Les personnes âgées doivent quitter Tokyo, conseillent des experts

 Le Japan Policy Council estime que les personnes âgées vivant à Tokyo devraient déménager dans d’autres zones du pays pour faire face au vieillissement de la population de la capitale et redynamiser l’économie des régions.

En 2025, Tokyo devrait compter 5,7 millions âgées (Photo Flickr / Elvin)
 En 2025, Tokyo devrait compter 5,7 millions de personnes âgées (Photo Flickr /  Elvin)

Le Japon est le pays où l’on vit le plus longtemps. Et ça commence à sérieusement poser problème. Le manque d’infrastructures d’accueil et de soins pourrait bien mettre Tokyo dans l’embarras d’ici quelques années. Pour remédier à cela, le think tank Japan Policy Council, présidé par l’ancien ministre des affaires intérieures Hiroya Masuda, a eu une idée : inciter les personnes âgées à plier bagages et à partir de la capitale.

Dans les 10 prochaines années, la région de Tokyo devrait gagner 1,75 million de personnes de plus de 75 ans, rapporte le Irish Times. La mégalopole comptera alors 5,7 millions de seniors, comme l’explique Tai Takahashi, l’un des auteurs du rapport du Japan Policy Council dans le Financial Times :

« Entre 1955 et 1970, 8 millions de personnes ont quitté les régions rurales pour s’installer en ville, et elles arrivent aujourd’hui à 75 ans. Environ 4 millions d’entre elles se sont installées à Tokyo. »

Pour Florian Coulmas, expert en démographie, le Japon est victime du « succès catastrophique » de la qualité de ses soins médicaux et du niveau de vie de ses citoyens. Mais Tokyo peine à suivre : la capitale dispose de moitié moins d’infrastructures de soins que la moyenne nationale. D’ici 2025, elle pourrait manquer de 130 000 places dans les structures d’accueil, et jusqu’à 160 000 en 2040, alerte le Japan Times. En construire de nouvelles s’avérerait trop compliqué et surtout très coûteux, d’où l’urgence de trouver des solutions.

Le Japan Policy Council a sélectionné 41 zones du pays où elle estime que les personnes âgées pourraient – et devraient – envisager de migrer. Cela concerne notamment les régions de Kagoshima et du Toyama. Selon le think tank, en plus de soulager la surpopulation de Tokyo, cette solution permettrait au contraire de repeupler certaines zones quelque peu désertées. Car si le Japon est un pays vieillissant, il est aussi menacé d’un déclin de sa population, qui pourrait baisser de plus de 100 millions d’habitants d’ici 2060, rappelle le Irish Times. Les zones rurales, les plus touchées, pourraient avec ce projet regagner en dynamisme économique, assure Yshihide Suga, à la tête du secrétariat du Cabinet :

« Ce pourrait être une solution pour pallier le déclin de la population dans ces zones, mais aussi pour stimuler la consommation régionale et créer de l’emploi. »

L’accueil de personnes âgées suppose en effet souvent des soins, et donc du personnel infirmier, médical, ou autre. Mais tout cela a un coût, que le rapport s’est gardé de calculer. Il n’a pas non plus envisagé, pour le moment, les solutions de financement. Or les municipalités rurales ont déjà des budgets serrés, et ne voient pas forcément d’un bon œil cette proposition. A moins que le gouvernement, ou la région de Tokyo ne les aide.

Mais la proposition fait aussi grincer des dents pour son « cynisme ». Le gouverneur de Kanagawa, Yuji Kuroiwa, est perplexe :

« Ça me met un peu mal à l’aise de forcer la main à des citoyens âgés. »

De plus, des études montrent que rester dans sa zone d’habitat et près de sa famille permet de rester en bonne santé, souligne Hideki Koizumi, ingénieur en urbanisation à l’université de Tokyo. Dans l’embarras, le gouvernement japonais a tenté d’apaiser les esprits. Shigenu Ishiba, ministre chargé de la revitalisation du territoire, a assuré que « personne ne parl[ait] de forcer les gens à s’en aller. »

Recommandé pour vous