On [re]dessine le monde : Revoir ses standards [ep 2], quelle semaine !

 Aujourd’hui, deuxième volet de notre série estivale de chroniques sur le thème des normes, standards et systèmes dans « On [re]dessine le monde ». Pour rappel, nous vous y parlons de ces règles tacites, mais omniprésentes, qui régissent notre vie de tous les jours. Celles-là mêmes auxquelles nous sommes tellement habitués que nous oublions bien souvent d’en questionner la provenance. Ce mercredi, c’est au calendrier, et plus précisément au concept de semaine, que nous allons prendre le temps de nous intéresser.

(Photo Flickr/ Dafne Cholet)
(Photo Flickr/ Dafne Cholet)

Comme un lundi !” Qui n’a jamais entendu cette réponse lapidaire lors d’un échange de politesses matinales post week-end ? Premier jour de notre semaine, l’arrivée du lundi signifie pour beaucoup la fin d’une (trop) courte période consacrée à la détente et aux loisirs. C’est qu’il s’agit de se remettre au travail. Lundi, jour honni. Pourtant, avez-vous déjà interrogé un Étasunien, un Chinois, un Iranien ou un Saoudien sur ce qu’ils pensent du lundi ? Car la réponse pourrait bien vous surprendre.

Vous l’avez compris, aujourd’hui nous allons nous intéresser au calendrier. Si ce dernier ne relève pas directement de la mesure du temps, il permet néanmoins de compter les années et les jours qui les composent. Majoritairement défini par rapport au Soleil et/ou à la Lune (il faut compter 365,2 jours dans une année solaire et 29,5 jours dans un mois lunaire), il se divise également en semaines. On compte normalement 52 semaines de sept jours dans une année — même si les pays divergent dans la manière de compter et numéroter les semaines.

Alors d’où nous vient ce concept de semaine ? Du latin septimana (septième), la semaine désigne une période de sept jours consécutifs, soit 168 heures. Cette dernière représente environ 23 % d’un mois moyen et 1/52e d’année. Jusque-là pas de problème. Là où ça coince un peu plus, c’est au niveau de sa paternité, un sujet qui continue de diviser les historiens.

L’une des principales hypothèses est que cette division du temps aurait été inventée aux alentours de 700 av.JC par des astronomes chaldéens — un ancien peuple sémite nomade ayant vécu au sud de l’actuel Bagdad et qui a un jour décidé d’assigner à chacun de leurs dieux une planète. Il faut savoir qu’une période de sept jours correspond à la fois à un « quartier » de lune et au nombre de différents astres que l’on peut apercevoir dans le ciel à l’œil nu : soit le Soleil, la Lune, Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne.

Cette division, tout arbitraire quelle soit, a ensuite été récupérée par différents peuples de la région, dont les Babyloniens, les Romains (au IIIe siècle), les Germains et même les anciens peuples nordiques. Évidemment, chacun d’entre eux renommant les jours en fonction de leurs dieux respectifs. C’est là qu’on se rend compte à quel point l’astrologie, responsable de l’ordre des jours de la semaine, a donc eu une influence majeure sur notre calendrier.

Dans le monde monothéiste, c’est la Bible, et ses traductions en grec et en latin, qui a ensuite répandu la pratique de la semaine. L’Ancien Testament relate ainsi que Dieu aurait créé le monde en six jours, avant de prendre un jour de repos bien mérité — à noter que la Genèse fait d’ailleurs venir Abraham de Chaldée. Ce dernier jour à le mérite de servir de point de repère permettant d’identifier facilement les autres jours.

Chez les chrétiens, l’adoption du dimanche comme jour de repos provient d’une volonté de se différencier des juifs, pour qui le jour de repos, le Shabbat a lieu le samedi. C’est l’empereur Constantin Ier qui officialisera le Jour de Soleil comme jour chômé par le biais d’un décret en l’an 321.

Pourtant, bien évidemment, tous les peuples n’ont pas toujours vécu au rythme de la semaine. Ainsi, pendant fort longtemps, Égyptiens, Chinois ou Grecs lui ont préféré l’emploi de la décade (10 jours). Avant d’adopter la semaine, les Romains utilisaient, eux, les ides et les calendes basées sur une semaine de huit jours. Le calendrier maya comptait pour sa part 20 jours différents se succédant en cycle de 13 jours. Enfin, du côté de l’hexagone, lors de la Révolution française, le calendrier républicain tenta de réinstaurer les décades. Un échec. Peu nombreux étaient ceux qui souhaitaient passer d’un jour de repos sur sept à un jour de repos sur dix.

Comment dit-on semaine dans les différents pays d'Europe ?
Comment dit-on le mot « semaine » dans les différents pays d’Europe ?
(Source :  UKdataexplorer) cliquez pour agrandir

L’origine étymologique des différents jours de la semaine est également à trouver du côté des divinités antiques. Ainsi, en français, le lundi vient du latin lunae dies qui signifie « jour de la Lune », le mardi est le « jour de Mars », le mercredi le « jour de Mercure », le jeudi le « jour de Jupiter », le vendredi le «  jour de Vénus  », le samedi le « jour de Saturne » et enfin, seule exception notable, le dimanche (dominica dies en latin) est le « jour du Seigneur ». En effet, en France, tout comme en Espagne et dans quelques autres régions européennes, une réforme ecclésiastique aura réussi à substituer ce terme à celui de « jour du Soleil ». À l’inverse, les Anglais parlent toujours du « sunday » et les Allemands du « sonntag ».

Il faut tout de même remarquer l’existence d’une exception notable en la matière en Europe : le Portugal. En effet, le portugais est la seule langue romane où l’ensemble des jours de la semaine trouve leur origine étymologique dans la liturgie catholique. Par conséquent, la semaine portugaise actuelle est intégralement basée sur la semaine sainte (la semaine précédant Pâques pour les chrétiens).

