On [re]dessine le monde : Veaux, vaches, cochons…

 Nous sommes presque 7,3 milliards d’êtres humains sur Terre. Nous n’avons jamais été si nombreux. Pourtant, nous sommes bien peu en comparaison des milliards d’animaux que nous avons parqués dans des élevages pour subvenir à nos besoins en viande. On compte, par exemple, pas moins de 19,6 milliards de poulets d’élevages, auxquels viennent s’ajouter 1,8 milliard de moutons et chèvres, 1,4 milliard de bovidés ou encore 980 millions de cochons. Cette semaine, dans “On [re]dessine le monde”, nous vous proposons d’illustrer en quelques cartes la répartition sur Terre de ces animaux d’élevages sans qui le régime alimentaire de nombre d’entre nous serait complètement bouleversé.

(photo flickr/ Alex Proimos)
 (photo flickr/ Alex Proimos)

La semaine dernière, le très bon site Internet américain Vox publiait un article fascinant à propos des animaux d’élevage. Le journaliste se basait sur une étude réalisée par une équipe de chercheurs originaires du monde entier et publiée en mai 2014 dans le journal universitaire PLOS One.

Avec cette étude, les chercheurs ont souhaité analyser les différentes composantes sociales et économiques de l’élevage, mais aussi l’impact environnemental en terme d’émission de déchets, de gaz à effet de serre et d’usure de la terre, ainsi que les conséquences en matière de santé pour l’homme et les animaux.

Afin d’illustrer leurs propos, les auteurs ont mené une étude statistique à partir de laquelle ils ont pu créer une passionnante série de cartes s’intéressant à la répartition des principaux animaux d’élevage dans le monde. Nous allons ici en passer trois en revue.

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Répartition des populations bovines d’élevage dans le monde (densité au km2).
Source : Robinson et al 2014

Notre première carte s’intéresse à la répartition des bovins d’élevage dans le monde. Première surprise, on peut très vite s’apercevoir qu’aucun autre pays n’héberge plus de bovins au kilomètre carré que l’Inde. La totalité du cheptel bovin indien (buffles et zébus confondus) aurait d’ailleurs dépassé les 325 millions de têtes. Un paradoxe quand on sait que l’Inde est le premier pays végétarien du monde.

Et pourtant, si le sous-continent élève autant de bovidés ce n’est pas uniquement à cause du caractère sacré de la vache pour toute la partie hindouiste et zoroastrienne de la population de ce pays – soit près de 80 % des individus. Ce n’est donc pas la consommation par habitant, qui demeure bien en dessous de 2 kg par habitant par an, qui peut fournir une explication crédible au phénomène. En réalité, la taille du cheptel indien serait majoritairement due à l’augmentation constante de la demande en produits laitiers, ainsi qu’au développement de l’export de viande bovine.

Car si l’abattage des bœufs y est en fait autorisé, il est censé n’être limité aux taureaux et génisses improductives. Pourtant, de nombreux abattoirs ne semblent pas respecter ces consignes. En 2013, les élevages indiens auraient produit plus de 4,1 millions de tonnes de viande bovine (en équivalent poids carcasse). Près de la moitié était dédiée à l’export, notamment vers le Moyen-Orient. L’année dernière, l’Inde est même devenue le second exportateur mondial de viande bovine, derrière le Brésil.

Quant au reste de la population bovine du monde, elle se répartit principalement entre l’Afrique de l’Est, l’Europe (surtout celle du Nord), l’Amérique du Sud et bien sûr la Chine. On trouve également d’importants élevages en Amérique du Nord et Centrale, ainsi qu’en Australie.

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Répartition des populations de cochons d’élevage dans le monde (densité au km2). Source : Robinson et al 2014

Notre seconde carte s’intéresse, elle, à la population totale des gallinacés d’élevage – l’espèce animale élevée par l’homme dont la population est la plus importante. Pourquoi ? Simplement parce que l’élevage de poulets et autres poules ne dépend pas, contrairement aux bovidés, de l’existence de pâturages à proximité.

Les densités le plus importantes de gallinacés au kilomètre carré sont à trouver en Chine (surtout dans l’est du pays), au Pakistan, en Inde, mais aussi en Europe de l’Ouest. Si l’on trouve également un nombre très important d’élevages de gallinacés aux États-Unis, il est intéressant de remarquer que ces derniers se situent en majorité sur la Côte Est et dans le sud du pays.

