Brésil : plus d’un quart des parlementaires sont impliqués dans des affaires criminelles

 Selon une étude d’un site indépendant brésilien, 160 sénateurs et députés font l’objet d’enquêtes ou ont déjà été condamnés devant la Cour Suprême du pays.

Le Sénat est l'une des deux chambres du congrès au Brésil. Photo Wikipedia
 Le Sénat est l’une des deux chambres du congrès au Brésil. Photo  Wikipedia

Sur les 594 parlementaires que compte le Congrès brésilien, pas moins de 160 ont ou ont eu affaire avec la justice criminelle, sans distinction de parti politique. Ce chiffre a été délivré par un site indépendant, Congresso em foco, qui surveille le parlement brésilien. Dans un premier article, le site révèle que « 30 des 81 sénateurs font l’objet d’une enquête ou d’une procédure criminelle devant la Cour Suprême. »

En ce qui concerne la chambre basse, un second article parle de « plus de 130 députés » sur les 513, soit 26 %. Sylvio Costa, directeur de Congresso em foco, déplore ces chiffres, comme le rapporte l’Irish Times :

« La réputation du Congrès auprès du public est terrible, et cela entache sa légitimité ».

Achat de votes, détournement de fonds, blanchiment d’argent, évasion fiscale, contrefaçon, corruption de l’administration publique, fraude contre les systèmes de santé et de retraites, trafic d’influence, invasion de réserves d’indigènes, recours à l’esclavage, participation à la formation de groupes criminels… La liste des crimes desquels ces politiciens sont accusés ou soupçonnés n’en finit pas. L’Irish Times mentionne notamment Jair Bosonaro, accusé d’incitation au viol envers la parlementaire Maria Do Rosario. Il est pourtant l’élu qui a reçu le plus de voix à Rio de Janeiro.

Márlon Reis, juge et leader du Mouvement pour combattre la corruption électorale, dénonce « une classe politique criminelle ». Le Parlement actuel, élu en octobre 2014, n’est pas le premier à être impliqué dans ce type d’affaires : les précédents comptaient parmi leurs membres des personnes liées à des trafics de drogue ou encore au crime organisé. En outre, la liste de membres de ce Congrès impliqués pourrait s’allonger au fur et à mesure de l’avancement de nouvelles enquêtes. Márlon Reis trouve plusieurs explications à cette hausse de la criminalité parmi les dirigeants :

« Un nombre significatif de nos politiciens commettent ouvertement des crimes contre l’administration publique. C’est une stratégie. Beaucoup utilisent la politique pour augmenter leur fortune personnelle. Et un second élément les motive : aujourd’hui, les élections coûtent tellement cher que se mettent en place des courses au financement et à la corruption pour servir les campagnes électorales. »

Dilma Rousseff, présidente du Brésil réélue en octobre dernier, est elle-même soupçonnée d’avoir détourné de l’argent de l’entreprise étatique Petrobras pour financer ses campagnes électorales, en 2010 et en 2014. Comme elle bénéficie de l’immunité présidentielle, le Parlement débat en ce moment pour savoir s’il convient de la présenter ou non devant la justice.

Au Brésil, rappelle l’Irish Times, l’impunité reste un problème majeur lorsqu’il s’agit des politiciens. Depuis la mise en place de la Constitution de 1988, seuls 16 d’entre eux, sur plus de 500 parlementaires qui ont fait l’objet d’enquêtes, ont été condamnés. Un seul est actuellement en prison. Beaucoup de procédures sont abandonnées ou suspendues.

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