionné, en octobre 2015, Mikael Genberg a réussi à convaincre ses collaborateurs scientifiques que le côté insolite pouvait non seulement faire partie intégrante du projet, mais aussi en être un moteur.

(Moonhouse Project)
(Moonhouse Project)

Le concept de la maisonnette rouge vise avant tout à symboliser « les limites à repousser ». « Tout le monde a sa propre représentation de la Moonhouse », dit l’artiste. Pour lui, son projet artistique peut être résumé en un seul mot : communautaire. « La Moonhouse ne m’appartient pas […]. En fait, elle ne pourrait pas être réalisée si elle n’appartenait qu’à une seule entité. La Moonhouse appartient à tout le monde », assure-t-il.

Les ingénieurs du projet estiment avoir trouvé la meilleure solution pour que la maisonnette se déplie sans problème sur le satellite naturel de la Terre : une boîte assez compacte pour pouvoir être transportée, des matériaux pliables de la bonne épaisseur ainsi que les bonnes dimensions pour résister aux conditions de vie sur la Lune. Mais malgré les problèmes techniques imprévus qui pourraient survenir, l’un des obstacles majeurs au projet pourrait bien être le manque de financement. Récolter 15 millions de dollars en deux mois n’est en effet pas une mince affaire. Réponse le 30 novembre.

Un don de 1 dollar permet à la Moonhouse de se rapprocher de 25 mètres de la Lune. Pour 50 dollars, vous pouvez avoir votre nom imprimé dans la première habitation lunaire. Pour 10 000 dollars, vous pouvez « passer une nuit avec l’artiste ». Rien que ça.

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