Vague de malaises dans une usine Armani au Cambodge

Une employée de l'usine de Kin Tai, prise en photo par ses collègues alors qu'elle venait de s'évanouir, mai 2015. (photo The Observers)
 Une employée de l’usine de Kin Tai, prise en photo par ses collègues alors qu’elle venait de s’évanouir, mai 2015. (photo The Observers)

Aucune promesse n’a été tenue par les patrons de l’usine Kin Tai, à Phnom Penh. Notamment celle faite en 2010, puis renouvelée en 2014, d’installer des climatiseurs après des évanouissements en cascade constatés par les autorités cambodgiennes. Selon une enquête du consortium de droits des travailleurs (WRC) réalisée l’année dernière, il ferait en moyenne 38 degrés dans cette usine sous-traitante d’Armani Jeans. D’après les ouvriers, la température monterait régulièrement à 40 degrés.

Alors, pour essayer de tenir le coup, les ouvriers utilisent une technique traditionnelle qui consiste à se frotter la peau avec des pièces de monnaie pour faire remonter le sang à la surface de l’épiderme, a expliqué Joel Preston, consultant pour le centre d’éducation juridique à Phnom Penh, à The Observers. Malgré ça, des travailleurs s’évanouissent tous les jours dans l’usine, déplore-t-il. « Quand les employés tombent dans les pommes, ils sont envoyés à la clinique de l’usine, mais là-bas, on ne leur donne que du paracétamol », explique le défenseur des droits des ouvriers du textile. La promesse de doter la clinique de médicaments adaptés, là encore, n’a pas été tenue. On recenserait environ 2000 cas d’évanouissements par an dans les usines cambodgiennes.

Deux employés de l'usine de Kin Tai en train de pratiquer la technique du "coining" qui consiste à frotter la peau avec une pièce de monnaie. (photo The Observers)
Deux employés de l’usine de Kin Tai en train de pratiquer la technique du “coining” qui consiste à frotter la peau avec une pièce de monnaie. (photo The Observers)

La chaleur, mais aussi les vapeurs de produits toxiques, les intoxications alimentaires, ou encore la malnutrition et la fatigue – deux conséquences directes des salaires trop bas – rendent le travail dans cette usine insoutenable, explique Joel Preston. « Les ouvrières enceintes, notamment, travaillent par 40 degrés jusqu’à la fin de leur grossesse parce qu’elles ont trop peur de ne pas être payées pendant leur congé de maternité ». Au Cambodge, comme au Bangladesh, les usines de textile travaillent pour des grandes marques occidentales comme Armani, H&M, Zara ou Gap.

Lire aussi : “Un ouvrier cambodgien s’adresse à H&M »

Même si le salaire minimum est passé de 70 à 110€ après une vague de manifestations l’année dernière, la corruption, les heures supplémentaires obligatoires et la violation des droits du travail en règle générale continuent de gangréner l’industrie du textile cambodgienne, concluait une enquête de Human Rights Watch publiée en mars dernier. Selon l’ONG, certaines marques comme Adidas ont fait des efforts mais « d’autres marques, comme Joe Fresh au Canada, ou Marks&Spencer et Armani en Europe, ne réagissent pas à [leurs] rapports ».

Si le sujet vous intéresse, nous vous conseillons le webdocumentaire “Cambodge : les forçats du textile »

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