[T’as pas 2 balles ?] La « mission lunaire pour tous » promet d’enterrer le trésor numérique de 3000 humains

 La chronique « T’as pas 2 balles ? » explore les sites de financement participatif et leurs projets les plus fous pour tenter de comprendre à quoi ressemblera le monde de demain.

 Lunar Mission One, un projet lunaire britannique visant à envoyer un robot sur une partie peu connue de notre satellite naturel et d’y enterrer une “time capsule”, a gagné son pari de réunir plus de 750 000€ pour être lancé. L’aventure devrait prendre forme dans les dix prochaines années.

(photo Lunar Mission One)
(photo Lunar Mission One)

Après le succès de la mission Rosetta et sa sonde déposée sur une comète en novembre dernier, c’est au tour de la Lune de susciter un nouvel intérêt dans l’exploration de l’univers par les Terriens. La Lunar Mission One, un projet britannique qui s’autodéfinit comme « le projet lunaire le plus passionnant depuis le programme Apollo », vient de mener avec succès sa campagne de collecte de fonds, en réunissant un total de 859 286€ via le site de financement participatif Kickstarter. Autrement dit, nous allons retourner sur la Lune grâce à des individus férus d’espace et non pas à des agences gouvernementales.

Lunar Mission One a pour objectif d’envoyer un module robotique non habité dans le pôle Sud de la Lune — une zone que les missions précédentes n’ont pas explorée — pour y creuser un trou d’une profondeur d’entre 20 et 100 mètres. Grâce à ce forage sans précédent, les scientifiques de Lunar Missions Ltd., l’agence privée à l’initiative de cette nouvelle odyssée de l’espace, espèrent prélever des échantillons de roche lunaire vieux de 4,5 milliards d’années pour étudier la géologie de notre satellite, ses liens avec la Terre, les effets d’impacts d’astéroïdes, mais aussi y envisager l’installation d’une base humaine dans le futur.

Le forage du sol lunaire. (photo Lunar Mission One)
Le forage du sol lunaire. (photo Lunar Mission One)

« Beaucoup de projets scientifiques ont été menés sur la Lune, mais jamais sous sa surface », explique Richard Holdaway, un ingénieur du laboratoire de recherche spatiale britannique RAL qui prend part à l’aventure. La cinquantaine de missions lunaires qui ont été menées depuis la toute première en 1958 n’ont en effet jamais foré plus profondément que quelques mètres sous la surface. Et encore moins se sont-elles intéressées à cette zone lunaire.

Le pôle Sud de la Lune contient pourtant le plus gros cratère d’impact connu du système solaire (environ douze kilomètres de profondeur) et forme ainsi un point d’accès idéal pour en comprendre ses origines. Une mine d’informations gigantesque qui a attisé la curiosité de plus de 7000 donateurs ayant versé au projet des sommes allant de 4 € à 6000 €. Mais au-delà de la zone d’exploration, Lunar Mission One a d’autres objectifs qui ont, semble-t-il, largement plu au public. « Un de nos principaux objectifs est de comprendre la structure lunaire, mais ensuite, nous souhaitons aussi y enterrer quelque chose », ajoute Richard Holdaway.

Par « quelque chose », le scientifique veut parler d’une capsule temporelle contenant une archive de l’histoire terrienne tout entière que le module ensevelira sous la surface de la Lune. En plus de cette base de données détaillant la biodiversité de notre planète — des récifs coralliens aux forêts tropicales en passant par les habitations humaines — la capsule renfermera aussi tout ce que les 3000 donateurs du projet ayant participé à hauteur de 75 euros minimum souhaiteront rendre, peut-être, éternel dans l’espace. Il pourra ainsi s’agir de leur nom, de photos, de vidéos, de messages personnels, d’une chanson ou même d’une mèche de cheveux.

Les "time capsules" que pourront remplir les internautes. (photo Lunar Mission One)
Les “time capsules” que pourront remplir les internautes. (photo Lunar Mission One)

« La mission Rosetta a ouvert la voie à une nouvelle ère d’exploration innovante de l’espace et démontre la volonté du public de découvrir les secrets du système solaire », explique le fondateur de Lunar Missions ltd, David Iron, sur la page du projet. « Nous voulons que ce projet soit vraiment une mission internationale à laquelle n’importe qui, n’importe où, puisse participer », ajoute-t-il. Comme les premiers astronautes et autres ingénieurs de l’espace l’ont fait avant eux, les scientifiques derrière cette mission inédite disent aussi vouloir inspirer les générations futures pour faire avancer l’entreprise titanesque que représente la découverte de l’univers.

Pour le physicien Brian Cox, qui prend part au projet, l’importance de Lunar Mission One est sans équivoque : « Si nous voulons explorer l’espace, et je pense que nous devons le faire, alors la Lune est le tremplin le plus évident. C’est le lieu le plus simple où atterrir et construire une base. Tout le monde peut avoir un rôle direct dans ce projet ».

Les 860 000€ récoltés auprès des citoyens vont permettre à Lunar Mission One de mener à bien ses principaux objectifs : former l’équipe qui travaillera sur la mission cette année, concevoir le module robotique en 2018, réunir le reste des fonds nécessaires pour le succès complet de la mission (un petit milliard d’euros) avant de se lancer vers la Lune en 2024.

Si la prochaine somme à atteindre pour l’aboutissement de la mission paraît aussi lointaine que les limites de l’univers, l’équipe à l’origine du projet semble confiante. De plus, le premier objectif atteint par Lunar Mission One prouve une fois de plus que la conquête spatiale génère un regain d’enthousiasme à travers le monde. En septembre dernier, l’Inde plaçait une sonde en orbite autour de Mars, la Chine espère replacer un homme sur la Lune et on a même failli y construire une maison. Tout ça, pendant que des films comme Gravity ou Interstellar font exploser les compteurs des salles de cinéma. Un tel dynamisme couplé à une culture toujours plus croissante du financement participatif pourrait assurer à Lunar Mission One un succès quasi certain.

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