Der Spiegel révèle le complot derrière la création de l’EI

Saddam Hussein. (photo wikipedia)
 Saddam Hussein. (photo wikipedia)

Les exécutions filmées, les démonstrations, toujours plus sanguinaires, d’atrocités et surtout, l’absence de peur, ont permis à l’État islamique de s’imposer comme l’une des organisations terroristes les plus dangereuses du XXIe siècle. Pourtant, le groupuscule fondé en 2006, qui se vante régulièrement d’effrayer le monde, autant les dirigeants que la population, était totalement inconnu il y a encore 2 ans. Si plusieurs journalistes et experts se sont penchés sur la manière dont l’EI a effectué son incroyable ascension en seulement quelques mois, les révélations du magazine allemand Der Spiegel, ce weekend, donnent une toute autre dimension à ce qui n’était jusque là que des suppositions.

Selon les découvertes du journaliste allemand Christoph Reuter, ce ne sont pas des islamistes radicaux qui sont à l’origine de l’EI, mais un petit groupe d’officiers irakiens, l’élite de la police d’État constituée par Saddam Hussein quand il était encore au pouvoir. Loin d’avoir comme objectif premier de réinstaurer le califat et d’imposer un islamisme radical, leur plan était simplement d’utiliser le djihadisme pour reprendre le pays qu’ils avaient perdu suite à l’invasion de l’Irak par les américains en 2003.

L’enquête publiée par Der Spiegel fait état de documents retrouvés dans la maison d’un ancien responsable du renseignement irakien, obtenus par le journal par le biais de rebelles syriens. Haji Bakr, ou « le seigneur des ombres » comme il était surnommé, aurait échafaudé dès 2006 un plan pour reconquérir l’Irak en se servant de la ferveur des djihadistes prêts à tout, expliquent les documents. Islamiste modéré, Haji Bakr aurait dessiné plus nettement les contours de cette organisation quelques années plus tard. Profitant du chaos qui a gangréné la Syrie à partir de 2011, il aurait imaginé un groupe implanté en Syrie qui conquerrait plusieurs régions, jusqu’à l’Irak. Une fois leur pays d’origine sous contrôle, Haji Bakr et son équipe y auraient réinstauré une dictature à la manière de celle de Saddam.

Les révélations de Der Spiegel sont particulièrement surprenantes dans le cadre où, même si des liens entre des anciens du régime Hussein et l’EI sont établis depuis longtemps, le magazine allemand affirme que, non seulement c’est un ancien conseiller très proche du dictateur qui serait à l’origine de l’organisation islamiste, mais en plus, elle n’aurait eu comme seul but initial que de servir d’instrument à quelques survivants de l’élite irakienne pour retourner au pouvoir. Der Spiegel insiste aussi sur le fait que toutes les étapes stratégiques qui ont renforcé l’EI étaient compilées dans les notes personnelles d’Haji Bakr que son journaliste s’est procuré. Des documents probablement rédigés avant la montée de l’EI et qui faisaient aussi référence à la seconde partie du plan de Bakr : la prise de contrôle accélérée de l’Irak.

Tué en janvier 2014 par des rebelles syriens à Tal Rifaat, en Syrie, il n’assistera pas à la prise de Mossoul, la seconde ville d’Irak, par l’EI en juin 2014. Ainsi qu’à l’affaiblissement du groupe après son échec aux portes de Bagdad et à l’offensive des États-Unis couplée aux frappes aériennes menées par une coalition arabo-occidentale depuis août. Dernier développement : Abou Baqr al-Baghdadi, le chef de l’EI mis en place par Haji Bakr en 2010, aurait été gravement blessé par une opération menée par la coalition à la frontière irako-syrienne en fin de semaine dernière. Même si l’organisation de l’EI perd du terrain en Irak, elle reste extrêmement puissante. Depuis les premières offensives de l’EI en Irak en 2014, 2,7 millions de personnes ont été déplacées pour échapper au conflit.

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