L’armée italienne fera pousser du cannabis dès 2015

 D’un commun accord avec le ministère de la Santé, l’armée italienne commencera à produire du cannabis dès 2015. En toile de fond de cette décision, l’objectif avoué de court-circuiter les réseaux illégaux de distribution de cannabis gérés par les mafias du pays.

(photo illustration/Federacion de asociaciones cannabicas)
(photo illustration/Federacion de asociaciones cannabicas)

C’est une activité pour le moins surprenante à laquelle se livrera l’armée italienne à partir de l’année prochaine. Des militaires cultiveront du cannabis dans l’enceinte d’une caserne située à proximité de la ville de Florence en Toscane. Mais si l’établissement chimique et pharmaceutique militaire, auparavant strictement dédié aux besoins des soldats, s’apprête à produire 80 à 100 kilogrammes de principe actif de cannabis par an pour le secteur civil, c’est seulement à des fins médicales. Cette production sera ensuite livrée aux pharmacies hospitalières qui l’utiliseront pour fabriquer des médicaments spécifiques moins chers que ceux d’importation. L’établissement militaire devrait à terme pouvoir subvenir aux besoin de toute la péninsule.

La mise en place de cette mesure a été entérinée par la signature à Rome, en septembre dernier, d’un accord entre la ministre de la Santé italienne, Beatrice Lorenzin, et la ministre de la Défense, Roberta Pinotti. Les deux femmes ont déclaré avoir uni leurs efforts afin de “produire des médicaments pour des pathologies extrêmement graves, comme la sclérose en plaques, ou dans le cadre de la thérapie de la douleur” et ce “uniquement dans l’intérêt des malades”. Cet accord dénué d’une “quelconque portée idéologique” a pour but de permettre à l’Italie de s’affranchir de sa dépendance envers les Pays-Bas, à l’heure actuelle principal fournisseur de cannabis à usage médical du pays (le gramme de principe actif est vendu environ 15 euros), ainsi que de lutter contre la vente illégale de cannabis par des dealers de rue.

La consommation de cannabis à des fins médicales a été légalisée en Italie en 2013. Si le pays n’est pas le premier à initier une telle démarche (les États-Unis et les Pays-Bas cultivent eux aussi leur propre cannabis), son originalité réside dans le fait d’avoir choisi le ministère de la Défense pour encadrer la culture de cannabis.

La production de la drogue et son commerce demeure des activités très rentables pour le crime organisé dans le pays. Après avoir dépénalisé le cannabis, l’Italie a d’ailleurs rétabli des lois prohibitionnistes. Ainsi, la culture et la possession de cannabis restent toujours considérés comme des crimes et sont passibles de peines de prison ferme. Impossible donc pour les consommateurs de “produire maison”, même sur indication médicale. La seule alternative légale est donc de passer par la filière officielle des pharmacies hospitalières au sein de laquelle les prix du cannabis thérapeutique peuvent être jusqu’à 10 fois plus élevés que ceux de la rue (environ 38 euros le gramme, ndlr).

C’est pour cette raison que le gouvernement tente par tous les moyens de faire baisser les coûts de programmes pharmaceutiques qui demeurent difficiles d’accès pour le citoyen lambda. Les autorités espèrent que l’expérience menée au sein de la capitale de la Toscane offrira enfin une alternative sans risque, et surtout légale, aux citoyens du pays. A en croire les calculs du ministère de la Santé, cultiver le cannabis en Italie pourra permettre de réduire de moitié le prix du produit final. Ce serait alors près d’un million d’habitants de la péninsule (contre quelques dizaines de milliers actuellement) qui pourraient bénéficier d’anti-douleurs à base de cannabis.

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