Le gouvernement hongrois rappelle ses jeunes partis à l’étranger

 Le gouvernement hongrois a lancé un programme pour inciter les jeunes du pays partis vivre à l’étranger à revenir. Mais le succès de cette opération initiée fin avril se fait attendre.

Officiellement, plus de 300 000 Hongrois vivraient à l'étranger. Officieusement, ce pourrait être le double (Photo Flickr / DomiKetu)
 Officiellement, plus de 300 000 Hongrois vivraient à l’étranger. Officieusement, ce pourrait être le double (Photo Flickr /  DomiKetu)

Come home, young people ! » Avec ce slogan qui demande aux jeunes de « rentrer à la maison », le gouvernement hongrois compte bien faire revenir sur son territoire quelques-unes des centaines de milliers de personnes parties vivre à l’étranger. Il leur propose de s’inscrire à un programme grâce auquel ils pourront bénéficier de services gratuits pour retrouver un emploi, ou encore d’aides pour payer leur logement, détaille Pangea Today.

« La baisse drastique de la main d’œuvre qualifiée en Hongrie est devenue problématique pour la compétitivité », entame le même site. Faire revenir des jeunes, partis étudier ou vivre à l’étranger, apparaît comme une solution pour le gouvernement. Et la cible potentielle est large : selon la BBC, environ 350 000 Hongrois travaillent dans d’autres pays. Mais ces chiffres officiels reflètent très mal la réalité, tempère Pangea Today, qui estime qu’il pourrait presque s’agir du double. Reuters note de son côté la tendance croissante de cette émigration : 31 500 Hongrois auraient quitté le pays en 2014, soit 46% de plus qu’en 2013, et selon un sondage, un Hongrois sur 10 prévoirait de partir. Cette fuite des cerveaux et de la main d’œuvre traduit une aspiration à de meilleures conditions de vie et de travail.

La campagne « Come home, young people » ne semble pas décider ces émigrés à retraverser l’Europe direction Budapest. En mai, le secrétaire d’Etat à l’emploi, Sandor Czomba, avait déclaré fièrement que 40 000 personnes s’étaient inscrites sur la page Facebook du programme… mais le site hongrois Index.hu avait vite rectifié ces déclarations : il s’agissait du nombre de visites de la page. Aujourd’hui, les « likes » dépassent à peine les deux milliers. Selon la BBC, Sandor Czomba a assuré plus récemment que 800 personnes s’étaient inscrites au programme. Des journaux d’opposition avancent eux des chiffres beaucoup plus bas. Le 17 juin par exemple, Pangea Today parlait de 21 inscrits. Le site évoque également le flop d’un événement organisé par le programme à Londres, où se trouvent de nombreux émigrés hongrois : seules 120 personnes s’y sont rendues.

Pour l’opposition au gouvernement de droite dirigé par Viktor Orban, cette campagne n’est qu’une opération de communication. Une opération qui a quand même un coût : 100 millions de forints (319 000 euros). Dépenser cet argent pour faire revenir la population, alors qu’autant, voire plus, est dépensé pour dissuader les immigrés de passer la frontière, voilà qui apparaît paradoxal. Le gouvernement, qui fait les yeux doux à l’extrême-droite et aux eurosceptiques, veut en effet ériger une barrière entre la Hongrie et la Serbie. Et pour signifier encore plus aux étrangers qu’ils ne sont pas les bienvenus, des pancartes ont été déployées dans tout le pays, affichant des phrases comme « Si tu viens en Hongrie, ne viens pas piquer le travail des Hongrois », ou « Si tu viens en Hongrie, tu dois respecter notre culture ». Des slogans qui ont vite été détournés, pour souligner le paradoxe de la politique du pays. Un street-artiste, membre d’un parti politique factice, a préféré à ses phrases celle-ci : « Viens donc en Hongrie, nous, on travaille déjà en Angleterre ».

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