Terrorisme en Égypte : seules les informations officielles seront bientôt autorisées

 Une nouvelle proposition de loi vise à interdire aux journalistes égyptiens de publier des informations concernant le terrorisme et/ou des données statistiques différentes de celles avancées par les organismes d’État. Le texte, qui n’attend plus que de recevoir l’aval du président Abdel Fattah al-Sissi, incarne une nouvelle confrontation entre un pouvoir de plus en plus autoritaire et ce qu’il reste encore de société civile dans le pays.

(flickr/gigiibrahim)
(flickr/gigiibrahim)

L’Égypte d’Abdel Fattah al-Sissi vient une nouvelle fois de montrer ce qu’elle pense vraiment de la liberté d’expression. À travers une nouvelle proposition de loi initiée dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme », le gouvernement souhaite allonger les peines encourues par les personnes jugées coupables d’actes terroristes.

Problème : elle criminalise également, au travers de l’un de ses articles, le fait de rapporter des informations et/ou des données statistiques à propos du terrorisme différentes de celles des sources étatiques, rapporte le Guardian. Il y est stipulé que les journalistes publiant de « fausse informations ou données, concernant n’importe quelle opération terroriste, contredisant les communiqués officiels publiés par les autorités compétentes » risquent jusqu’à deux ans de prison.

La décision intervient quelques jours seulement après les affrontements meurtriers ayant pris place dans le Sinaï entre les forces du pays et des partisans se revendiquant comme affiliés à l’organisation de l’État islamique. L’armée, qui continue de nier avoir perdu plus de 17 hommes au cours des affrontements, a lourdement critiqué les médias étrangers qui ont dressé un bilan plus lourd de cette opération.

Le texte de la nouvelle loi, qui n’attend plus que la ratification du président égyptien pour entrer en vigueur, s’appuie fortement sur ce dénigrement du travail des médias indépendants. Gamal Eid, directeur exécutif du Réseau arabe d’information sur les droits humains (ANHRI), une ONG basée au Caire, a fermement condamné une proposition qu’il a comparée aux agissements des nazis. « On nous présente un article qui incite les médias à devenir des médias à la Goebbels, des médias ne présentant qu’une seule opinion et une seule version des faits », a-t-il ainsi déclaré au Guardian.

Ahmed el-Zind, le ministre de la Justice égyptien, a pour sa part déclaré à l’AFP qu’il « n’y avait pas d’autre choix possible que cette imposition de standards » et que le gouvernement, loin de vouloir museler la liberté d’expression, ne cherche qu’à remplir son « devoir de protéger les citoyens des informations mensongères ».

Nous l’avions déjà évoqué sur 8e étage, depuis la confiscation du pouvoir par l’armée il y a maintenant deux ans, de nouvelles réglementations, mettant en danger l’impartialité du système judiciaire égyptien, ont régulièrement été adoptées au prétexte de la « guerre contre le terrorisme ». Parmi celles-ci, la «règlementation des manifestations», le décret faisant de l’association des Frères musulmans « une organisation terroriste », celui « permettant à l’armée de juger des civils pour de simples dégradations sur la voie publique », le « décret facilitant les mises en détention préventive sans limites de temps » ou encore celui « autorisant les juges à se passer de témoins lors d’un procès ». Et la liste est encore longue.

Face à une nouvelle vague de nationalisme, nombreux sont les médias égyptiens, publics ou privés, à avoir fait le choix d’afficher leur soutien envers les actions du gouvernement. Les journalistes qui ont osé les questionner ont, eux, régulièrement été pris pour cible. Ils sont actuellement 18 à croupir dans les geôles égyptiennes, dont plusieurs journalistes étrangers. Un triste bilan que cette nouvelle loi ne risque pas d’améliorer.

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