La production d’opium atteint des records en Afghanistan, malgré la lutte des États-Unis

 La quantité de pavot cultivée dans le monde en 2014 n’a presque jamais été aussi haute depuis les années 1930. Pourtant, les États-Unis tentent de la réduire en Afghanistan, premier pays producteur.

L'Afghanistan est responsable de 85% de la production mondiale de pavot. (Photo Flickr / ResoluteSupportMedia)
 L’Afghanistan est responsable de 85% de la production mondiale de pavot. (Photo Flickr /  ResoluteSupportMedia)

Des champs de pavot à perte de vue. Cette image pourrait bien être celle de l’Afghanistan, où pas moins de 224 000 hectares sont dédiés à la production du pavot. C’est dans ce pays qu’est cultivée 85% de la production mondiale de cette plante qui donne l’opium, principal ingrédient de l’héroïne. Malgré les efforts des États-Unis pour lutter contre ce trafic illégal, l’Afghanistan reste le principal fournisseur de cette drogue, comme le montre le récent rapport de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC).

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En deux ans, la production mondiale du pavot a plus que doublé, rapporte Le Monde, atteignant les 7554 tonnes en 2014. L’Afghanistan a lui augmenté de 7% sa production entre 2013 et 2014. Il faut dire que le pays est « idéalement positionné », note le National Interest : les plus gros consommateurs d’héroïne se trouvent en Europe de l’Est et du Sud-Est. En outre, l’instabilité de la sécurité interne en Afghanistan facilite le trafic de drogues, notamment aux frontières. Preuve que ce marché ne semble nullement perturbé : le prix reste à peu près stable depuis 2003.

Pourtant, les Etats-Unis mènent une « guerre contre les drogues ». En Afghanistan, ils ont dépensé 7,6 milliards de dollars pour tenter d’endiguer le narcotrafic. Sans grand résultat. Déjà en 2011, un rapport de la Commission mondiale sur la politique des drogues montrait une situation désespérante :

« Malgré les sommes dépensées, les mesures de criminalisation et de répression contre es consommateurs de drogues illégales sont un échec. Elles n’ont stoppé ni la culture, ni la consommation. Les éradications de sources ou d’organisations impliquées dans le trafic ne sont des victoires qu’en apparence ; elles sont balayées instantanément par l’émergence d’autres sources ou de trafiquants. »

L’une des raisons qui peut expliquer cette incapacité des Etats-Unis réside dans les autres tâches, prioritaires, que s’était données le pays en Afghanistan, soulève le National Interest : combattre Al-Qaïda et les Talibans. Mais d’autres facteurs entrent en jeu, et particulièrement le manque de coopération des autorités afghanes, qui ne font pas suffisamment d’efforts pour éviter le narcotrafic. Une nonchalance qui irrite les États-Unis, et notamment son Département d’État :

« Nos objectifs contre le trafic de drogues pourront être atteints seulement quand ils seront aussi ceux des Afghans. »

Mais le problème de la culture du pavot semble avant tout structurelle : faute d’autres sources de revenus, les Afghans se tournent vers cette activité. Et l’instabilité du pays n’arrange pas les choses. C’est ce que résumait Michael D. Lumpkin, secrétaire de la défense pour les opérations spéciales :

« La pauvreté, la corruption, le terrorisme lié au commerce de la drogue, et le difficile accès à un mode de vie alternatif qui donnerait de meilleurs revenus que la culture du pavot, tout cela contribue au problème de la drogue en Afghanistan. »

Parmi les solutions : tenter d’inciter les Afghans à changer de gagne-pain. L’une des propositions de l’UNODC serait de fournir aux Afghans des céréales autres que le pavot, énonce Vox. Certaines régions ont déjà reçu des sommes de la part des États-Unis pour développer de nouvelles infrastructures, ou pour guider leurs habitants en dehors du pavot. Mais comme le révèle le Fiscal Times, une poignée de cet argent a en fait profité à la culture de la plante. Le journal évoque notamment 108 millions de dollars donnés aux provinces afghanes qui ont finalement servi à construire des systèmes d’irrigation, qui ont été utiles pour faire pousser les petites graines noires.

D’autres voix se prononcent en faveur de la décriminalisation ou de la légalisation, remarque Vox, pour lutter contre le marché noir qui « profite aux organisations criminelles ». En 2016, les Nations Unies se réuniront en session internationale pour parler de la politique de la drogue, et pourraient bien proposer ces deux alternatives.

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