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Répartition des populations de gallinacés d’élevage dans le monde (densité au km2).
Source : Robinson et al 2014

Enfin, notre troisième carte se penche sur la répartition au kilomètre carré des populations de porcs et autres cochons d’élevage. Ici, le champion incontesté demeure la Chine. À lui seul, l’empire du Milieu est responsable de la production, mais aussi de la consommation, de plus de la moitié de la viande porcine dans le monde. Ainsi, rien de surprenant à ce que la plus importante concentration de cochons du monde ne soit à trouver dans l’Est du pays.

À noter que s’il y a également beaucoup de cochons d’élevage en Europe ainsi qu’en Amérique du Nord, Centrale et du Sud, ils sont, à l’inverse, quasiment inexistants en Afrique (mis à part quelques exceptions comme l’Ouganda, le Burkina Faso, le Ghana, le Nigeria et le Togo) et bien sûr – avant tout pour des raisons religieuses – au Moyen-Orient.

Comme le fait remarquer Vox, il faut néanmoins garder en tête que les statistiques chinoises sont à prendre ici avec précaution. De nombreux spécialistes considèrent en effet que ces dernières ne sont pas fiables dans la mesure où la nature du système bureaucratique chinois tend à pousser les responsables locaux à gonfler, intentionnellement, leurs chiffres et ce afin de se faire bien voir du pouvoir central.

Malgré la montée en puissance des mouvements végétariens dans nos pays, la demande en viande devrait continuer d’augmenter de façon constante au cours des prochaines années. L’enrichissement progressif des pays dits “en voie de développement” devrait y être pour quelque chose, selon les auteurs de l’étude sur laquelle est largement basée cette chronique. Ces derniers prédisent des changements majeurs au sein des habitudes de consommation de ces populations.

Pour sa part, l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture estime que cette demande devrait augmenter d’environ 73 % entre 2010 et 2030. La demande en lait devrait, quant à elle, augmenter de 58 % au cours de la même période.

Il va sans dire que cette hausse de la demande va avoir un impact majeur sur notre environnement, comme l’explique très bien cet article, daté de 2006, disponible sur le site de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l´Agriculture.

Il est d’ores et déjà estimé que près de 14,5 % des gaz à effet de serre émis par l’homme proviennent de nos nombreux élevages. Il faut également prendre en compte les risques sanitaires qui existent aussi bien pour l’homme que pour les animaux. Sans parler des conditions d’élevages, qui pourraient être amenées à se dégrader encore davantage. Pour bien comprendre de quoi il est question, nous vous invitons fortement à regarder le documentaire Food Inc., qui, bien qu’il ait déjà quelques années, offre un aperçu saisissant des conditions d’élevages (et de production de nourriture au sens large) aux États-Unis.

Pour terminer cette chronique, notre dernière carte du jour s’intéresse, quant à elle, au pourcentage de végétariens dans le monde. Cette carte interactive, dont nous avons effectué une capture d’écran ci-dessous, a été réalisé par le journaliste Nicolaï Van Lennepkade dans le cadre d’un article publié sur Vegactu.com.

http://www.targetmap.com/viewer.aspx?reportId=25544
Carte du monde des végétariens (en pourcentage de la population des pays) (capture d’écran : TargetMap.com)

Il est intéressant de voir que la France (moins de 2 % de végétariens) se situe loin derrière l’Angleterre ou à l’Allemagne (environ 9 %). Selon ces données, les États-Unis seraient, paradoxalement, l’un des pays qui comptent le plus de végétariens avec 13 % de sa population concernés.

Ces données sont cependant à prendre avec précaution. Tout d’abord, car ces données proviennent d’une page Wikipédia traitant du sujet du végétarisme dans le monde, elles ne sont donc pas forcément irréprochables. Ensuite, il faut garder à l’esprit qu’il est très difficile d’obtenir des chiffres fiables en matière de végétarisme, car il existe presque autant de définitions (et de sous-courants) que de pratiquants. Enfin, car il manque des données pour un nombre très important de pays. Cette carte reste néanmoins intéressante dans la mesure où elle permet de donner une idée des pays au sein desquels ces idées ont pu trouver les terreaux les plus fertiles.

Le sujet vous intéresse ? Nous vous invitons à vous plonger (pour les anglophones) dans l’étude qui a servi de base à la rédaction de cette chronique. Si vous aimez les données brutes, nous vous conseillons également d’aller faire un tour sur le site de l’Organisation des Nations Unies pour l´Alimentation et l´Agriculture, véritable mine d’or en la matière. Bonne lecture.

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