Les deux Corées vont collaborer pour des fouilles archéologiques

 Une équipe composée d’archéologues et d’historiens originaires de Corées du Nord et du Sud s’apprête à relancer un projet conjoint de fouilles d’un ancien palais situé à Kaesong, en Corée du Nord. Bien qu’initiée en 2007, l’initiative a connue de nombreux contretemps en raison de tensions entre les deux Corées. Ce septième cycle de fouilles, qui devrait durer six mois, débute également à une période où les relations entre les deux pays sont loin d’être au beau fixe.

Vue de la ville de Kaesong en 2007. (Photo Flickr/ (stephan)
 Vue partielle de la ville de Kaesong (Corée du Nord) en 2007.
(Photo Flickr/ (stephan)

Les frères ennemis, qui, rappelons-le, restent « techniquement » en guerre depuis la guerre de Corée (1950-1953), s’apprêtent de nouveau à collaborer au nom de leur passé commun. Des archéologues et historiens originaires des deux Corées devraient travailler, côte à côte, sur un même site de fouilles jusqu’au 30 novembre prochain. Ce qui en ferait – si tout se déroule comme prévu – la plus longue période de collaboration, dans l’objectif de mener à bien un projet commun, de l’histoire des deux pays, comme le rapporte le Korea Herald.

L’objectif de ces fouilles ? Percer à jour les multiples secrets du site historique de Manwoldae — inscrit au patrimoine mondiale de l’UNESCO depuis 2013 — situé à dix minutes du centre-ville de Kaesong, en Corée du Nord. D’une population de 335 000 habitants, elle accueille aujourd’hui le parc industriel intercoréen (surement la meilleure incarnation de l’effort de collaboration économique entre la Corée du Nord et la Corée du Sud). Kaesong fût pendant longtemps la capitale de l’ancien royaume de Goryeo (935–1392). Le site Internet de l’UNESCO estime que l’ancienne cité hébergeait « de nombreux palais, des bâtiments administratifs, des complexes funéraires souterrains, ainsi que des installations défensives comme des murs et des portes fortifiées » permettant de se faire une idée assez précise « des valeurs politiques, culturelles, philosophiques et spirituelles ayant façonnées l’histoire de la région ».

Bien que le projet ait officiellement débuté en 2007, les équipes sud et nord-coréennes n’ont jusqu’alors pu travailler ensemble sur le terrain qu’à six reprises, en raison de la nature fluctuante des relations entre les deux pays. Cette fois-ci, pendant toute la durée des fouilles, dont l’un des objectifs — pour la Corée du Sud — est de promouvoir l’existence d’une histoire commune aux deux pays, les 80 membres sud-coréens de l’équipe seront basés dans la ville de Kaesong. Près de 15 membres de l’équipe seront amenés à faire quotidiennement l’aller-retour entre le site de fouilles et le complexe industriel de Kaesong.

Au cours de cette nouvelle phase d’excavation, l’équipe de fouilles se concentrera tout particulièrement sur la chambre à coucher du roi (Manryeong-jeon), située dans le palais royal de la dynastie Goryeo. Ce dernier, construit en 919, avait été complètement détruit lors de l’invasion de la Corée par les Turbans rouges, au 14e siècle.

Comme l’explique Kim Hyung-eun Kim, un journaliste du quotidien sud-coréen en langue anglaise JoongAng Daily, dans un article paru en 2011 dans les pages de la revue Archeology, cette collaboration est intéressante pour la Corée du Nord dans la mesure où elle représente une opportunité sans-précédent de bénéficier des dernières innovations technologiques en matière d’archéologie.

« C’est la première fois depuis la séparation des deux Corées [en 1945] que des citoyens du Sud et du Nord ont pu travailler ensemble à l’accomplissement d’une même tâche, et ce 40 à 60 jours par an. S’il y a bien eu une véritable « guerre des nerfs » entre des universitaires des deux Corées défendant des approches méthodologies divergentes, nous avons pu mettre nos différences de côté pour le bon déroulement de ces travaux d’excavation », est-il ainsi indiqué dans l’énoncé du projet.

Le mois dernier, le ministre sud-coréen de l’Unification rappelait encore l’importance de trouver des terrains d’entente entre les deux pays. De toute évidence, la réalisation de cet objectif à long terme peut aussi bien passer par des collaborations sur le plan culturel ou dans le milieu du sport, que par des fouilles archéologiques.

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