Fin des visas court-séjour en Egypte pour barrer la route aux défenseurs des droits de l’homme

 A compter du 15 mai prochain, les étrangers souhaitant entrer dans le pays sans passer par un tour-opérateur devront faire, au préalable, une demande de visa. La mesure, qui pourrait s’avérer lourde de conséquence pour l’économie touristique, est largement considérée comme une tentative de barrer l’entrée du pays aux défenseurs des droits de l’homme.

 Les visas court-séjour ne seront bientôt plus qu'un lointain souvenir en Egypte. (photo Flickr/ Valerie Hukalo)
 Les visas court-séjour ne seront bientôt plus qu’un lointain souvenir en Egypte.
(photo Flickr/ Valerie Hukalo)

La fin d’une époque. L’Egypte vient d’annoncer qu’à compter du 15 mai prochain, les touristes voyageant seuls – à comprendre sans l’aide d’un tour-opérateur ou d’une agence de voyage – ne seront plus en capacité de payer pour leur visa à l’arrivée dans le pays.

Une décision inattendue qui risque d’entacher encore un peu plus la réputation d’une industrie touristique égyptienne d’ores et déjà exsangue. En effet, obliger les voyageurs à effectuer au préalable une demande de visa auprès des ambassades pourrait bien décourager une bonne partie des touristes individuels et des visiteurs de dernière minute. Ces derniers représentaient pourtant, dans les bonnes années, près du quart du nombre total de touristes, comme l’explique cet article du Guardian.

Nombreux sont ceux qui s’interrogent sur le timing de cette décision qui intervient seulement quelques jours après la tenue du grand sommet économique de Sharm el-Sheikh, la semaine dernière. L’Egypte y avait pourtant tout fait pour se montrer désireuse de tourner la page de quatre ans d’agitation sociale et politique et apparaître ouverte aux opportunités économiques.

La décision d’arrêter de délivrer des visas court-séjour dans les aéroports égyptiens serait en réalité le fruit de plusieurs mois de délibération des responsables de la sécurité du pays. Dans un article de Reuters, une source proche des services de sécurité évoque même une volonté de “contrôler plus efficacement les visites des défenseurs des droits de l’homme occidentaux, qui se sont montrés très critiques envers l’Egypte depuis l’intensification de la répression menée contre les islamistes et les opposants au régime.

Le ministère du tourisme égyptien semble pour sa part persuadé que le changement n’aurait qu’un impact minime sur l’économie égyptienne. “Je ne crois pas que cette mesure aura de mauvaises conséquences dans la mesure où la plupart des touristes viennent en groupe”, déclarait ainsi le conseiller de presse du ministère du tourisme, Rasha Azaizi, ce mardi.

En 2010, juste avant le soulèvement populaire, les revenus du tourisme représentaient un gain de près de 34 milliards d’euros de devises étrangères pour l’Etat égyptien. En 2013, il fallait diviser ce nombre par deux. Début 2015, la situation est à peine meilleure. Seuls 10 millions de touristes ont visité le pays l’année dernière. Ils étaient 14.7 millions en 2010.

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