Kenya : la communauté LGBT organise son premier festival de cinéma

 Pendant quatre jours, de jeudi à dimanche dernier, Nairobi accueillait pour la première fois de son histoire un festival du film LGBT. Objectif : promouvoir le dialogue et essayer de faire évoluer les mentalités dans un pays où l’homosexualité demeure punie par la loi et où une majorité de la population continue de la considérer comme un « comportement inacceptable ».

(Photo Flickr/ Patrik Nygren)
 « L’amour homosexuel est un crime dans 75 pays – dans dix d’entre eux la sentence est la mort ».
(Photo Flickr/ Patrik Nygren)

Officiellement, l’homosexualité est toujours illégale au Kenya. Par conséquent, vouloir organiser un festival du film LGBT à Nairobi, la vibrante capitale de ce pays d’Afrique de l’Est, peut sembler un choix osé, voire même carrément dangereux. Qu’importe, les organisateurs du Out film festival de Nairobi n’ont pas froid aux yeux et veulent continuer à se battre pour faire évoluer les mentalités.

La cérémonie d’ouverture du Out Film Festival a eu lieu jeudi soir dernier dans un auditorium bondé situé en plein centre-ville de Nairobi, comme le rapporte un article du Guardian. Au programme : Pride, un film britannique de Matthew Warchus basé sur la véritable histoire d’un groupe d’activistes gays et lesbiennes ayant décide de récolter de l’argent pour venir en aide aux familles des mineurs britanniques impliqués dans la grève de 1984-1985. Et un épisode de la série télévisée Sense8, qui met notamment en scène des personnages gays, lesbiens et transgenres de même que des couples interraciaux.

Tristement, pas le moindre film kényan n’a été présenté, comme le souligne un article de Vice News. Pas de projection donc de l’excellent Stories of our Lives, doublement primé au Festival du film international de Berlin. Il faut dire que ce dernier avait été banni l’année dernière par l’Office national du film kényan au titre qu’il « faisait la promotion de l’homosexualité, ce qui est contraire aux normes et valeurs nationales ».

Qu’à cela ne tienne, la tenue à Nairobi du Out film festival constitue tout de même un grand pas en avant pour la communauté LGBT du pays. Il faut bien comprendre qu’il y a seulement quelques années de cela, organiser un tel évènement relevait de l’impossible.

C’est seulement depuis 2010, et l’entrée en vigueur de la nouvelle constitution kényane, bien plus progressiste qu’auparavant, que les tribunaux du pays ont commencé à mieux protéger les droits des minorités. Depuis, il est donc devenu plus facile pour les militants et les activistes se battant pour faire valoir les droits des LGBT au Kenya — qui bien que peu nombreux se montrent très actifs — de s’afficher au grand jour.

Par ailleurs, le festival a eu lieu très peu de temps après la visite historique de Barack Obama dans le pays. A cette occasion, le président américain avait d’ailleurs défendu avec verve le droit des gays : « Lorsque vous commencez à traiter les gens différemment, parce qu’ils sont différents, vous vous engagez sur un chemin où les libertés s’érodent et des choses regrettables se produisent ».

Malgré cela, et bien que le pays n’ait — heureusement — pas pris le chemin emprunté par l’Ouganda voisin, les discriminations contre la communauté LGBT demeurent bien réelles au Kenya. Les agressions physiques de jeunes non-hétérosexuels n’y sont pas rares. Le fait qu’une majorité de Kényans continue de considérer l’homosexualité comme un « comportement inacceptable » est tout aussi inquiétant. Quant au président kényan Uhuru Kenyatta, il avait lors sa réponse aux propos du président Obama purement et simplement qualifié le droit des gays de « non-problème […] très loin des véritables préoccupations des habitants du pays ».

Si la plupart des démocraties occidentales ont maintenant légalisé le mariage gay, l’homosexualité demeure toujours illégale dans 38 pays d’Afrique. Dans cinq d’entre eux, être ouvertement gay, lesbienne ou transsexuel, c’est risquer la peine de mort.

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