Iran : nouvelle avancée pour les minorités religieuses

 La nomination d’un chrétien comme nouveau capitaine permanent de l’équipe nationale de football iranienne consolide les récents progrès accomplis par l’Iran d’Hassan Rohani en matière de droits des minorités religieuses.

A gauche Andranik Teymourian, nouveau capitaine de la sélection nationale iranienne. (Photo Flickr/ geisagholian)
 A gauche, Andranik Teymourian, un chrétien d’origine arménienne devenu en avril dernier capitaine permanent de la sélection nationale iranienne.
(Photo Flickr/ geisagholian)

Un chrétien à un poste à large visibilité internationale. Il y a quelques années, cette situation était impensable en Iran. Pourtant, Andranik Teymourian, chrétien d’origine arménienne, vient d’être désigné capitaine permanent de la sélection nationale iranienne de football, comme le rapporte The Guardian. Celui qu’on surnomme Ando — le Samouraï —, en raison de sa coupe de cheveux, n’a pas honte d’exhiber son appartenance religieuse. Sur les terrains, il s’est déjà signé plus d’une fois.

« En tant que chrétien je suis heureux de pouvoir jouer dans une équipe musulmane », a-t-il déclaré dans une récente interview, avant d’ajouter avoir comme espoir que cette nomination lui permettra « d’améliorer la réputation des Arméniens en Iran », qui représentent la majorité des près de 300 000 chrétiens qui vivraient dans le pays (aux côtés de ceux issus de l’Église assyrienne et de l’Église chaldéenne).

Et si récemment, certains d’entre eux ont choisi l’exil, ce n’est pas pour des raisons politiques, mais plutôt économiques. Car les Arméniens d’Iran sont généralement bien intégrés. Pour preuve, un certain nombre de personnalités appartenant à la communauté arménienne d’Iran, comme le musicien Loris Tjeknavorian ou encore l’homme d’affaire Sombat Hacoupian, sont même devenues de véritables figures populaires de la société iranienne moderne.

Si l’islam chiite demeure la religion officielle en Iran, les chrétiens, les juifs et les zoroastriens (religion monothéiste ayant particulièrement bien réussi à se fondre dans le patrimoine culturel iranien) y sont tolérés en tant que minorités religieuses. Ces derniers peuvent pratiquer leur religion librement dans leurs lieux de culte et bénéficient de sièges réservés à leurs représentants au sein du parlement iranien. En vertu de leur foi, les chrétiens peuvent même manger du porc et distiller leur propre alcool. On dénombre environ 600 églises en Iran.

Les juifs d’Iran, quant à eux, représenteraient la seconde plus importante communauté juive du Moyen-Orient, après Israël. Et ce malgré le fait qu’une importante partie de cette population ait fuit l’Iran à la suite de la révolution islamique de 1979.

Sous la présidence de l’ultra conservateur Mahmoud Ahmadinejad, qui s’était fait remarquer pour ses tirades antisémites et ses déclarations négationnistes, la réputation du pays en matière de tolérance religieuse avait été sévèrement écornée.

Cependant, ces deux dernières années, l’attitude du pouvoir envers les minorités religieuses semble avoir pris un tournant, pour le meilleur. Ainsi, en 2013, le président Hassan Rohani a nommé Ali Younesi, clerc musulman et ex-ministre des Renseignements et de la Sécurité nationale, au poste inédit d’assistant spécial délégué aux affaires des minorités. Une décision qui montre la détermination de Rohani à traiter de la question des minorités religieuses et qui succède à d’autres signes d’ouverture.

Ainsi, Hassan Rohani a condamné l’extermination massive des juifs par les nazis, reconnaissant sa nature de crime contre l’Humanité. Il a également souhaité sur Twitter, en 2013, un joyeux Roch Hachana (fête juive célébrant la nouvelle année civile du calendrier hébreu) aux juifs d’Iran, avant de rendre hommage aux membres de cette communauté ayant sacrifié leur vie pour le pays lors de la guerre contre l’Irak dans les années 80.

Le gouvernement a également décidé de donner l’équivalent de 400 000 dollars américains à l’hôpital juif de Téhéran. Un geste symbolique envers la communauté juive du pays, vivement critiqué par certains partisans de la ligne dure. En réaction s’était tenu dans la foulée le premier Concours international de caricatures sur l’Holocauste.

Autre avancée, Ali Younesi a annoncé en février dernier que les étudiants juifs ne seraient plus obligés de se rendre à l’école les samedis, pour la première fois depuis plus de 35 ans, et ce afin de respecter le Shabbat (ndlr, les écoles iraniennes fonctionnent du samedi au jeudi, le vendredi marquant la fin de la semaine iranienne).

Plus étonnant encore, en avril dernier, alors que les Arméniens commémoraient le génocide de 1915, le gouvernement iranien a autorisé pour la première fois les Arméniens d’Iran à manifester devant l’ambassade turque de Téhéran.

Et si certains témoignages tendent à montrer que les juifs d’Iran se sentent encore parfois considérés comme des citoyens de seconde zone, les Iraniens seraient le peuple le moins antisémite du Moyen-Orient à en croire un sondage paru l’année dernière.

Pourtant, si les droits des minorités semblent s’améliorer, des efforts restent à faire. Les adeptes du bahaïsme — religion monothéiste proclamant l’unité spirituelle de l’humanité — ont toujours l’interdiction de pratiquer ouvertement leur religion, considérée comme une hérésie. Ils sont souvent persécutés, voire parfois même emprisonnés pour leurs croyances. Près d’une centaine d’adeptes de la foi Bahaïs croupiraient actuellement dans les geôles iraniennes. Des milliers d’autres souffriraient quotidiennement de discrimination en matière d’éducation et d’accès au travail.

Le sujet des conversions religieuses reste aussi particulièrement sensible en Iran. Les musulmans souhaitant changer de religion risquent toujours la prison. De plus, certaines variantes théologiques de l’Islam sont également considérées comme des hérésies en Iran. C’est par exemple le cas des derviches Gonabadi dont la pratique religieuse demeure interdite.

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