Selon l’explication la plus communément admise, il s’agit de l’œuvre de Martinho de Dume, évêque de la ville de Braga au VIe siècle. Ainsi, si l’on retrouve bien domingo (pour dimanche), le « jour du Seigneur », précédé du sábado dérivé de l’hébreu Sabbat, les autres jours de la semaine signifient littéralement deuxième jour non travaillé (segunda-feira), troisième jour non travaillé (terça-feira), quatrième jour non travaillé (quarta-feira), cinquième jour non travaillé (quinta-feira) et enfin sixième jour non travaillé (sexta-feira).

Le premier jour de la semaine dans le monde : en vert, le samedi ; en bleu, le dimanche ; en jaune, le lundi by Saeed.gnu via Wikimedia Commons.
Le premier jour de la semaine dans le monde : en vert, le samedi ; en bleu, le dimanche ; en jaune, le lundi by Saeed.gnu via Wikimedia Commons.

Quel est le premier jour ouvrable de la semaine ? Pour un français, la réponse semble évidente : le lundi. Il en sera de même dans la plupart des pays d’Europe, ainsi qu’en Australie, dans une partie de l’Amérique du Sud, mais aussi dans certains pays d’Afrique et d’Asie. De même, la norme internationale ISO 8601 (qui spécifie la représentation numérique de la date et de l’heure en se basant respectivement sur le calendrier grégorien et le système horaire de 24 heures) considère elle aussi qu’une semaine débute le lundi. Pourtant, dans d’autres endroits du monde la réponse pourrait bien être dimanche, voire même samedi.

Pourquoi ? Encore une fois, essentiellement en raison de facteurs religieux et culturels. Ainsi, rappelons que dans la Bible, le dimanche est considéré comme le premier jour de la semaine. Ce qui explique pourquoi, dans un grand nombre de pays à culture judéo-chrétienne, par exemple les États-Unis, le Canada, Israël, ou dans la plupart des États d’Amérique du Sud, on considère que la semaine débute le dimanche. C’est aussi le cas au Japon ou en Chine. Mais attention, cela ne veut pas dire pour autant qu’on y travaille ce jour-là. Le temps du week-end y est bien respecté, c’est juste le calendrier qui change.

Plus surprenant encore, dans certains pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, la semaine de travail débute le samedi. Selon la religion musulmane, le vendredi est la journée de prière et le jour saint de l’islam. Ainsi, en Afghanistan, le week-end prend place du jeudi après-midi jusqu’au vendredi. De même, en Iran, le week-end n’est en réalité constitué d’un seul et unique jour : le vendredi.

D’autres pays de cette région ont fait leur transition du week-end du jeudi vendredi vers celui du vendredi samedi au début du XXIe siècle. L’objectif étant d’obtenir un plus grand nombre de jours travaillés coïncidant avec les jours ouvrables des marchés financiers mondiaux. C’est ainsi le cas de l’Algérie (2009), du Bahreïn (2006), du Bangladesh, de l’Égypte, de l’Irak (2005-2006), de la Jordanie (2000), du Koweït (2007), de la Libye (2000-2006), d’Oman (2013), de la Palestine, du Qatar, de l’Arabie Saoudite (2013), du Soudan du Nord (2008), de la Syrie (2005-2006), des Émirats Arabes Unis (2006) ou encore du Yémen (2013).

Ecriture d'une date selon les pays par Artem Karimov (talk | edits) et TopoChecker (talk) via Wikimedia Commons.
Ecriture d’une date selon les pays par Artem Karimov (talk | edits)
et TopoChecker (talk) via Wikimedia Commons.

Enfin, il faut garder à l’esprit que la semaine est loin d’être l’unique norme temporelle au niveau de laquelle nous divergeons. Comme l’illustre bien la carte ci-dessus, il existe par exemple différentes façons d’écrire une date dans différents pays. Pour faire simple, la majorité du monde (en bleu sur la carte) suit le format JJ/MM/AA. C’est par exemple le cas de la majorité des pays d’Europe, de ceux d’Asie Centrale, d’Asie du Sud-Est ou d’Asie de l’Ouest, de l’Australie, de la plus grosse partie de l’Amérique du Sud, de l’Afrique du Nord, de l’Inde, de l’Indonésie, du Nigeria, du Bangladesh ou encore de la Russie.

Un second groupe de pays (en jaune), composés de la Chine, des deux Corées, de Taïwan, de la Hongrie, de l’Iran, du Japon, de la Lituanie et de la Mongolie, ont adopté le format AA/MM/JJ. Ce format recommandé par ISO 8601 est connu de nombreux autres pays du monde.

Et comme les États-Unis (en magenta) n’aiment décidément pas faire comme tout le monde, ils utilisent le format MM/JJ/AA, soit mois, jours, années, et ne sont rejoints dans cette pratique que par le Belize. Encore une fois, l’explication est à trouver du côté de la non-application outre-Atlantique du système métrique, que nous évoquions déjà dans le premier épisode de cette série. À noter que dans un nombre d’autres pays (marqués en rouge, vert et gris sur la carte), plusieurs formats sont en usage en même temps.

Une fois encore, il est légitime de se demander s’il serait possible que les différents pays ne finissent par s’accorder sur l’utilisation un seul système. En regard de l’histoire, la réponse est très certainement oui. En revanche, ce processus risque de prendre encore plusieurs dizaines d’années. En toute vraisemblance donc, nous n’avons pas fini de perdre du temps pour essayer de comprendre de quelle manière on mesure ce dernier à l’autre bout du monde…

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