Selon les Brésiliens, les favelas étaient plus sûres quand elles étaient tenues par les trafiquants

La favela de Rocinha (photo flickr/metamorfose_ambulante)
 La favela de Rocinha compte 120 000 habitants. (photo flickr/metamorfose_ambulante)

En 2008, le gouvernement brésilien décide de remédier à un problème qui ronge le pays depuis des dizaines d’années : la mainmise des gangs de trafiquants sur des quartiers entiers de Rio. Conjointement, l’ancien président Luiz Inacio Lula da Silva, le gouverneur de l’Etat Sérgio Cabral et le maire de Rio Eduardo Paes scellent une alliance et lancent une opération de « pacification » des favelas, en préparation de la Coupe du monde de football. Plutôt que de s’évertuer à lutter contre le trafic de drogue ###### – en vain – les forces de police se concentrent à faire baisser la criminalité et assurer le retour d’un État de droit en chassant les trafiquants des quartiers dans lesquels ils font la loi.

Afin d’éviter tout acte de violence, l’arrivée des unités de police est annoncée à l’avance afin que les gangs puissent quitter les quartiers. Dans la favela de Rocinha, par exemple, l’opération s’est déroulée à travers l’intervention de centaines de policiers et militaires, appuyés par des hélicoptères et des blindés. Un gigantesque dispositif dont l’ampleur a davantage un rôle intimidant. Sur le papier, l’opération est un franc succès. Dans les treize premières favelas ou la pacification a été menée, le gouvernement revendique une chute de 70% du nombre de morts violentes. Les décès dus à des interventions policières sont proches de zéro. En 2013, une quarantaine d’unités de police pacificatrice (UPP) avaient été installées dans les favelas de Rio.

Le 13 novembre 2011, le gouvernement brésilien lance l'opération de "pacification" dans le favela de Rocinha, habité par 120 000 personnes. (photo Rodrigo Lobo)
Le 13 novembre 2011, le gouvernement brésilien lance l’opération de “pacification” dans le favela de Rocinha. (photo Rodrigo Lobo)

Mais pour les habitants, la colline a simplement changé de patron. Fabiana Rodrigues, fondatrice du collectif Rocinha Em Foco, a raconté au site d’information The Observers comment les choses avaient évolué depuis l’arrivée des UPP dans son quartier en 2011. « Avant l’opération de “pacification”, on entendait moins de coups de feu et de cris, il y avait moins de vols… Curieusement, on se sentait plus en sécurité, peut-être parce qu’on était soumis à la “loi du trafic”. Maintenant, des gens nous contactent tous les jours pour nous raconter qu’ils se sentent en insécurité, ou qu’ils ont été témoins d’échanges de tirs, de vols et d’autres crimes dans la rue ».

Selon la jeune femme, le trafic de drogue a toujours lieu dans la favela et les promesses faites en matière de politique sociale n’ont pas été tenues. De plus, les opérations de « pacification » sont aussi entachées par des rumeurs de torture et de corruption visant les agents de l’UPP. « Avant, un enfant pouvait marcher tout seul dans la rue, sans peur. Aujourd’hui, c’est impossible », conclut Fabiana.

Recommandé pour vous