On [re]dessine le monde : 2014, l’année de tous les records de température

 Le très sérieux National Climatic Data Center (NCDC), qui dépend de l’agence météorologique nationale américaine, a rendu public ce lundi un bulletin mensuel aux conclusions alarmantes. Ce dernier positionne le mois de septembre 2014 sur la première marche du podium des mois de septembre les plus chauds jamais enregistrés par l’homme. Plus inquiétant encore, les douze mois qui viennent de s’écouler (octobre 2013 — septembre 2014) auraient constitué la période de douze mois consécutifs la plus chaude que l’homme n’ait jamais connu depuis le début des relevés de température en 1880. Aujourd’hui, dans “On [re]dessine le monde”, nous dressons pour vous le bilan, en trois cartes, d’une année 2014 en bonne voie pour battre tous les records de température.

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 Ce “GIF” reflète six mois de relevés climatiques. Les zones en rouge révèlent des anomalies de températures particulièrement inquiétantes.
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Cette année, la France a connu le mois de septembre le plus chaud jamais enregistré. Les températures moyennes dans le pays ont été supérieures d’1,6 degré Celsius par rapport aux températures moyennes entre 1981 et 2010.

Les pires relevés ayant été effectués dans le sud-ouest, en Bretagne et en Normandie. Dans ces régions, les températures ont été 2 à 4 degrés Celsius supérieurs à la moyenne. Pourtant, les Français ne sont pas les seuls à avoir pâti de cette vague de chaleur. Loin de là. En Australie, par exemple, le mois dernier a été le cinquième mois de septembre le plus sec de l’histoire du pays et dans l’ouest du pays, le plus chaud jamais connu.

Vous l’aurez compris, la liste est longue. Des records de températures ont aussi été battus en Algérie, en Espagne ainsi qu’au Mali. Le mois de septembre dernier a d’ailleurs été classé par le National Climatic Data Center comme le mois le plus chaud jamais enregistré à l’échelle mondiale. La température moyenne de la basse atmosphère (ou troposphère) s’est située au-dessus de la moyenne du siècle dernier de près de 0,7 °C – un chiffre qui monte à 0,9 °C en s’en tenant à la moyenne des terres émergées. Au sein de la quasi-totalité des zones du globe — à l’exception près du nord du Canada, de la Namibie, du sud de la Terre de Feu et de la Sibérie —, les températures ont excédé la moyenne des mois de septembre du siècle dernier. De plus, en considérant simplement les neuf premiers mois de l’année, 2014 serait déjà l’année la plus chaude jamais enregistrée après 2010, une autre année record.

“La hausse des températures 0,69 °C au cours des douze derniers mois bat les précédents records de 0,68 °C au-dessus de la moyenne établis au cours des périodes de septembre 1998 — Août 1998, août 2009 — juillet 2010 et septembre 1013 — Août 2014.”

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Le NCDC, qui dépend de la National Oceanic and Atmospheric Administration, se décrit lui-même comme “la plus grande base de données mondiale à jour sur le climat”. Tenu en haute estime dans le milieu des météorologistes, il publie de façon mensuelle des bulletins d’information sur les conditions climatiques aux États-Unis et dans le monde. Les chiffres du centre viennent conforter ceux du Goddard Institute for Space Studies (GISS), un laboratoire de la NASA en charge de la surveillance et la modélisation du climat.

Le dernier bulletin en date du NCDC nous apprend aussi que septembre a été le mois le plus sec pour le Royaume-Uni depuis août 1995. La sécheresse a également touché près de 30 % du territoire des États-Unis. En particulier, les États du Nevada et de la Californie qui ont du déclarer la quasi-totalité de leurs territoires respectifs en état de sécheresse avancée. Également touchée par cette vague de chaleur, la mer de Glace de l’Arctique a perdu près de 19 % de sa surface totale en comparaison de sa superficie moyenne entre 1981 et 2010.

À l’inverse, dans le nord de l’Inde, la région du Jammu-et-Cachemire a connu des pluies diluviennes début septembre, causant des inondations responsables de plus de 250 victimes. Parallèlement, la superficie de l’autre mer de glace du globe, celle de l’Antarctique a pour sa part augmenté de 6,6 %, un record.

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D’un point de vue global, ces records de températures tendent à confirmer, une fois encore, l’influence des gaz à effet de serre sur le phénomène de réchauffement climatique. Pourquoi ? Car ni El Niño (un phénomène cyclique faisant augmenter la température moyenne et qui se caractérise par une accumulation de chaleur dans la zone du Pacifique équatorial, ndlr), ni l’activité solaire – les deux éléments clés faisant varier les températures de manière naturelle – ne se sont particulièrement manifestés dernièrement. En effet, le NCDC précise qu’El Niño n’était tout bonnement “pas présent dans le courant du mois de septembre” et l’activité solaire (bien qu’actuellement à son pic pour le cycle en cours) s’avère être extrêmement calme par rapport aux cycles précédents.

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Et ce n’est pas fini. Selon le NCDC, il faut s’attendre à ce que les mois à venir soient plus chauds encore. Les prévisionnistes du centre de recherche tablent en effet sur “un retour d’El Niño d’ici un à deux mois”. Un retour qui durerait jusqu’au printemps de l’année prochaine selon leurs calculs. Conclusion : il suffirait que les trois derniers mois de cette année se placent dans la moyenne des températures relevée ces quinze dernières années pour que 2014 puisse être considéré, à égalité avec 2010, comme l’année la plus chaude jamais mesurée.

Ces pronostiques doivent cependant être pris avec précaution. En avril dernier, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) avait annoncé un probable retour de l’”enfant terrible du Pacifique” (le petit surnom d’El Niño) au début de l’été. Des prévisions qui ne s’étaient finalement pas réalisées…

Le sujet vous intéresse ? Nous vous invitons à consulter directement le dernier bulletin du NCDC. Pour les anglophones, vous pouvez également suivre le blog Future Tense alimenté entre autres par le météorologiste Eric Holthaus sur Slate, qui a inspiré cette chronique. Bonne lecture.

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