Mondial 2018 : la Russie envisage d’utiliser de la main-d’œuvre pénitentiaire

 Aller puiser dans les 39 500 prisonniers actuellement incarcérés dans les colonies pénitentiaires russes et/ou condamnés aux travaux forcés : la dernière proposition du député russe Aleksandr Khinshtein aurait pour objectif de diminuer les coûts de construction des infrastructures nécessaires pour la Coupe du Monde de football 2018. Même si elle divise, l’idée a d’ores et déjà reçu, sous condition, l’appui des services correctionnels du pays.

Le stade Luzhniki de Moscou, en 2012.  (photo Flickr/&nbsp,Paul Nuttall)
 Le stade Luzhniki de Moscou, en 2012.
(photo Flickr/ Paul Nuttall)

A l’instar des dépenses induites par l’organisation de Jeux Olympiques, l’addition peut très vite s’avérer salée lorsqu’il s’agit de construire les infrastructures nécessaires à la bonne tenue d’une Coupe du Monde de football. Et ce ne sont certainement pas les Brésiliens qui diront le contraire.

Le budget estimé de la Coupe du Monde de football 2018 en Russie est de 638 milliards de roubles, soit environ 11,6 milliards d’euros. Un chiffre certes élevé, mais qui demeure pourtant très loin des 21 milliards d’euros que cette somme représentait encore en juin 2013. En cause, la dégringolade d’un rouble russe due à l’effet combiné des sanctions internationales, initiées contre le pays début 2014, et de la chute des prix du pétrole.

En période de crise, il convient donc de diminuer les coûts. Aleksandr Khinshtein, un député de Russie Unie (parti de centre-droit présidé par Dmitri Medvedev, actuellement majoritaire), pense avoir trouvé la solution. Il vient de déposer devant la Douma une série d’amendements qui permettraient la création d’un mécanisme donnant la possibilité à des entreprises de toutes sortes (étatiques, privées, publiques) d’employer de la main d’œuvre pénitentiaire sur des sites éloignés de parfois plusieurs centaines de kilomètres du lieu d’incarcération, comme le rapporte le quotidien russe Kommersant.

L’homme politique a également imaginé une « carotte » pour encourager les entreprises à utiliser cette main-d’œuvre à coût réduit : l’assurance de profiter de déductions fiscales pour celles qui accepteront. En Russie, le salaire mensuel moyen d’un prisonnier qui travaille est de 15 000 roubles, soit environ 275 euros.

Attention cependant, encore à l’étude, la mesure ne concernerait qu’une petite partie des 670 000 personnes actuellement derrière les barreaux dans le pays. Cette fraction, loin d’être négligeable, serait constituée des près de 39 500 prisonniers incarcérés dans les 128 colonies pénitentiaires russes et/ou condamnés aux travaux forcés — selon les derniers chiffres des services pénitentiaires fédéraux (FSIN).

« Cela offrira la possibilité d’acquérir les matériaux de construction à un prix inférieur », a déclaré Khinshtein à l’agence Associated Press, avant d’ajouter que « mettre des prisonniers au travail » constitue pour lui « quelque chose de très positif ». Il a également tenu à préciser qu’il n’existait pas, à l’heure actuelle, de plan visant à employer des prisonniers pour la construction des stades.

Tout laisse à penser que la proposition a de bonnes chances d’aboutir. Siégeant à la tête du comité parlementaire chargé des questions de sécurité, le député Aleksandr Khinshtein ne passe ni pour un fantaisiste ni pour un provocateur, à l’inverse d’un certain nombre de parlementaires russes ayant la réputation de présenter devant la Douma des textes excentriques — qui bien que très souvent relayés à grand bruit dans les médias occidentaux ne sont, pour la plupart, jamais adoptés. De plus, la proposition a déjà reçu le soutien des services correctionnels du pays, sous réserve explicite que la main-d’œuvre pénitentiaire soit employée exclusivement dans la province fédérale où elle est incarcérée.

Plusieurs figures de l’opposition russe, dont Dmitry Gudkov, ont condamné une initiative qui rappelle certaines des heures les plus sombres de l’Union Soviétique, lorsque, pendant la période stalinienne, des millions de prisonniers détenus dans les goulags étaient soumis au travail forcé.

Le défenseur des droits de l’homme Vladimir Osechkin, à l’origine du projet Gulagu.Net, a déclaré dans les pages de Kommersant ne considérer l’idée acceptable que « si le choix est laissé aux prisonniers de se porter volontaire pour ce type de travail ».

Ces dernières années, le système de travail en place dans les prisons russes a été l’objet de critiques virulentes par les défenseurs des droits de l’homme. Il a notamment été invoqué que des prisonniers étaient régulièrement sous-payés ainsi que d’autres contraints d’effectuer un volume horaire supérieur à celui inscrit sur leur contrat.

En 2013, l’une des membres du groupe de punk-rock féministe Pussy Riot, Nadezhda Tolokonnikova, était même entrée en grève de la faim pour dénoncer les conditions de travail en vigueur dans la colonie pénitentiaire de Mordovie, où elle était alors incarcérée, allant jusqu’à parler de « véritable esclavage moderne ». Les Pussy Riot ont depuis lancé MediaZona, un site d’information indépendant dont l’un des objectifs est justement de couvrir l’application des lois dans les tribunaux et les prisons du pays.

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