Une loi raciste de 1901 empêche toujours 4,1 millions de citoyens américains de voter

 En regard de la constitution du pays, les citoyens américains de Porto Rico, des Îles Vierges des États-Unis, de Guam, des Samoa américaines et des Îles Mariannes du Nord, n’ont pas le droit de voter pour les élections nationales. Les justifications légales apportées à cette absurdité sont fondées sur l’existence d’un jugement de la Cour suprême des États-Unis, aux relents racistes, datant de 1901.

(photo Flickr/ Rob Boudon)
(photo Flickr/ Rob Boudon)

Les territoires insulaires américains seraient habités par des “races étrangères” qui “seraient incapables de comprendre les principes anglo-saxons”. Voilà la manière dont est justifiée l’impossibilité de voter pour les élections nationales à laquelle se heurtent plusieurs millions de citoyens Américains. Le langage reflète l’époque. En 1901, la république constitutionnelle fédérale venait tout juste d’acquérir de nouveaux territoires outremers et le droit de votes des populations locales restait un sujet délicat. Ce jugement, rendu par la Cour suprême des États-Unis, ne devait cependant n’être que “temporaire”.

Pourtant, 114 ans plus tard, rien n’a changé, ou presque. Les 4,1 millions de citoyens américains qui vivent sur les territoires non incorporés des États-Unis sont toujours officiellement privés de vote lors des élections présidentielles, ne sont pas représentés au Sénat et ne disposent que d’un observateur à la Chambre des représentants des États-Unis. Tout cela, officiellement, à cause de l’existence d’une loi provisoire vielle de plus de 114 ans et au phrasé plus que condescendant. Selon John Oliver (ndlr, humoriste britannique et présentateur de l’émission satirique américaine Last Week Tonight with John Oliver), qui consacrait à ce sujet l’une de ses émissions début mars, “98.4% des habitants de ces territoires américains seraient issus de minorités raciales ou ethniques”.

La majeure partie des habitants de ces territoires – à l’exception près des populations vivant sur les îles Samoa américaines dont le cas est encore légèrement différent – est pourtant constituée de citoyens américains. Les habitants des Samoa américaines, considérés comme des ressortissants américains et non des citoyens, ne se voient pas attribuer la citoyenneté américaine de façon automatique. Les 3,9 millions d’habitants de Porto Rico, eux, on reçu la citoyenneté américaine en 1917, ceux des îles Vierges américaines en 1927 et ceux de Guam en 1950. Pour l’anecdote, Porto Rico héberge plus de citoyens américains que 21 États du pays. Pourtant, ceux qui décident de quitter l’île pour rejoindre le continent sont bien souvent considérés par les locaux comme des immigrants. Plus étrange encore, grâce à cette citoyenneté, une personne originaire de l’un de ces territoires peut tout à fait voter, à condition bien sûr qu’elle ne réside sur le territoire de l’un des cinquante “véritables” États américains.

Autre exemple criant, celui de Guam, où près de 30 % de la superficie de l’île est occupée par les troupes de la marine et de l’aviation de l’armée américaine. Près d’un habitant de l’île sur huit aurait servi, ou servirait actuellement, dans les rangs de l’armée américaine. Ces derniers, qu’ils soient vétérans ou non, ne possèdent pourtant pas non plus le droit de vote pour les élections nationales. Alors, depuis plusieurs dizaines d’années, à l’occasion de chaque élection présidentielle, les autorités de Guam invitent les habitants de l’île à se rendre aux urnes à l’occasion d’un sondage informel. Résultat ? Le taux de participation s’y est systématiquement avéré supérieur à celui de n’importe quel autre État américain.

Recommandé pour vous

0 commentaires