La Chine interdit les jeux de mots

 Fini les jeux de mots et autres calembours dans les médias et les publicités de l’empire du Milieu. Une nouvelle directive – en provenance de l’administration d’État de la presse et des publications, de la radio, du film et de la télévision – invite les autorités qualifiées à “durcir la réglementation actuellement en vigueur et à sévir face aux usages inappropriées et inexactes de la langue chinoise, et tout spécialement des jeux de mots”.

Originellement,  le terme Cao ni ma (草泥马), aussi connu sous le nom de  "cheval de l’herbe et de la boue" ou de "lama boueux" désigne un mammifère domestique de la famille des  alpagas. Néanmoins, la ressemblance de cette appellation avec cào nǐ mā (操你妈, équivalent chinois de "nique ta mère") en a fait un mème très répandu sur l'Internet chinois et un symbole de la résistance contre la censure. (photo flickr/esunchien)
 Originellement, le terme Cao ni ma (草泥马) désigne un mammifère domestique de la famille des alpagas – aussi connu sous le nom de “cheval de l’herbe et de la boue” ou de “lama boueux”. Néanmoins, la ressemblance de cette appellation avec cào nǐ mā (操你妈, équivalent chinois de “nique ta mère”) en a fait un mème très populaire sur l’Internet chinois et par la même occasion un symbole de la résistance contre la censure.
(photo flickr/esunchien)

Après l’interdiction en salle du film Noé, la création de règles strictes quant aux possibles prénoms d’un enfant chinois et l’interdiction pour les journalistes de publier des informations sans l’autorisation de l’administration chinoise, le Bureau national de la presse, de l’édition et de la radio-diffusion revient pour une énième démonstration de respect des libertés fondamentales. Et comme les domaines qui échappent à la censure se font de plus en plus rares en République populaire de Chine, les nouvelles directives flirtent allègrement avec l’absurde.

La dernière en date consiste à bannir l’utilisation des jeux de mots au motif que ces manipulations linguistiques “contreviennent aux lois concernant le chinois parlé et écrit”, “rendent la promotion de l’héritage culturel plus difficile” et “risquent d’induire le public en erreur – tout particulièrement les enfants”, comme le rapporte le Guardian. La loi s’appliquera à de nombreux secteurs de la vie publique dont la presse dans son ensemble, les programmes télévisés et la publicité. L’objectif revendiqué est d’éviter que le pays s’enfonce dans un “chaos linguistique et culturel”, ont expliqué les autorités.

Pourtant, les jeux de mots font partie intégrante de la culture chinoise. Le mandarin standard (langue officielle en République populaire de Chine), avec ses 1 700 syllabes possibles (en comptant les tons), se prête tout particulièrement au procédé car la langue contient de nombreux homophones. Depuis toujours donc, c’est presque partout que s’immiscent ces astuces linguistiques, aussi bien dans les journaux que dans les publicités ou plus récemment sur les réseaux sociaux.

Officiellement, cette directive se veut être la réponse de Pékin à de multiples plaintes reçues par l’agence responsable de la censure. Pourtant, au delà de la question de la préservation de la langue chinoise, la mesure pourrait revêtir un caractère bien plus politique qu’il n’y paraît, comme le pointe très justement un article paru récemment sur Slate.

De nombreux internautes chinois – très largement soumis à la censure du régime – avaient pris pour habitude de faire usage de ces jeux de mots pour pouvoir discuter de sujets ou de personnages dont les noms avaient été préalablement bloqués par les censeurs.

Depuis 2012, la plateforme de micro-blogging Weibo – souvent considérée comme l’équivalent chinois de Twitter – applique des pénalités aux utilisateurs utilisant des jeux de mots pour contourner la censure.

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