Les Nations Unies accusent l’Australie de violer la convention contre la torture

 Le premier ministre australien Tony Abbott a répondu avec colère que « les leçons des Nations Unies rendaient les Australiens malades ».

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 Manifestation devant le centre de détention des immigrés de Broadmeadows, à Melbourne, six mois après la mort de Reza Barati. (photo flickr/takver)

L’Australie passerait son temps à violer la Convention internationale contre la torture en retenant prisonniers des enfants clandestins et en maintenant les demandeurs d’asile dans des conditions dangereuses sur l’île de Manus, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, vient de révéler un rapport des Nations Unies.

« Le gouvernement australien, en omettant de fournir des conditions de détention adéquates, en détenant des enfants et en ne mettant pas un terme à l’escalade de la violence et de la tension au sein de son centre régional de détention, a violé le droit des demandeurs d’asile, y compris celui protégeant les enfants de la torture et des traitements cruels, inhumains ou dégradants », explique le rapport dirigé par Juan Mendez, rapporteur spécial sur la torture pour les Nations Unies.

Les conclusions du rapport s’appuient notamment sur les allégations de demandeurs d’asile retenus sur l’île de Manus. Ils prétendent avoir été attachés sur des chaises par le personnel du centre de détention et menacés de « violences physiques, viols, et poursuites pour “comportement agressif” » s’ils refusaient de revenir sur les accusations qu’ils avaient formulées à la police concernant la mort d’un demandeur d’asile l’année dernière. Reza Barati a succombé en février 2013 à des blessures qui auraient été provoquées par des membres du personnel du centre de détention lors d’une émeute.

Le gouvernement australien ayant refusé de fournir les pièces permettant aux Nations Unies de laver de tous soupçons les gardiens, l’organisation intergouvernementale a conclu que l’Australie avait violé la convention contre la torture. De plus, les Nations Unies condamnent aussi deux amendements du gouvernement relatif à la loi sur l’immigration. Le premier permet la détention et la détermination du statut de réfugié d’un individu de manière arbitraire et sans accès à un avocat. Le second resserre le contrôle sur la délivrance de visas en se basant des évaluations de personnalité et de risques des candidats.

Le centre de détention de Manus, construit en 2001 à la suite d’un accord entre le gouvernement australien et la Papouasie-Nouvelle-Guinée, avait cessé de fonctionner en 2007 avant d’être rouvert en 2012, toujours dans le but de dissuader les clandestins de rejoindre l’Australie. En juillet 2013, le gouvernement australien a déclaré que « tout demandeur d’asile qui arriverait en Australie par bateau n’aurait plus aucune chance de s’installer dans le pays en tant que réfugié » et serait directement envoyé sur l’île de Manus. Ceux dont la demande est traitée favorablement peuvent en revanche s’installer en Papouasie-Nouvelle-Guinée.

En décembre 2013, Amnesty Internationale a livré un rapport accablant sur la question de l’immigration en Australie et Papouasie-Nouvelle-Guinée. L’ONG expliquait entre autres que « le gouvernement de Papouasie-Nouvelle-Guinée n’a rendu aucune décision sur aucun dossier de réfugié depuis le début de cette politique. » Claire Mallinson, directrice d’Amnesty International Australie, avait ajouté que « compte tenu des sommes énormes déjà dépensées pour ce centre, il est totalement inacceptable que seule une poignée de dossiers aient tout juste commencé à être examinés sérieusement ».

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