On [re]dessine le monde : la glace fond, les niveaux montent

 Dans le courant des cinquante prochaines années, le niveau moyen mondial de la mer devrait gagner 17 à 31 cm par rapport aux niveaux mesurés entre 1986 et 2005. Et dans celui des cent prochaines années, 26 à 55 cm. Ces calculs, réalisés par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) qui a publié, en novembre dernier, la synthèse de son 5e Rapport d’évaluation sur le Climat, représentent le scénario le plus optimiste. Plus que jamais, la montée du niveau de la mer, conséquence directe du réchauffement climatique – notamment due à la fonte des glaces ainsi qu’au réchauffement des océans – apparaît à la fois inévitable et problématique.

(Photo Flickr/ NASA Goddard Space Flight Center)
 Le glacier d’Upsala, situé dans une vallée glaciaire du parc national Los Glaciares, en Argentine, est connu pour son rapide recul. Pour beaucoup, il s’agit d’une conséquence du réchauffement climatique.
(Photo Flickr/ NASA Goddard Space Flight Center)

L’année dernière, le GIEC nous mettait en garde contre les “effets sévères et irréversibles” du réchauffement climatique. Parmi ceux-ci, la montée du niveau de la mer dont les causes, multiples, sont bien connues. Première d’entre elles, la hausse des températures qui provoque une expansion thermique des eaux des mers et des océans. Car plus elle est chaude, plus une eau de mer est volumineuse. Un phénomène qui peut expliquer 30 à 55 % de la hausse du niveau de la mer.

Deuxième effet, le réchauffement climatique entraine la fonte des glaciers et des calottes glacières au niveau des pôles, ce qui peut expliquer 15 à 35 % de l’élévation du niveau de la mer. Le reste serait dû au pompage, par l’homme, de l’eau des nappes phréatiques qui finit toujours sa course dans les mers et les océans.

À l’échelle planétaire, le niveau marin n’a eu de cesse de s’élever au cours des derniers millénaires. Rythme moyen : 0,5 mm/an. Une cadence qui s’est fortement accélérée au cours du XXe siècle, jusqu’à atteindre une moyenne de 1,7 mm/an entre 1901 et 2011. Rien qu’entre 1993 et 2014, le niveau des mers et des océans aurait grimpé de 6,7 cm, précise le volume 5 du rapport « Changement climatique et niveau de la mer : de la planète aux côtes françaises  ». Rédigé par le climatologue Jean Jouzel et de son équipe mandatée par le ministère français de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie depuis 2010, l’étude souligne néanmoins que des différences subsistes selon les régions du globe.

Et les prévisions ne sont guère meilleures. À en croire les chiffres avancés par le GIEC dans la synthèse de son 5e Rapport d’évaluation sur le Climat, paru l’année dernière, l’élévation du niveau moyen mondial de la mer au cours des cent prochaines années devrait être comprise entre 26 et 55 cm (pour le scénario le plus optimiste) et entre 45 et 82 cm (scénario le plus pessimiste).

(Crédit photo : )
Estimations démographiques (2010) et projections (2025) des conséquences de la montée du niveau de la mer pour des mégapoles (agglomérations de plus de 8 millions d’habitants) situées dans les zones côtières de basse altitude (indicateur LECZ).
(Source : Neumann et al à partir des données du rapport Perspectives d’urbanisation dans le monde des Nations unies) cliquez pour agrandir

80 % des réserves d’eau douce. C’est ce que représente le gigantesque volume de glace que l’on peut actuellement trouver en Arctique et en Antarctique. Si ce dernier venait à fondre, il est estimé que le niveau marin monterait d’environ 70 mètres, recouvrant ainsi une grande partie des plaines basses.

Ces dernières années, nombre d’études se sont affairées à étudier ces reliefs proches du niveau de la mer. L’objectif étant d’anticiper les réponses publiques adéquates aux catastrophes qu’engendreraient les inondations et les ondes de tempête qui frapperaient les régions côtières, zones à plus haut risque.

Les trois cartes ci-dessus, tirées d’une étude parue en mars dernier dans le journal scientifique PlosOne, s’intéressent à l’impact de la montée du niveau des océans sur les populations vivant dans des régions côtières. En s’appuyant sur trois scénarios hypothétiques – basés sur différentes variables socioéconomiques et différents “niveaux” de réchauffement climatique – les auteurs de l’étude tentent de mesurer l’impact de l’élévation des niveaux de la mer sur les populations de ces zones vulnérables.

Qu’importe le scénario retenu, il semblerait selon ces cartes que le nombre de personnes potentiellement exposées à une élévation du niveau de la mer est plus important dans les plaines basses d’Asie et d’Afrique que n’importe où ailleurs. En effet, la Chine, l’Inde, le Bangladesh, l’Indonésie et le Vietnam apparaissent comme les pays ayant la part la plus importante de leur population totale vivant à proximité de côtes inondables. Selon les auteurs de l’étude, les populations de ces quatre pays représenteraient même, à l’échelle du monde, plus de la moitié du nombre total de personnes vivant dans ces plaines basses inondables.

À noter que l’Afrique, bien que n’abritant que peu de populations vulnérables à l’heure actuelle, est considérée comme la partie du monde qui devrait connaître la croissance démographique et urbaine la plus importante au niveau des régions côtières ces cinquante prochaines années. Ainsi, si ce n’est pas le cas aujourd’hui, des pays comme l’Égypte et le Nigeria risquent bien de devenir des zones particulièrement sensibles d’ici quelques dizaines d’années.

