Ebola : un gros producteur d’huile de palme aurait profité de l’épidémie au Libéria

 Un rapport de l’ONG Global Witness pointe du doigt les pratiques de Golden Veroleum, premier producteur d’huile de palme du Libéria. A l’en croire, l’entreprise aurait su tirer avantage de l’épidémie d’Ebola et ainsi acheter, à bas prix, des terres à des paysans illettrés et mal-informés.

(Photo Flickr/ Angela Sevin)
(Photo Flickr/ Angela Sevin)

Selon un rapport publié le 23 juillet par l’ONG Global Witness, la compagnie Golden Veroleum (GVL) aurait profité de l’épidémie d’Ebola pour faire main basse sur des terres cultivables dans le sud du Liberia. Ainsi, entre les août et octobre 2014 — c’est à dire au moment du pic de l’épidémie dans le pays — Golden Veroleum aurait réussi à acquérir 13 400 hectares supplémentaires par le biais de protocoles d’entente avec des particuliers. Cela aurait permis à l’entreprise de doubler ses surfaces de production d’huile de palme.

Le modus operandi dénoncé par l’ONG ? Faire signer des contrats à des populations le plus souvent illettrées et qui plus est mal-informées, en leur promettant en contrepartie de leur fournir du travail, ou bien de construire de nouvelles infrastructures. Pire encore, ceux qui auraient refusé de signer auraient parfois été battus et/ou arrêtés, comme le rapporte un article de la BBC. Selon Global Witness, le succès de cette vaste opération, qui a déjà engendré le défrichement de milliers d’hectares, est certainement à mettre sur le compte de l’inaction de la société civile locale, d’ores et déjà pleinement mobilisée pour en finir avec l’épidémie d’Ebola.

De son côté, Golden Veroleum se contente de rejeter en bloc toutes les accusations. Niant avoir exercé toute forme de pression et clamant avoir toujours respecté la loi, le producteur a tenu à rappeler lors d’une conférence de presse la semaine dernière avoir signé avec le gouvernement libérien un accord lui octroyant 260 hectares dans le pays en 2010. Les termes de cet accord précisaient qu’il revenait à l’entreprise de négocier directement l’exploitation de ces terres avec les populations locales.

Dans un communiqué publié sur Internet, Global Witness demande la mise en place d’une commission d’enquête gouvernementale. De plus, l’ONG appelle le gouvernement à enquêter non seulement sur les accusations d’intimidations des habitants, mais également sur des allégations de « corruption potentielle » qui impliqueraient de multiples officiels et hommes politiques libériens.

Alors que l’épidémie d’Ebola a déjà fait plus de 11 000 morts dans l’Ouest de l’Afrique, les autorités sanitaires du Liberia ont déclaré la semaine dernière que le pays était pour la seconde fois sans aucun nouveau cas connu. Les quatre derniers malades ont pu quitter la clinique Elwa, située à Monrovia, lundi dernier. Ils demeurent néanmoins sous surveillance. Six autres personnes qui avaient été en contact avec des malades demeurent également en observation.

L’huile de palme est une industrie dont la valeur est estimée à plusieurs milliards d’euros. Utilisée à la fois pour les cosmétiques et l’alimentation, elle est peu coûteuse à produire. Face à une demande toujours croissante, sa production a fini par devenir l’un des piliers du développement du Liberia.

Malgré cela, les différends entre producteurs d’huile de palme et populations locales ne datent pas d’hier. En mai dernier déjà, de violentes manifestations avaient pris place dans une plantation de Golden Veroleum. Les manifestants avaient alors retenu plusieurs personnes en otage et il avait fallu l’intervention des forces de police pour apaiser la situation.

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