Une vague de protestations traverse le Honduras et le Guatemala

 Depuis plusieurs semaines, des milliers de personnes défilent dans les rues de ces deux pays d’Amérique centrale. Elles dénoncent l’omniprésence de la violence et la corruption.

Déjà en 2002, les Guatémaltèques défilaient pour demander la démission de leur président (Photo Flickr / Todo or mi guate por un mejor país !)
 Déjà en 2002, les Guatémaltèques défilaient pour demander la démission de leur président (Photo Flickr/ Todo por mi guate por un mejor país !)

Ce dimanche 14 juin en Espagne, des manifestants ont montré leur soutien aux Honduriens. Depuis près d’un mois, ceux-ci se retrouvent dans la rue après le travail. Ils portent des torches, mais aussi des drapeaux de leurs pays et des pancartes de contestation. Chez leurs voisins, au Guatemala, le même type de marches se déroulent dans les grandes villes, tous les samedis depuis le 25 avril. Dans certains médias, on commence déjà de parler d’un « printemps de mécontentement », notamment dans l’édition espagnole d’El País.

Si ces deux pays se sont réveillés depuis quelque temps, c’est suite aux révélations retentissantes d’affaires de corruption. Au Guatemala d’abord, où Juan Carlos Manzón, l’ancien secrétaire de la vice-présidente Ingrid Roxana Baldetti Elias, a été accusé d’être à la tête d’un réseau de corruption, explique Le Monde. Aujourd’hui en fuite, il dirigeait La Linea, une bande organisée coupable de fraude, opérée notamment aux contrôles douaniers.

En Honduras, pays le plus violent du monde et où sévit une très forte pauvreté# – 42% de la population selon El País – les habitants ont découvert un énorme détournement de fonds de l’organisme de sécurité sociale. Le Parti National, actuellement au pouvoir, s’est servi dans les caisses de l’Institut Hondurien de Sécurité Sociale pour financer ses campagnes électorales. Une révélation difficile à encaisser d’autant plus que le pays connaît des pénuries de médicaments.

Si la référence au Printemps arabe est peut-être hâtive, elle se justifie par l’utilisation massive des réseaux sociaux. C’est grâce à eux que deux universitaires ont organisé le premier rassemblement devant l’ancien Palais gouvernemental, à Guatemala City. En Honduras, c’est sur Facebook qu’un jeune homme de 16 ans aurait lancé un appel à manifester, rapporte El Mundo. Ses confrères de El País développent :

« A la différence des médias traditionnels, objets de menaces, de chantages ou de pots-de-vins, les réseaux sociaux, en restant en dehors du contrôle gouvernemental et des autres pouvoirs, ont été utilisés comme principal moyen de communication et d’agitation. »

Ils ont touché des citoyens ordinaires, majoritairement jeunes, qui ne se sentent pas spécialement politisés, mais qui veulent assister à un changement. Des « indignés », explique un Hondurien au quotidien espagnol.

C’est donc à coups de « Dehors ! » et de « Qu’ils s’en aillent tous ! » que les manifestants ont réagi, dans la rue. Si ces manifestations manquent de « résultats tangibles » comme le souligne El País, elles ont tout de même abouti à la démission de la vice-présidente du Guatemala. En Honduras, on réclame, en plus du départ du chef de l’Etat Juan Orlando Hernández, la constitution d’une Commission internationale des Nations Unies contre l’impunité, pour enquêter et juger les dirigeants, mais aussi pour remédier à la criminalité qui ronge le pays.

Dans les deux États, les présidents s’accrochent au pouvoir. Hernández a même déclaré à la presse qu’il « accompagn[ait] et accueill[ait] toute expression de non-conformisme et d’indignation ». Mais il accuse l’opposition et « certains groupes » de profiter de cette vague protestataire pour pouvoir le chasser de son gouvernement. Une vague qui peut-être continuera à s’étendre ? Même si certains Honduriens nient le lien entre leurs marches et celles de leurs voisins, une activiste a concédé au New York Times : « Oui, bien sûr, ils ont été une source d’inspiration ».

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