Des anthropologues préconisent un contact contrôlé avec les tribus indigènes

 Contrairement à la politique appliquée jusqu’ici, il faudrait privilégier un contact encadré avec les sociétés indigènes pour mieux les protéger, estiment Kim Hill et Robert Walker, deux anthropologues américains. La thèse provoque de vives réactions.

Photo prise à l'occasion du Festival Qatuwas (Photo Flickr / Nations Unies)
 Photo prise à l’occasion du Festival Qatuwas  (Photo Flickr /  Nations Unies)

La stratégie du « Leave them alone » (« laissons-les tranquilles ») a montré ses limites, pensent Kim Hill, professeur à l’université d’Arizona et son collègue Robert Walker, issu de la faculté du Missouri. Dans un éditorial publié dans la magazine Science, les deux anthropologues encouragent la prise de contact avec les sociétés isolées de notre monde. Une position qui va à l’encontre de la politique menée depuis près de 30 ans, qui consiste à ne pas avoir d’interaction avec elles.

Il existerait une centaine de sociétés qui vivent en retrait du monde « moderne », majoritairement en Amérique du Sud, mais aussi en Nouvelle Guinée Papouasie ou sur les Îles Sentinelles. La politique à adopter quant à la communication avec ces peuples est une question récurrente. Dans les années 1960 et 1970, nombre de villages indigènes de la forêt amazonienne ont été détruits, rappelle la BBC, entraînant également la mort de beaucoup de leurs habitants. Le Brésil a donc voulu par la suite adopter une politique de rapprochement, qui s’est révélée viser davantage à l’assimilation et à la relocalisation de ces peuples. On ne compte plus les maladies qui ont pu (et sont toujours) contractées par les aborigènes en contact avec des personnes de l’extérieur. C’est pour cette raisons qu’en 1987, Sydney Possuelo, à la tête du département des tribus inconnues à la Funai (Fondation nationale brésilienne de l’Indien), a décidé de cesser toute interaction avec ces peuples et d’opter pour la protection des réserves naturelles pour qu’ils puissent vivre en paix.

Près de 30 ans plus tard, Hill et Walker remettent en cause cette politique. Le premier justifie leur théorie dans The Independent :

« La protection est une illusion. Des bûcherons, des mineurs, des narco-trafiquants, des chasseurs ou encore des explorateurs pénètrent dans ces zones quand bon leur semble, et les contacts accidentels sont inévitables et désastreux. »

Afin de limiter ces dégâts, les deux anthropologues plaident pour des contacts encadrés, avec des équipes qualifiées de traducteurs et de médecins : « Un contact contrôlé avec ces peuples isolés est une meilleure option que la politique de non-contact ». En laissant faire, les gouvernements manquent à leur responsabilité, ajoutent dans Science les deux chercheurs, qui considèrent cette prise de contact comme « humaine et éthique ».

Au contraire, pour l’organisation non-étatique Survival International, cette prise de position est « dangereuse et trompeuse ». Le mouvement de défense des peuples indigènes a rappelé dans un article que les contacts conduisent trop souvent à des drames. Récemment, deux femmes de la tribu des Awá, au Brésil, ont contracté la tuberculose après avoir été en contact avec d’autres personnes. Mais Survival International revient surtout sur le postulat de départ de Hill et Walker : tous deux partent du constat qu’il faudrait aider les sociétés isolées car elles ne seraient « pas viables à long terme ». L’ONG s’en offusque par la voix de son directeur, Stephen Corry :

« Que les choses soient claires : les tribus isolées sont parfaitement viables, tant que leurs terres sont protégées. Penser qu’on a le droit d’envahir leurs territoires et de rentrer en contact avec eux, peu importe s’ils le veulent ou non, et avec toutes les conséquences que cela implique, est pernicieux et arrogant. La décision de prendre ou non contact avec eux revient à ces peuples, non à des gens de l’extérieur qui pensent savoir ce qui dans l’intérêt des peuples indigènes. »

Néocolonialisme ou protection ? Un constat seulement demeure : même si elles vivent isolées du monde « moderne », les sociétés aborigènes connaissent son existence, et le contact apparaît inévitable. C’est ce que concluait Fiona Watson, directrice de recherches à Survival International, dans un article de la BBC :

« Ils savent beaucoup plus de choses sur le monde extérieur que ce que les gens croient. Ils sont experts pour vivre dans la forêt, et ils sont bien conscients de la présence de personnes à l’extérieur ».

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