La Norvège développe des “robots tueurs”

 Les “missiles intelligents partiellement autonomes” financés par le gouvernement norvégien, aussi connus sous le nom de “robots tueurs”, inquiètent la Ligue norvégienne pour la paix (Norges Fredslag) qui considère que le projet s’inscrit en violation du droit international. En cause, la capacité de ces robots à prendre par eux même des décisions telles que tirer sur une cible ou même tuer.

(photo flickr/US Air Force)
(photo flickr/US Air Force)

Pour certains, ce sont des “missiles intelligents partiellement autonomes”, pour d’autres le qualificatif le plus approprié serait plutôt celui de “robots tueurs”. Quoi qu’il en soit, ces missiles d’un nouveau genre ont la capacité d’identifier leurs cibles automatiquement, mais aussi de prendre des décisions aux conséquences potentiellement létales et ce sans avoir besoin d’obtenir le feu vert d’un être humain.

Le gouvernement norvégien, qui développe cette technologie de “Joint Strike Missiles” (JSM) en partenariat avec l’entreprise norvégienne Kongsberg Gruppen depuis maintenant plusieurs mois, entend bien en équiper ses nouveaux avions de chasse de type F-35B. Au printemps dernier, Oslo a décidé d’allouer l’importante somme de 2,2 milliards de couronnes (soit 260 millions d’euros) au groupe qui développe ces robots tueurs.

Interrogé par The Local, Christof Heyns, professeur de droit international relatif aux droits de l’homme et rapporteur spécial des Nations Unies sur les Exécutions Extrajudiciaires, Sommaires ou Arbitraires, s’est montré particulièrement inquiet :

“Au cours de la dernière décennie, nous avons pu voir la distance entre le soldat et sa cible augmenter toujours plus. Mais ce à quoi nous assistons maintenant est tout simplement la transformation de l’arme en guerrier. La Norvège est un gros exportateur d’armes. De ce fait, nous devons être particulièrement attentif à la tenue de discussions éthiques sur le sujet.”

Christof Heyns a d’ailleurs recommandé au gouvernement norvégien de suspendre temporairement le développement des missiles en attendant l’établissement de nouvelles règles éthiques concernant leur utilisation. Un avis partagé par Alexander Harang, docteur en recherche sur la paix et membre actif de la Ligue norvégienne pour la paix (Norges Fredslag). Il considère qu’une discussion au niveau national est indispensable avant que le gouvernement norvégien ne finalise son projet.

De son côté la ministre de la Défense du pays, Ine Eriksen Søreide, a déclaré ne pas voir l’utilité de suspendre momentanément le programme dans la mesure où “aucune technologie s’inscrivant en potentielle violation des lois internationales n’a pour le moment été développée”. La ministre de la Défense a également rappelé que la Norvège adhère à la Convention sur certaines armes classiques (CCAC) mise en place par l’ONU au début des années 80.

La Norvège n’est pas le seul pays au monde où les robots tueurs inquiètent. Une campagne de mobilisation internationale contre le développement de telles technologies, du nom de “Stop Killer Robots” a d’ailleurs été lancée en avril 2013 par un regroupement d’ONGs dont Human Rights Watch.

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