On [re]dessine le monde : les sites secrets de la CIA

  Le terme “black site” provient du vocabulaire militaire et peut se rapporter à l’emplacement secret d’une prison ou au lieu de déroulement d’une opération confidentielle. Depuis quelques années, le terme est communément utilisé pour désigner les prisons secrètes de la CIA – l’agence centrale de renseignement étasunienne – créées dans le cadre de la “guerre contre le terrorisme ». Cette semaine “[On] redessine le monde” vous emmène à la découverte de ces zones secrètes, le plus souvent situées en dehors du territoire américain, qui bafouent le droit international depuis des années.

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La carte ci-dessus recense les potentiels “black sites” de la CIA. Les zones en bleu foncé indiquent les pays qui auraient procédé à ce qu’on appelle des extraordinary renditions – ce terme, difficile à traduire en français, désigne l’action de réaliser des transferts de prisonniers d’un pays à un autre, tout en restant hors du cadre judiciaire ou des procédures normales d’extradition. Les zones en bleu clair indiquent les pays par lesquels les prisonniers auraient transité et les zones en rouge leurs destinations finales. Les points noirs indiquent pour leur part les emplacements supposés des “black sites”.

Si l’existence de prisons secrètement contrôlées par la CIA avait été dénoncée dès 2005 par le Washington Post, ce n’est qu’un an plus tard que le président américain du moment, George W. Bush, reconnaissait officiellement l’existence des “black sites”. A l’époque, il avait annoncé le transfert de certains de ces détenus vers la prison de Guantanamo. A l’époque, on ne parle pas de torture, ni même d’illégalité. Les termes employés sont ceux de “détention préventive” et de “techniques d’interrogatoire renforcées”. Il aura fallu attendre la présidence de Barrack Obama pour que ce programme de la CIA soit officiellement suspendu.

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En tout, ce serait une cinquantaine de prisons secrètes qui auraient été en activité au début des années 2000. Elles auraient été réparties dans une trentaine de pays, dont plusieurs États membres de l’Union européenne, et en particulier la Roumanie et la Pologne. Au nombre de ces prisons s’ajouteraient aussi 17 navires de guerre transformés pour l’occasion en prisons flottantes. Des sites similaires ont également été reportés en Afghanistan et en Irak.

Le 24 juillet dernier, deux arrêts historiques rendus par la Cour européenne des droits de l’homme ont condamné la Pologne pour complicité avec la CIA dans la mise en place d’un programme concernant « la restitution, la détention secrète et la torture de personnes soupçonnées d’actes terroristes », à la plus grande joie d’Amnesty International, organisation à l’origine des révélations.

« La Pologne a coopéré à la préparation et à la mise en œuvre des opérations de remise, de détention secrète et d’interrogatoire menées par la CIA sur son territoire et aurait dû savoir que, en permettant à la CIA de détenir de telles personnes sur son territoire, elle leur faisait courir un risque sérieux de subir des traitements contraires à la convention européenne des droits de l’homme ».

La prison en question, située à Stare Kiejkuty, à 180 kilomètres au nord de Varsovie, a été en service pendant trois ans, de 2002 à 2005. Là-bas, dans l’illégalité la plus totale, de “présumés terroristes” étaient détenus et torturés.

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Le mois dernier, le département de la Justice des États-Unis devait rendre public un rapport du “United States Senate Select Committee on Intelligence” – une commission permanente du Sénat des États-Unis spécifiquement en charge de la surveillance des agissements de la communauté du renseignement américain – sur les “techniques d’interrogatoire renforcées” ayant été utilisées au sein des “black sites” de la CIA sous la présidence de George W. Bush.

Les documents devraient permettre d’y voir un peu plus clair quant au traitement qui était réservé aux présumés terroristes lors des interrogatoires conduits par les agents de la CIA – incluant les pratiques de torture par l’eau et de “stress position”. Le rapport avait été exigé par des députés de la majorité démocrate au regard de la loi pour la liberté de l’information. Les républicains et autres voix critiques envers la présidence d’Obama considère quant à eux que ce rapport n’est en réalité qu’une « tentative de jeter l’opprobre sur le président Bush » et qu’il « risque de semer le désordre dans le pays ».

Mais la commission du Sénat américain a déclaré fin septembre que ce fameux rapport ne serait finalement pas rendu public avant les derniers jours du mois d’octobre. C’est la seconde fois que la publication de ce document est repoussée. La raison invoquée ? Une volonté de le rendre “plus lisible” en se débarrassant des contenus précédemment “édités”. Il n’y a donc plus qu’à patienter pour connaître son contenu. En attendant, vous pouvez, comme le journaliste américain Rick Horowitz, vous demander si ce n’est pas le caviardage des documents secrets qui prend autant de temps aux membres de la commission… [Nous vous invitons à regarder la courte vidéo en anglais ci-dessous intitulée “Quelles sont les différents moyens de torture ? Faisons le compte”]

Le sujet vous intéresse ? Nous vous invitions à aller jeter un coup d’œil à l’excellent site de l’Open Society Foundations où vous trouverez pleins d’informations sur les “black sites” et les enquêtes actuellement en cours. Et si vous préférez une approche plus ludique, PBS Frontline a réalisé une carte interactive reprenant la quasi-totalité des informations disponibles sur les black sites et leurs emplacements. Bonne lecture !

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