La détention sans procès redevient une réalité en Malaisie

 Un nouveau projet de loi anti-terrorisme, voté tôt dans la nuit ce mardi, autorisera bientôt les autorités malaisiennes à détenir, pendant une période pouvant aller jusqu’à deux ans, les terroristes présumés sans qu’aucune contestation judiciaire ne soit possible. La détention sans procès avait pourtant été abolie dans le pays en 2012. Les opposants au projet de loi parlent d’un “grand pas en arrière en matière de droits de l’homme”.

Prison de Pudu, Kuala Lumpur, Malaysia. (photo flickr/Nasir Ali)
 Prison de Pudu, Kuala Lumpur, Malaysia. (photo flickr/Nasir Ali)

Tôt dans la nuit de mardi, après plusieurs heures de débats houleux, les législateurs malaisiens ont approuvé, à 79 voix contre 60, un projet de loi anti-terrorisme. Une mesure que le gouvernement considère nécessaire afin de pouvoir lutter efficacement contre la “menace représentée par les militants islamistes”. Ainsi, cette “loi sur la prévention du terrorisme” permettra bientôt aux autorités malaisiennes de pouvoir placer en détention, pour une durée pouvant aller jusqu’à deux ans, les terroristes présumés. Le tout sans procès et sans contestation judiciaire possible.

Avant de faire office de loi, reste encore au texte à être approuvé par la Chambre haute de la Malaisie (ndlr, l’équivalent du Sénat) et à recevoir la sanction royale. Bien que ces étapes ne soient considérées que comme des formalités, elles pourraient cependant durer plusieurs semaines.

S’agit-il d’une résurgence, sous un autre label, de l’ancienne loi relative à la sécurité intérieure abrogée en 2012 ? C’est ce que craignent les organisations de défense des droits de l’homme. Leurs porte-paroles se sont d’ailleurs déclarés extrêmement inquiets au regard des possibles dérives autoritaires que cette loi pourrait permettre, alors même que les arrestations de personnes critiques envers le régime, au pouvoir depuis plusieurs décennies, n’ont de cesse de se multiplier.

“En réintroduisant la détention sans procès, la Malaisie a rouvert la boite de Pandore aux actions abusives et politiquement motivées alors que beaucoup avaient cru que tout cela prendrait fin avec l’abrogation de la loi relative à la sécurité intérieure en 2012 », explique ainsi Phil Robertson, directeur adjoint de la division Human Rights Watch pour l’Asie, dans les colonnes du Washington Post.

Le gouvernement risque-t-il de faire usage de la loi pour intimider et réduire au silence les critiques ? La question n’est pas là, à en croire le ministre de l’Intérieur Zahid Hamidi. Selon lui, cette loi constitue simplement “une mesure de prévention” cruciale pour contrôler la “véritable menace”, celle posée par l’augmentation du nombre de militants islamistes dans le pays.

Depuis 2013, des dizaines de Malaisiens suspectées d’entretenir des liens avec Daech ont été arrêtées par le gouvernement du pays d’Asie du Sud-Est. Dernier coup de filet en date, ce dimanche, avec l’arrestation lors d’une “réunion secrète” de dix-sept personnes soupçonnées d’avoir planifié des attentats à Kuala Lumpur, la capitale, et dans la région de Putrajaya, siège de l’administration fédérale du pays.

Selon les déclarations de Khalid Abu Bakar, le chef de la police nationale, ces personnes avaient prévu d’accomplir une longue liste de méfaits dont des attaques de commissariats et de camps de l’armée dans le but de se procurer des armes, des enlèvements de personnalités et des braquages des banques. Figureraient parmi les présumés terroristes deux personnes ayant suivi un entrainement en Syrie l’année dernière. Pour Khalid Abu Bakar, pas de doute possible, “l’objectif de ce nouveau groupe terroriste est de former un Etat islamique en Malaisie”.

Une seconde proposition de loi, qui sera également débattue par les législateurs cette semaine, vise à habiliter les autorités malaisiennes à suspendre, voire même révoquer, les documents de voyages de n’importe quel citoyen malaisien ou étranger soupçonné de se livrer à, ou de supporter, des activités terroristes. D’autres propositions de loi, visant notamment à alourdir les peines encourues pour actes de terrorisme seraient également dans les tuyaux de la chambre basse (ndlr, le Parlement malaisien).

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