Polémique autour du viagra féminin aux États-Unis

 Le Flibanserin vient d’être soutenu par un comité consultatif d’experts auprès de l’Agence américaine des médicaments (FDA), qui a pourtant refusé à deux reprises sa commercialisation. Cette troisième tentative suscite de vives critiques. L’efficacité et la dangerosité du « viagra féminin » sont notamment pointées du doigt.

(photo illustration flickr/katiedee)
(photo illustration flickr/katiedee)

La commercialisation est encore loin. Mais le soutien apporté au « viagra féminin » par un comité d’experts, dont l’Agence américaine des médicaments écoute généralement l’avis, représente une grande victoire pour le laboratoire pharmaceutique Sprout. Pourtant, la firme partait perdante. La première demande de commercialisation auprès de la FDA déposée par le développeur du Flibanserin – le laboratoire allemand Boehringer Ingelheim – avait essuyé un premier refus en 2010.

Trois ans après avoir racheté le brevet du médicament, Sprout avait tenté sa chance auprès de la FDA qui avait de nouveau débouté la pilule rose. Selon l’agence américaine, la différence d’efficacité entre le placebo et le médicament ne justifiait pas une mise sur le marché. Les essais cliniques avaient montré que les femmes sous Flibanserin qualifiaient de « satisfaisantes » en moyenne 4,4 expériences sexuelles par mois, contre 3,7 dans le groupe de placebo. Et 2,7 avant le début de l’étude. Aussi, la FDA avait pointé du doigt les effets secondaires du médicament comme les risques de somnolence, d’évanouissements et de chute de la tension artérielle.

Alors pourquoi un comité consultatif d’experts vient-il de rendre un avis positif ? Selon Sprout, de nouvelles données montrent que le médicament n’affecterait pas la capacité des femmes à conduire une voiture. Surtout, le laboratoire mène une intense campagne de lobbying depuis le dernier avis négatif de la FDA. Avec le slogan « Mettez-nous à égalité », Sprout a tenté de rallier à sa cause les associations féministes, utilisant le fait que l’absence de viagra féminin représentait un acte sexiste.

Au cours de la réunion du comité consultatif qui s’est tenue la semaine dernière, deux interventions se sont opposées, relate le site d’information Vox. L’une réalisée par la FDA, prouvant scientifiquement que le médicament n’est pas assez efficace. L’autre réalisée par le laboratoire, montrant, témoignages féminins à l’appui, que près d’un dixième des femmes non ménopausées souffriraient de troubles du désir sexuel et que le Flibanserin pourrait changer leur vie.

Là encore, les méthodes utilisées par Sprout créent la controverse. « La FDA a présenté un exposé très pertinent sur l’efficacité incertaine du Flibanserin. Mais le comité a été convaincu par les nombreux témoignages de femmes amenées là-bas par Sprout pour parler de la tragédie d’avoir une faible libido, et comment cela menaçait leur mariage. Plusieurs d’entre elles ont pleuré », a déclaré Adriane J. Fugh-Berman, professeure de pharmacologie à l’Université de Georgetown. « Aujourd’hui, le marketing l’a emporté face à la science », a-t-elle déclaré. Plusieurs experts auraient en outre admis avoir voté « pour » avec une grande réserve.

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