Moscou pourrait punir l’utilisation de noms à consonance étrangère dans les pubs russes

 La mesure, qui sera présentée au parlement russe dans les prochains jours, vise à empêcher les entreprises de se montrer “irrespectueuses” envers la langue russe.

L'enseigne russe de vêtements de sport Bosco pourrait être concernée par la nouvelle loi. (photo flickr/Tim@SW2008)
 L’enseigne russe de vêtements de sport Bosco pourrait être concernée par la nouvelle loi. (photo flickr/Tim@SW2008)

De l’importance du choix des mots. La Russie, qui se montre chaque jour un peu plus nationaliste, n’est visiblement pas à l’adoption d’une loi absurde près. En 2006 déjà, la Douma (le parlement russe, ndlr) avait voté un texte interdisant aux entreprises de faire usage des termes occidentaux “sales” (soldes) et “discount” (promotion) dans leurs publicités. Depuis, il faut donc leur préférer (si possible) leur équivalent en russe ou les écrire phonétiquement en alphabet cyrillique le cas échéant.

Le nouveau projet de loi qui sera étudié par les parlementaires cette semaine à Moscou se propose de faire encore plus fort, comme l’explique The Moscow Times. En effet, s’il est adopté, les entreprises russes utilisant des “noms aux consonances étrangères” pour faire la publicité de leurs produits risquent de se trouver dans l’obligation de payer une amende. L’objectif de ce projet de loi serait d’inculquer le respect de la langue russe aux sociétés du pays :

“Les entreprises souhaitant afficher des noms ou des logos de marque écrits en alphabet latin ou utilisant des noms aux consonances étrangères dans les publicités devront s’acquitter d’une taxe spéciale.”

La proposition de loi, qui a de fortes chances d’être adoptée, a d’ores et déjà été paraphée par des membres des trois principales forces politiques de la Douma – Russie Unie (le parti du président Poutine), le Parti communiste de la Fédération de Russie et le Parti libéral-démocrate de Russie.

A la différence de la loi de 2006, la nouvelle loi interdirait aussi l’écriture phonétique de ces noms en alphabet cyrillique. “Seuls les produits commercialisés par des entreprises ayant leur siège social en Russie seront concernés”, assurait mercredi le site Internet officiel de la Douma. Le montant de l’amende – qui reste encore à déterminer – devrait être calculé en fonction des revenus générés grâce aux ventes du/des produit(s) des entreprises concernées.

A en croire les législateurs russes, cette loi, ciblant à la foi des entités légales et des individus, devrait décourager certaines entreprises de faire usage de “publicité mensongère” pour vendre des produits fabriqués en Russie mais dont on fait croire qu’ils sont étrangers. De plus, elle devrait empêcher ces mêmes entreprises de se montrer irrespectueuses envers la langue de Dostoïevski. Si elle cible tout particulièrement l’usage de l’alphabet latin, la question se pose encore concernant d’autres alphabets, comme l’alphabet grec ou les pictogrammes chinois.

Quoi qu’il en soit, cela ne devrait pas aider à freiner la vague massive d’émigration qui touche la Russie depuis le début de l’année. Au cours des huit premiers mois de 2014, plus de 200 000 Russes auraient quitté le pays. Plus qu’au cours d’aucune autre année, que ce soit sous la présidence de Vladimir Poutine ou de Dmitry Medvedev.

Recommandé pour vous

2 commentaires

  1. Clem 8 années ago

    Bonjour,

    Je trouve votre analyse maladroite.
    La défense linguistique face à la mondialisation n’est pas forcément la conséquence d’un nationalisme grandissant. Beaucoup de pays non-anglophones essayent de protéger leur langue traditionnelle. Par exemple la langue francophone est assez protégé :
    – En France via les nom des “objets numériques” en équivalent français
    – En Suisse avec – comme en Russie….- une volonté sur les termes commerciaux : http://www.lematin.ch/suisse/soldes-sale/story/12383601
    – Au Quebec (Je ne sais plus exactement)

    Voilà, tout ca pour conclure que j’y vois plus un acte de protection du patrimoine qu’un acte nationalisme (qui est beaucoup plus extrême).

    Répondre Like Dislike
    1. Benoit Jacquelin 8 années ago

      Bonjour Clem,

      Tout d’abord merci d’avoir pris le temps de commenter cet article.

      Votre analyse est totalement défendable. Il est vrai que dans de nombreux pays (et vous citez à juste titre la France, la Suisse et le Québec) des initiatives de différentes natures ont vu le jour afin de préserver le patrimoine linguistique des dommages pouvant lui être causé par la mondialisation (utilisation de plus en plus fréquente d’anglicismes, etc). En revanche, pour ce qui est du cas de la Russie cette mesure s’inscrit pour moi dans un contexte différent.

      Il y a bien sûr, à un certain degré, une volonté de préserver la (très belle) langue russe et de ce point de vue on ne peut que louer une telle initiative. Néanmoins, il faut également replacer ce projet de loi dans son contexte. La Russie de Poutine (surtout depuis la réélection de ce dernier en 2012), se pose de plus en plus comme un modèle alternatif aux “valeurs occidentales” qui sont décriées et (allégrement) critiquées par le gouvernement et le parti au pouvoir, mais aussi plus généralement par la quasi-totalité du paysage politique (à l’exception peut-être des libéraux et encore).

      De nombreuses lois ont été votées ces 2 dernières années dans le sens allant dans le sens d’un véritable repli du pays sur lui-même. Pour n’en citer qu’une, je parlerai de la loi communément nommée “anti-ONG”. Mais je pourrai également évoquer les loi “anti-gays” ou la condamnation à titre d’exemple des activistes Pussy-Riots, ou le retour sur le devant de la scène de l’Eglise Orthodoxe russe.

      Ayant voyagé en Russie et vivant moi-même en Europe de l’Est, mon expérience personnelle tend à me faire dire que la langue russe n’est pas si menacée que cela. En tout cas pas au même titre que peut l’être la langue française au Québec par exemple. Elle est au contraire, bien vivante et continue de s’enrichir. De mon expérience, les emplois d’anglicismes y restent rares, voir quasiment inexistant.

      Tout cela pour dire, que la montée du nationalisme en Russie ces dernières années m’apparaît difficilement contestable. Je vous invite à consulter les statistique du Levada Center à ce sujet pour vous en faire votre propre idée. La popularité grandissante de figures comme Alexei Navalny en est un indicateur plutôt parlant.

      Le pouvoir, et ce surtout depuis 2012 semble avoir décider de tabler sur des valeurs “russes” pour mobiliser ses troupes au sein du pays et écarter tout risque de “Maïdan” à Moscow, ce qui semble pour le moment fonctionner.

      Cette nouvelle proposition de loi est selon moi plus un message destiné aussi bien à l’occident et à ses supporters dans le pays qu’autre chose. De mon opinion, il est plus ici question d’image que de préservation de la langue. Après ceci n’est que ma modeste opinion, et je peux me tromper. Le sujet est bien sûr ouvert à la discussion.

      Cordialement,

      B.J.

      Répondre Like Dislike