Au moins 10 Irlandaises se rendent chaque jour au Royaume-Uni pour avorter

 D’après les dernières statistiques officielles en matière d’avortement du ministère de la Santé britannique, 3735 femmes irlandaises se sont rendues au Royaume-Uni pour avorter en 2014. Amnesty International a lancé mardi, en parallèle de la publication de ces chiffres, une vaste campagne visant à obtenir la décriminalisation de l’avortement dans le pays.

 Manifestation pro-choix à Dublin en 2012. (photo flickr/ William Murphy)
 Manifestation pro-choix à Dublin en 2012. (photo flickr/ William Murphy)

En moyenne, plus de dix femmes et jeunes filles ont quitté l’Irlande chaque jour en 2014 pour aller mettre un terme à leur grossesse au Royaume-Uni. C’est ce que révèlent les dernières statistiques du ministère de la Santé britannique en matière d’avortement. A ces 3735 Irlandaises s’ajoutent aussi 837 femmes et jeunes filles originaires d’Irlande du Nord, nation où l’avortement reste également très strictement encadré.

Il faut cependant garder à l’esprit que ces chiffres sont très certainement en dessous de la vérité. Ne sont répertoriées que les avortement de patientes ayant jugé bon d’informer les autorités sanitaires britanniques de leur nationalité irlandaise. Comme le rappelle The Independent, un grand nombre d’Irlandaises choisissent de donner l’adresse d’un ami ou d’un membre de la famille vivant au Royaume-Uni. Sans parler de toutes celles qui choisissent de recourir à l’avortement médicamenteux, lui aussi illégal.

La raison de ce phénomène ? L’existence en Irlande — pays réputé très catholique qui a pourtant récemment dit « oui » au mariage gay — de lois draconiennes en matière d’avortement. La troisième plus grande île du continent européen demeure l’un des derniers pays d’Europe où l’interdiction d’avorter est toujours en vigueur, y compris en cas de malformation du fœtus, d’inceste, ou encore de viol. Seule exception : depuis 2013 les médecins peuvent décider de réaliser une IVG s’ils considèrent que la vie de la mère est en danger. Une décision parfois arbitraire.

Amnesty International a publié ce mardi un rapport dénonçant le danger de la loi anti-avortement irlandaise, d’ores et déjà été condamnée par le Comité des droits de l’homme de l’Organisation des Nations Unies. L’ONG relate dans son rapport les expériences traumatisantes vécues par un certain nombre d’Irlandaises ayant été obligées de quitter leur pays pour avorter. Certaines d’entre elles expliquent, par exemple, avoir attendu plusieurs semaines dans l’espoir de recevoir des soins après une fausse couche, en vain. Pour Salil Shetty, le secrétaire général d’Amnesty International, « chaque jour les droits des femmes et des jeunes filles sont bafoués en raison d’une Constitution qui les considère comme des véhicules à bébé ».

Abortion Support Network, un organisme d’aide aux Irlandaises cherchant à se rendre au Royaume-Uni pour avorter, a pour sa part déclaré à The Independent avoir reçu 552 appels à l’aide l’année dernière. Soit une hausse de 520% par rapport à 2010.

Malgré tout, peu de chances que les choses évoluent rapidement. Le premier ministre irlandais, Enda Kenny – ferme opposant de ce qu’il nomme « l’avortement à la demande » – a récemment déclaré exclure totalement l’organisation d’un potentiel référendum en amont des élections législatives de 2016. Le sujet devrait cependant être au cœur des débats lors de la prochaine campagne.

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