Les chômeurs, “parasites sociaux” de la Biélorussie, victimes d’un nouvel impôt

 Une nouvelle loi, adoptée par décret présidentiel début avril en Biélorussie, oblige dorénavant les chômeurs ne pouvant justifier d’un minimum de 183 jours d’activité sur une année à payer une taxe spéciale. Le pays demeure pourtant l’un des plus pauvres d’Europe. Aux prises avec une économie en berne, nombreux sont les Biélorusses qui dénoncent une mesure qu’ils considèrent comme une tentative de “criminalisation” du chômage. Une pétition en ligne demandant l’abrogation de la loi a d’ores et déjà recueillie plus de 30 000 signatures.

(Photo Flickr/ Robert Seneko)
(Photo Flickr/ Robert Seneko)

Comme “un retour en 1937 ». “Allez travailler de vous-même ou nous vous y obligerons”. C’est ainsi que Vital Yurchanka résume la loi sur “les parasites sociaux” adoptée au début du mois dans son pays. A cause d’elle, et à l’instar de tous les autres chômeurs du pays n’étant pas en mesure de justifier d’un minimum de 183 jours d’activité professionnelle imposable sur une année, il se voit maintenant obligé de s’acquitter d’un impôt annuel d’un montant de 227 euros (soit un peu plus de trois millions de roubles biélorusses).

Pourtant, il y a quelques années encore, tout semblait vouloir sourire à cet ancien entrepreneur de l’Est de la Biélorussie. Malgré tout, comme les emplois de nombreux biélorusses, la bonne santé de son commerce de chaussures n’aura pas résisté à la crise économique de 2014 — effet domino des sanctions imposées par l’Europe et les États-Unis à la Russie, partenaire économique privilégié de la Biélorussie, en conséquences de ses agissements en Ukraine.

A en croire les chiffres du IPM Research Centre, un think-tank indépendant “spécialisé dans thématiques économiques et sociales”, le taux de chômage dans le pays n’aurait jamais été si haut. Il devrait atteindre dans les prochains mois un pic historique pour culminer aux alentours des 8 à 9 % de chômeurs.

Les statistiques officielles apparaissent drastiquement différentes. Elles donnent quant à elles le chiffre de 0,8 % de chômeurs au premier mars de cette année. Selon le site Internet d’information Belarus Digest, une si grande différence ne peut s’expliquer que par une méthode de comptage officielle “biaisée”. Cette dernière ne prendrait en compte que ceux – une toute petite partie des chômeurs – qui se sont inscrits au sein d’agences pour l’emploi.

Quoi qu’il en soit, ces conditions difficiles n’ont aucunement empêché le président biélorusse, Alexandre Loukachenko, de signer, début avril, un décret faisant des chômeurs biélorusses rien de moins que des “parasites sociaux”. La loi, censée avoir été adoptée dans le but de “stimuler les citoyens valides à s’engager dans le marché du travail et ainsi remplir leurs obligations constitutionnelles de participer au financement des dépenses de l’État”, rappelle les heures les plus sombres de la période soviétique. Longtemps, le “parasitisme” y avait été considéré comme une infraction car au sein d’un État socialiste “chaque personne valide a le devoir de travailler et de contribuer à la construction d’une société communiste utopique”.

Quant à ceux dans l’incapacité de payer cet impôt annuel ? Ils seront tout simplement sanctionnés par des amendes supplémentaires, voire même, encourront, en dernier recours, une période de détention assortie de travaux communautaires. Selon le décret, seules certaines catégories de citoyens, bien spécifiques — soit les étudiants, les parents ayant la charge de trois enfants ou plus, les mineurs ainsi que les retraités —, ne sont pas concernées par cette loi.

Yurchanka, lui, ne fait partie d’aucune de ces catégories. C’est pour cela qu’il a décidé de lancer une pétition en ligne pour demander l’invalidation d’une loi qu’il juge inique et anticonstitutionnelle, sur le site américain Change.org. Il entend bien la porter à la connaissance des autorités dès qu’elle aura recueilli 35 000 signatures.

Son argument phare ? Un tel impôt serait contraire à la constitution du pays, “censée protéger les intérêts économiques des citoyens et bannir l’imposition de sanctions tel que le service communautaire sans condamnation explicite d’un tribunal”. Lundi 20 avril, la pétition de Yurchanka avait déjà recueillie 30 000 signatures.

Les réactions indignées ne se sont pas non plus fait attendre sur les différents réseaux sociaux. Un hashtag #придумайналогдлябеларуси, qui peut se traduire par #ToiAussiImagineUneNouvelleTaxePourLaBiélorussie invitant les utilisateurs du réseau social à se moquer ouvertement de l’initiative a d’ailleurs vu le jour sur Twitter.

“Lever les yeux vers le ciel… Gratuit partout sauf en Biélorussie”.

La palme de l’originalité reviendrait surement à cet utilisateur qui ironise sur le fait que qu’accoucher devrait aussi faire l’objet d’une taxe en Biélorussie :

“Félicitation ! Vous venez de donner naissance à un nouveau contribuable ! Cela vous en coûtera 3200 roubles ! La caisse est au premier étage !”.

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