Le canal de Nicaragua, concurrent chinois contesté du canal de Panama

 Avec l’aide d’un milliardaire chinois, le Nicaragua s’apprête à réaliser un canal long de 278 kilomètres qui traversera le pays pour relier les océans Pacifique et Atlantique, se posant ainsi en alternative au canal de Panama. Ambitieux, le projet est pourtant loin de faire l’unanimité. En cause notamment, son tracé qui traverse le lac Cocibolca – la plus grande réserve d’eau douce d’Amérique centrale – et de possibles déplacements de populations indigènes.

D'ici quelques années, le canal de Nicaragua devrait sonner le glas de l'hégémonie maritime du canal Panama. (photo flickr/ccordova)
  D’ici quelques années, le canal de Nicaragua devrait sonner le glas de plus de cent ans d’hégémonie maritime du canal de Panama.
(photo flickr/ccordova)

Construire un canal de Nicaragua pour rivaliser avec celui du voisin du sud dans le but de s’approprier une part du marché interocéanique. Chez les Nicaraguayens, l’idée, régulièrement remise sur le tapis depuis la fin de la guerre contre les Contras en 1988, a toujours suscité un mélange de colère et de défiance. Pourtant, l’année dernière, le projet s’est soudainement accéléré.

Le président nicaraguayen Daniel Ortega en est persuadé, le canal pourrait faire du Nicaragua, petite république d’un peu moins de 6 millions d’habitants, le pays le plus riche d’Amérique centrale. C’est pour cette raison qu’il a décidé de s’associer avec le milliardaire hongkongais Wang Jing pour monter le Hong Kong Nicaragua Development Investment (HKND).

Ensemble, ils ont inauguré un chantier d’une envergure jusque-là inégalée dans le pays, un canal de 278 kilomètres de long pour un coût de cinquante milliards de dollars. Si tout se passe comme prévu, 50 000 ouvriers devraient s’y affairer jusqu’en 2020. La gestion du projet a été confié à HKND pour les 100 prochaines années.

Selon les plans actuels, le canal devrait, à terme, pouvoir accueillir 5000 bateaux chaque année, soit un peu plus d’un tiers du trafic que connaît actuellement le canal de Panama. Temps moyen d’une traversée pour aller d’un Océan à l’autre : trente heures. Soit vingt-et-une de plus qu’en passant par le Panama. En marge du canal, il est également prévu que soient réalisés deux ports, un oléoduc, une voie ferrée, un aéroport ainsi qu’un un complexe touristique.

Il va sans dire que la perspective de cette nouvelle présence chinoise dans la zone inquiète les nombreux entrepreneurs américains qui la considéraient historiquement comme leur chasse gardée. Nombreuses aussi sont les voix qui s’élèvent contre le projet. Tout d’abord, à cause du tracé choisi qui passe par le lac Cocibolca, la plus grande réserve d’eau douce d’Amérique centrale. A cela s’ajoute le fait qu’à l’heure actuelle, 30 000 indigènes et paysans nicaraguayens devraient être déplacés. Parmi eux, les indiens Ramas et Créoles.

Enfin, de nombreux habitants accusent le président Ortega, 69 ans, d’avoir purement et simplement bradé la souveraineté de larges portions de territoire nicaraguayen aux Chinois. Depuis l’automne dernier, plusieurs milliers de personnes, toutes appartenances politiques confondues, descendent régulièrement dans la rue pour demander la démission du Président Ortega et l’expulsion des Chinois du territoire national. Certains ont même été jusqu’à menacer de prendre les armes. Néanmoins, pour l’heure, ces appels n’ont pas été entendus et le projet continue de suivre son cours.

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