Les menaces du dalaï-lama de ne pas se réincarner énervent la Chine

(photo flickr/janmichaelihl)
(photo flickr/janmichaelihl)

Pour la première fois en septembre dernier, le dalaï-lama, âgé de 79 ans, a évoqué la possibilité de mettre fin à son cycle de réincarnation. Une annonce qui avait eu l’effet d’un séisme en Chine, où le gouvernement tente depuis des dizaines d’années d’évincer le chef spirituel de la branche tibétaine du bouddhisme pour reprendre le contrôle du Tibet. Cette semaine, à l’occasion de l’Assemblée nationale populaire, congrès annuel réunissant les 3000 députés chinois à Pékin, le gouvernement de République populaire de Chine a réaffirmé que la succession du dalaï-lama devrait se faire selon le principe ancestral de réincarnation.

Pourquoi la Chine souhaite tant que le dalaï-lama se réincarne ? Selon la tradition, à la mort du dalaï-lama, un conseil de « maîtres réincarnés » se réunit pour désigner parmi plusieurs dizaines d’enfants celui qui sera leur nouveau chef spirituel. Un processus pour lequel les experts savent que Pékin prépare depuis des années un stratagème afin de désigner, de son côté, un imposteur. En mettant fin à son cycle de réincarnation, le dalaï-lama compromettrait les plans longuement réfléchis du gouvernement chinois. De la même manière qu’il l’avait fait en déclarant il y a quelques années qu’il aimerait se réincarner en femme.

« Sur la plan religieux, c’est une trahison de la succession des dalaï-lamas dans le bouddhisme tibétain », a déclaré Zhu Weiqun, fonctionnaire du Parti communiste, lors de l’Assemblée nationale populaire. Les membres du gouvernement, qui ont essentiellement axé leurs discours sur le sujet autour de l’hérésie que constituait la décision du dalaï-lama – comme s’ils s’intéressaient au bonheur des bouddhistes –, ont malgré tout fini par révéler l’aspect bien plus politique de cette polémique. « Le pouvoir décisionnel concernant la réincarnation du dalaï-lama, ou la fin de sa lignée, appartient au gouvernement central de Chine », a souligné un ancien cadre du parti.

Les multiples options évoquées par le dalaï-lama concernant sa future réincarnation – en femme ou sous de multiples apparences, par exemple –, si elle avait lieu, poussent les experts à penser que le chef spirituel ne cherche actuellement qu’à brouiller les pistes et mettre à mal le gouvernement chinois. Les Tibétains, notamment, sont persuadés que la réincarnation de l’actuel dalaï-lama aura bien lieu, telle que la tradition l’exige. Ironie de l’histoire, c’est le pouvoir chinois qui a créé l’institution du dalaï-lama en 1578.

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