Les humoristes ne font plus rire le gouvernement vénézuélien

 En proie à des difficultés économiques, le Venezuela est chroniquement victime de pénuries de produits de première nécessité. Un sujet sur lequel ironisent les humoristes du pays, mais qui fait grincer des dents les autorités.

Le président du Venezuela Nicolas Maduro, en présence de Ernesto Samper, secrétaire général de l'UNASUR, 2014. (photo flickr/dgcomsoc)
 Le président du Venezuela Nicolas Maduro, en présence de Ernesto Samper, secrétaire général de l’UNASUR, 2014. (photo flickr/dgcomsoc)

Fini de rire. C’est le message que le président vénézuélien Nicolas Maduro a voulu faire passer aux humoristes du pays en tentant de censurer Laureano Marquez, un comédien familier des blagues sur les difficultés que rencontre son pays. « Le Venezuela est le seul pays où vous vous faites voler des choses qui ne sont même pas encore à vous », dénonce-t-il dans son one-man show, dans un éclat de rire général, en expliquant que la difficulté à trouver du papier-toilette ou du lait pousse les gens à voler directement dans les caddies.

Dans une interview à la radio NPR, Laureano Marquez explique que ses derniers spectacles ont été annulés après que les trois clubs qui l’avaient booké ont été fermés administrativement pour présomption de fraude fiscale. L’humoriste a également été refusé dans les théâtres et salles de spectacle gérées par le gouvernement. « L’humour est tout ce qui reste à la liberté. Quand il n’y a plus de liberté autre part, elle est censée rester en vie à travers l’humour », a déclaré Marquez.

Même l’obtention de permission à se produire est un véritable défi au Venezuela, explique l’humoriste Alex Goncalves à NPR, qui déplore la fidélité de beaucoup de maires au président. « Il disent : “Non ! Si vous faites des blagues sur la révolution, nous ne pourrons pas accepter votre demande.” Ils pensent que parce que nous faisons des blagues sur Chavez ou Maduro, nous voulons faire tomber le gouvernement. » Goncalves explique qu’il a été un jour chassé d’une ville par des militants pro-gouvernement après une de ses représentations. « Nous avons dû courir à notre voiture pour nous enfuir, comme si nous étions des criminels ».

L’année dernière, une dessinatrice de presse a déclaré avoir été licenciée d’un des plus grands journaux du pays pour une caricature dépeignant de manière négative le système de santé vénézuélien. « Nous sommes devenus un pays où dire des choses, donner son point de vue pour amener les gens à réfléchir, n’est plus quelque chose de bien vu », avait-elle déclaré à l’époque. La même année, l’émission satirique Chataing TV a été déprogrammée après avoir diffusé un sketch parodiant le penchant du gouvernement à sans-cesse accuser l’opposition de préparer un coup d’État.

Le présentateur et humoriste Luis Chataing y apparaissait en train d’imiter un membre du gouvernement fabriquant de fausses preuves d’un putsch, ciseaux et tube de colle à la main, à la manière d’un enfant de maternelle. Selon Luis Chataing, le propriétaire de la chaine aurait subi des pressions de la part de Maduro pour annuler l’émission – une accusation réfutée par le président vénézuélien. Désormais, les humoristes n’ont plus comme seule option que de se produire dans les théâtres privés de villes de l’opposition.

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