Personne ne veut plus accueillir les Jeux Olympiques

 Gangrénés par la corruption et accusés d’engendrer des retombées économiques insignifiantes pour un coût faramineux, les Jeux Olympiques n’enchantent plus.

(photo flickr/singapore2010)
(photo flickr/singapore2010)

Les Jeux Olympiques d’hiver de 2022 auront lieu à Almaty, au Kazakhstan ou à Pékin en Chine. Ces villes sont les deux finalistes de la mythique course à l’organisation des JO. Une course qu’il n’a pas été très difficile de remporter étant donné que les deux villes étaient les dernières à maintenir leur candidature. Récemment, Cracovie en Pologne et Stockholm en Suède ont toutes deux abandonné la compétition, la première en raison de l’opposition de sa population, la seconde à cause d’un manque de soutien politique. Il y a deux semaines, la ville d’Oslo est venue s’ajouter à la liste des villes ne souhaitant plus organiser la compétition. Saint-Moritz, en Suisse, et Munich, en Allemagne, les avaient précédées en se désistant après une victoire du « Non » à l’occasion de référendums au cours desquels les populations avaient pu s’exprimer sur l’organisation des JO dans leur ville.

Pourquoi ce désamour pour l’organisation des Jeux Olympiques ? En premier lieu, accueillir la compétition est devenu une corvée pesante, extrêmement couteuse et très impopulaire. Le CIO (Comité international olympique) est de plus en plus critiqué et des déclarations comme celles d’Andrew Jennings, un journaliste d’investigation particulièrement connu pour son travail sur la corruption au sein de la FIFA, n’arrangent en rien la situation. En janvier dernier, il avait écrit que « les membres du CIO étaient les candidats parfaits pour une “perp walk” », cette tradition américaine dont avait été victime DSK et qui consiste à faire défiler un « présumé coupable » menottes aux poignets devant les caméras du monde entier. Il avait ajouté qu’ils n’étaient qu’une « bande infecte qui empeste la corruption ».

En parallèle de la corruption qui n’est plus à prouver – la station de Salt Lake City a déboursé 15 millions d’euros en cadeaux et pour l’accueil des membres du CIO afin d’obtenir les JO de 2002 –, ce sont les exigences princières du comité qui provoquent de vives critiques. Un média norvégien vient de publier le détail des requêtes du CIO auprès de la ville d’Oslo : une réunion entre les membres du comité et le roi, des entrées et sorties privatisées dans les aéroports pour les membres du CIO et des routes fermées pour l’occasion… Des requêtes de star jugées démesurées pour quelques personnes totalement inconnues du grand public.

Thomas Bach, président du CIO, lors de son voyage à Doha, au Qatar. (photo flickr/dohastadiumplusqatar)
Thomas Bach, président du CIO, lors de son voyage à Doha, au Qatar. (photo flickr/dohastadiumplusqatar)

Mais ce qui coince surtout, c’est le montant total de l’organisation des Jeux Olympiques. 43 milliards de dollars pour Pékin en 2008 et 51 milliards pour Sotchi en 2014. Des dépenses difficiles à justifier en temps de crise alors que beaucoup de pays sont encore obligés de s’infliger une cure d’austérité. Pourtant, l’argument majeur en faveur des Jeux Olympiques n’a-t-il jamais été l’existence de retombées financières extraordinaires sur la ville organisatrice ? Visiblement, les choses ne se passent pas vraiment de cette manière. Il n’y a qu’à regarder les photographies des friches que sont devenues les infrastructures olympiques d’Helsinki, de Sarajevo ou d’Athènes. Sans compter le cas particulier de Sotchi, dont les infrastructures risquent de connaître le même sort dans les 10 ans à venir et dont une majeure partie du budget olympique est soupçonnée d’avoir fini dans les poches des oligarques russes.

Joshua Keating, un journaliste du site américain Slate a écrit : « Généralement, les villes organisatrices de gigantesques évènements comme la Coupe du monde ou les Jeux Olympiques peuvent espérer au mieux que les conséquences économiques sur le long terme soient négligeables ». L’ « effet Olympique » ne serait donc que de la poudre aux yeux pour amadouer les villes.

En ce qui concerne les Jeux Olympiques d’hiver de 2022, le plus triste constat est qu’encore une fois, ceux-ci vont se dérouler dans un pays dont la conception des droits de l’homme et de la liberté d’expression est très particulière. La Chine et le Kazakhstan étaient, en 2011, classés respectivement 141e et 137e au classement de l’Indice des démocraties édité par The Economist. Et selon Joshua Keating, la propension des pays autocratiques ou oligarchiques à décrocher l’organisation des Jeux Olympiques au cours des prochaines années risque de s’accroitre. La compétition est un moyen pour eux de permettre aux riches de s’enrichir davantage, aux puissants d’asseoir leur pouvoir et aux gouvernements de parader auprès de leur population et du monde. Des valeurs bien loin de « l’esprit olympique ».

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