Big data et drones, les nouvelles armes pour combattre les braconniers d’éléphants

 La “guerre” que se livrent braconniers et défenseurs des animaux prend désormais un tournant technologique. Avec « The Air Sheperd Initiative », l’organisation à but non-lucratif « Charles A. and Anne Morrow Lindbergh » entend bien mettre un terme au trafic de l’or blanc en Afrique subsaharienne. Le tout en combinant l’utilisation d’un logiciel d’analyse de données, visant à prédire le comportement des braconniers, et une armée de drones pilotés par des gardes-chasse.

(photo flickr/f7oor)
(photo flickr/f7oor)

En l’espace de seulement deux semaines, plus de sept tonnes d’ivoire en provenance du Kenya – et probablement à destination d’acheteurs chinois ou vietnamiens – ont été saisies par les autorités thaïlandaises. Valeur totale estimée : 14 millions de dollars, soit un peu plus de 12,8 millions d’euros.

En Afrique, le trafic de l’or blanc rapporterait chaque année près de 70 milliards de dollars américains à ses commanditaires, le plus souvent des organisations mafieuses, voire parfois même terroristes. Pour engraisser ces syndicats du crime et satisfaire la demande de la clientèle asiatique, les éléphants d’Afrique, eux, payent le prix du sang.

Entre 2010 et 2013, ils seraient près de 100 000 a être tombés sous les balles des braconniers, entrainant une diminution de 64% de la population des éléphants d’Afrique centrale. Une mortalité qui surpasse largement le taux de natalité du mammifère pour lequel la gestation d’un seul petit dure 21 mois.

Les experts s’accordent à dire que les deux espèces d’éléphants d’Afrique pourraient bientôt disparaître à l’état sauvage. Les prévisions les plus pessimistes parlent même d’une possible extinction totale d’ici 10 ans.

Rien d’étonnant donc à ce que la “guerre” que se livrent braconniers et défenseurs des animaux atteigne actuellement son paroxysme. L’année dernière, de multiples affrontements entre gardes-chasse et braconniers se sont soldés de la plus tragique des manières.

Pourtant, la plupart du temps, il n’y a pas d’affrontement du tout. Le sous-effectif des gardes-chasse — obligés de couvrir de vastes portions de territoires à l’aide de petits véhicules motorisés — les empêche de remplir pleinement leur mission. Bien souvent, ils arrivent trop tard pour s’interposer entre les braconniers et leurs proies.

Quand aux tentatives un peu plus éloignées du sol, elles se sont jusqu’à maintenant révélées trop coûteuses pour être efficaces. Impossible, en effet, de maintenir jour et nuit des équipes de pilotes parcourant l’espace aérien des réserves et parcs naturels afin de surveiller les populations d’éléphants et autres rhinocéros, tout en exerçant un pouvoir de dissuasion envers les braconniers. Pourtant, une nouvelle équipe de défenseurs des animaux en est persuadée : la solution au problème du braconnage pourrait réellement venir des airs.

Une équipe de chercheurs de l’Université du Maryland Institute for Advanced Computer Studies (UMIACS) — à l’origine d’un algorithme se basant sur le suivi des déplacements d’animaux, les actes de braconnage passés, et un nombre important de données géospatiales, météorologiques et environnementales — s’est alliée à UAV Solutions, une entreprise américaine spécialisée dans la production et la commercialisation de drones, afin de tenter de prédire les prochaines intrusions de braconniers dans un échantillon de réserves d’Afrique du Sud et du Kenya.

Au bout de seulement quelques mois, l’expérience était déjà un succès. « Partout où nous avons envoyé nos drones, le braconnage s’est arrêté », explique Thomas Snitch, professeur invité de l’UMIACS, dans un article paru sur le site Internet d’arstechnica.

Si les tentatives de prédiction des comportements de braconniers rencontrent un tel succès, ce serait essentiellement car les criminels ont tendance à s’attaquer à des animaux situés près des frontières des parcs et des réserves. « Dans beaucoup de parcs, la plupart des actes de braconnages sont réalisés par des personnes qui s’arrêtent en voiture à la frontière, sautent des barrières, s’aventurent sur 100 ou 200 mètres, tuent un animal, et prennent la fuite », commente Thomas Snitch.

Combinant le logiciel de l’UMIACS, baptisé « Système Anti-Braconnage » (Anti-Poaching Engine), avec des drones produits par l’entreprise sud-africaine UDS, l’organisation à but non-lucratif américaine Charles A. and Anne Morrow Lindbergh a développé le programme « The Air Sheperd Initiative » afin d’intensifier les efforts dans le cadre de la lutte contre le braconnage.

L’idée première du projet est de former des gardes-chasse et des pilotes de drones à ces technologies de pointe pour ensuite les répartir au sein de onze équipes pouvant ainsi couvrir un nombre important de réserves et de parcs naturels d’Afrique de l’Est subsaharienne.

Afin de concrétiser ce projet, une campagne de crowdfunding visant à récolter 500 000 dollars a été lancée en début d’année sur la plateforme Indiegogo. Trop ambitieuse, elle s’est soldée par un échec.

Un coup dur pour le projet, mais pas un coup fatal, l’entreprise sud-africaine UDS ayant d’ores et déjà investie plus de deux millions de dollars dans l’aventure. A l’heure actuelle, « The Air Sheperd Initiative » espère toujours réunir les sept millions de dollars qui seraient nécessaires à la bonne conduite du projet.

L’UMIACS a pour sa part commencé à adapter et transférer gratuitement les algorithmes de son logiciel « Système Anti-Braconnage » vers des ordinateurs portables – plus adaptés aux opérations de terrain – d’universités zambiennes, namibiennes et sud-africaines. « Désormais, un doctorant pourra travailler depuis son ordinateur dans un parc tout en discutant avec les gardes-chasse. Cela ne prendra pas plus de quelques mois au logiciel pour avoir une idée précise des mouvements des animaux », conclut Thomas Snitch.

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