En Syrie, les étudiants sont contraints de se procurer de faux diplômes

Alep. (photo flickr/ihhinsaniyardimvakfi)
 Alep. (photo flickr/ihhinsaniyardimvakfi)

Les étudiants syriens, au même titre que n’importe quel habitant du pays, sont victimes du conflit qui déchire la Syrie depuis maintenant presque 4 ans. Pour beaucoup d’entre eux, l’espoir de décrocher leur diplôme s’est envolé avec la dégradation de la situation au fur et à mesure de l’intensification du conflit. Des établissements ont été détruits et les programmes des universités ont été grandement perturbés.

Par conséquent, des centaines de milliers d’étudiants ont dû abandonner les cours. Beaucoup d’entre eux ont recouru à l’obtention de faux diplômes en Turquie – devenue spécialiste en faux certificats universitaires – pour reconstruire leur vie à l’étranger, révèle le site d’information Syria Deeply qui a interviewé Ahmad, 27 ans, un ancien étudiant en littérature anglaise à l’Université d’Alep.

Comme beaucoup d’autres Syriens, Ahmad a décidé de fuir la ville mise à sang par les combats entre les forces de Bachar el-Assad et les forces rebelles. Convaincu qu’il devait tenter sa chance à l’étranger, il a conclu qu’il valait mieux être détenteur d’un faux diplôme que d’aucun diplôme du tout. Il a raconté à Syria Deeply quelles raisons l’ont poussé à prendre cette décision et pourquoi il sentait qu’il n’avait pas d’autre choix.

Pris au piège par l’interdiction d’étudier à Damas tant qu’il n’avait pas réglé sa situation avec l’Université d’Alep et l’impossibilité de retourner à Alep en raison du conflit, Ahmad a décidé de partir au Liban. Le coût de la vie à Beyrouth et l’impossibilité, sans son dossier universitaire resté à Alep, d’intégrer l’Université de Beyrouth l’ont, à nouveau, forcé à abandonner l’idée d’étudier. Ahmad a donc commencé à se pencher sur une alternative dont beaucoup de jeunes discutent au Liban : l’obtention de faux diplômes fabriqués en Turquie.

« L’un des faussaires m’a demandé 1500$ pour un faux diplôme mais je n’avais pas les moyens. Finalement, j’en ai trouvé un qui me demandait 500$. J’ai négocié jusqu’à 275$ pour un diplôme prêt une semaine plus tard », raconte-t-il à Syria Deeply. Craintif que le document ne soit qu’un montage photo grossier et traitant avec un faussaire à un millier de kilomètres de distance, Ahmad a refusé de verser l’acompte normalement obligatoire.

Une semaine plus tard, le faussaire a envoyé à Ahmad une photo du diplôme pour prouver que celui-ci était terminé et pour qu’Ahmad procède à l’envoi de l’argent. Quelques jours plus tard, l’ancien étudiant recevait le certificat au Liban. « Le diplôme a été réalisé avec le papier officiel des universités syriennes, les tampons authentiques de l’Université d’Alep et du ministère des Affaires étrangères ».

Cependant, Ahmad ne peut pas utiliser son diplôme en Syrie où aucun dossier informatique ne correspond au numéro inscrit en bas de son certificat. Mais il ne comptait de toute façon pas le faire, explique-t-il. « La principale raison pour laquelle je voulais ce document était pour essayer de trouver un travail décent, ce que j’essaye de faire ». Depuis qu’il a reçu son faux diplôme, Ahmad le présente à ses éventuels futurs employeurs à chaque entretien d’embauche, comme des milliers d’autres syriens.

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1 commentaires

  1. tv.catalansdragons.com 5 années ago

    Je suis plutôt d’accord avec toi….

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