À raison, les sujets sur la fonte des glaces se sont récemment multipliés dans les médias. Certains se sont même essayés à imaginer ce qui se passerait si la totalité des glaces du Groenland venait à fondre. En l’occurrence, le niveau de la mer augmenterait de près de 7 mètres. Le scénario reste cependant hautement improbable, car il induirait une augmentation des températures globales de 4° Celsius.

Malgré tout, en février dernier, s’inspirant d’un ensemble de cartes réalisées par National Geographic en 2013, Business Insider est allé encore plus loin. La vidéo ci-dessus illustre ce à quoi la Terre pourrait ressembler si la totalité de la glace présente sur la planète venait à fondre, faisant ainsi monter le niveau des mers de plus de 70 mètres, selon les données du US Geological Survey. Un processus qui pourrait mettre plus de 5000 ans à se réaliser, à en croire certains scientifiques.

Si la fiction devenait cependant réalité, il faudrait par exemple dire adieu à la Floride en Amérique du Nord, mais aussi à la quasi-totalité de la côte Atlantique et à celle du golfe du Mexique. En Amérique du Sud, ce serait l’Uruguay et le Paraguay les plus touchés. Il faudrait aussi compter avec la disparition totale de Buenos Aires. En Afrique, si la situation peut sembler meilleure de prime abord, car le continent ne perdrait pas tant de terres émergées que cela (mis à part du côté de l’Égypte, qui concéderait Le Caire et Alexandrie à la Méditerranée), il faut garder à l’esprit que la hausse des températures rendrait probablement complètement inhabitable la plupart des pays.

Du côté de l’Europe, un grand nombre de villes historiques – comme Londres ou Venise – seraient sous les eaux et les Pays-Bas et le Danemark se retrouveraient presque totalement immergés. En Asie, les terres habitées à l’heure actuelle par près de 600 millions de Chinois n’existeraient plus. Même chose pour le Bangladesh et une grande partie des côtes de l’Inde. Enfin, en Océanie, même si l’Australie ne semble pas concéder beaucoup de territoire à la mer, il est crucial de garder en mémoire que près de 4 Australiens sur 5 vivent actuellement à proximité des côtes. Adieu donc Sydney, Melbourne, Perth ou encore Adélaïde…

(Photo Jeffrey Linn)
New York, dans un monde où 1/3 des glaces du monde viendraient à fondre.
(Source : Therealdeal.com/Jeffrey Linn) cliquez pour agrandir

Un américain, qui se décrit lui-même comme “possédant un bagage en géographie et en aménagement de l’espace urbain” vivant à Seattle, Jeffrey Linn, s’est quant à lui posé la question de ce à quoi pourrait bien ressembler la ville de New York si un tiers des glaces du monde venait à fondre. La représentation, qui fait elle-même partie d’une série de projections sur les villes américaines disponibles sur son site Internet, est soi-disant basée sur de véritables données géographiques.

Selon l’américain, l’île de Manhattan serait presque entièrement sous l’eau, alors qu’il ne resterait de Brooklyn et du Queens que de petits îlots de terre. La statue de la Liberté, quant à elle, n’accueillerait plus que les poissons. Même si cette carte, comme la vidéo précédente, n’a rien de réaliste, elle donne à réfléchir.

je suis une légende
A quoi ressemblerait la France si le niveau de la mer venait à monter de seulement un mètre ?
(capture d’écran : Firefree.net) cliquez pour agrandir

En France, si les prédictions du GIEC se réalisent, les côtes de l’hexagone ne seront pas non plus épargnées ces cent prochaines années. La carte ci-dessus, dont la version interactive est disponible ici, le montre : une simple hausse d’un mètre du niveau de la mer provoquerait l’immersion de nombreuses régions côtières françaises.

Comme l’explique cet article de Science et vie, un récent rapport intitulé « Le climat de la France au XXIe siècle », présenté par le climatologue et glaciologue français Jean Jouzel au gouvernement en février dernier, met en lumière qu’en France métropolitaine (aussi bien pour la Méditerranée que pour l’Atlantique), aux Antilles et à La Réunion, le “taux d’élévation le long des côtes” devrait être proche de la moyenne mondiale. De fait, une hausse de près d’un mètre – dans le cadre d’un scénario pessimiste – n’est pas inenvisageable.

Pourtant, il faut garder à l’esprit que même si les effets de la fonte des calottes polaires et de la dilatation thermique de l’océan devraient continuer d’influer sur la hausse du niveau de la mer au-delà du XXIe siècle, il reste difficile de prédire avec exactitude les conséquences régionales du phénomène. Pour cela, il faudrait pouvoir prendre en compte l’existence d’importantes disparités régionales dépendant de paramètres qui demeurent encore difficiles à estimer, comme la température de l’océan, la salinité, les courants marins ou encore la pression de surface.

Le sujet vous intéresse ? Nous vous invitons à consulter la synthèse du 5e Rapport d’évaluation sur le Climat du GIEC, disponible ici. Et si après la lecture de cette chronique tout cela continue de vous sembler abstrait, nous ne saurions que trop vous conseiller le visionnage du récent documentaire de James Balog, Chasing Ice. Bonne lecture et bon visionnage.

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