La commission européenne veut créer une frontière virtuelle biométrique afin de “rendre l’Europe plus accueillante”

 Le 23 février dernier, Dimitris Avramopoulos, le Commissaire européen en charge de l’Immigration, remettait sur la table une version revue et corrigée de l’initiative de frontières intelligentes. Selon lui, la mise en place de ce qu’il surnomme un “filet de pêche digital” – qui se base très largement sur une systématisation du recueil de données biométriques – pourrait augmenter l’attractivité de l’Europe pour les non-européens. Les défenseurs du droit à la vie privée se déclarent quant à eux inquiets à l’idée d’une telle collecte de données biométriques.

(photo Flickr/NEC Corporation of America)
(photo Flickr/ NEC Corporation of America)

Les visiteurs non-européens souhaitant pénétrer sur le territoire de l’Union Européenne vont-ils bientôt devoir se prêter à des relevés d’empreintes digitales et passer sous le crible de logiciels de reconnaissance faciale ? A en croire Dimitris Avramopoulos, Commissaire européen en charge de l’Immigration, il le faudrait.

Ce dernier a ardemment défendu, le 23 février dernier, une nouvelle version de l’initiative de frontières intelligentes initialement présentée devant la Commission Européenne en février 2013. A l’instar de la plupart des 28 commissaires siégeant à la Commission européenne, présidée par l’homme politique luxembourgeois Jean-Claude Juncker, il est convaincu que ces “frontière intelligentes” diminueront le temps nécessaire au passage des frontières extérieures pour les non-européens, tout en résolvant le problème de ceux “qui ne respectent pas les conditions de séjour”.

Tout comme la proposition initiale, cette nouvelle version se base sur la création de deux types de mesures : le système d’entrées-sorties (EES) et le programme d’enregistrement des voyageurs (RTP). Les deux systèmes se basent sur la collecte, le stockage et le traitement de données biométriques et sont destinés aux visiteurs non-européens n’ayant pas besoin d’obtenir un visa particulier pour entrer sur le territoire de l’UE. D’un côté, les personnes faisant parties du système EES – les voyageurs irréguliers – devront se plier à une collecte et/ou un examen complet de leur données biométriques au moment de leur arrivée, de l’autre ceux estampillés RTP – les voyageurs fréquents – pourront franchir les frontières sur simple présentation d’une “carte spéciale”.

Un test grandeur nature – dont le prix est évalué à plusieurs millions d’euros – débutera à la mi-mars au sein d’une “demie-douzaine d’aéroports et autres points de contrôles maritimes, ferrés ou routiers”, comme l’explique cet article paru fin février sur le site Internet euobserver.

Les détracteurs du projet s’interrogent sur la pertinence d’une initiative dont le coût total est évalué à près d’un milliard d’euros. D’autant plus que les pays membres de l’espace Schengen ont d’ores-et-déjà à leur disposition le Système d’information sur les visas (VIS), qui permet aux autorités des pays membres d’échanger des informations sur un voyageur.

Au delà des problèmes liés à la mise en place des procédures et aux coûts de fonctionnement, ce sont pour des raisons relatives à la protection de la vie privée que les “frontières intelligentes” sont loin de faire l’unanimité à Bruxelles. Une parlementaire européenne slovène de centre-gauche, Tanja Fajon, s’est d’ailleurs déclarée particulièrement alarmée par l’idée d’une “collecte massive de données privées qui ne serait légitimée par aucun cas de force majeure”. A l’heure actuelle, l’initiative envisage de conserver les données biométriques pendant une durée de six mois. Néanmoins, un récent rapport commandité par la Commission recommande de porter cette durée à cinq ans.

Encore plus inquiétant pour les défenseurs de la vie privée, les forces de police des pays de l’UE auraient libre accès à cette gigantesque base de données. Dimitris Avramopoulos a néanmoins tenu à préciser que la question, qui soulève de nombreuses craintes, demeure pour l’instant ouverte.

L’année dernière, un peu moins de 200 millions de personnes non originaires de l’un des pays membres ont visité l’Union Européenne. Un nombre auquel, selon Dimitris Avramopoulos, il faudra bientôt ajouter “une centaine de millions de personnes supplémentaires au cours des dix prochaines années”.

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