Google Maps ravive des tensions entre le Venezuela et le Guyana

 Pourquoi Google a-t-il préféré utiliser sur Google Maps les noms hispanophones d’un certain nombre d’axes routiers du Guyana plutôt que les noms anglophones en vigueur dans le pays ? C’est la question qu’a posée le premier ministre de la République coopérative du Guyana au géant du web. Le petit pays anglophone, ancienne Guyane britannique et seul État du Commonwealth en Amérique du Sud, y voit là une provocation alors même que son voisin vénézuélien continue de revendiquer 62% du territoire guyanien.

(photo Amanda Richards/Flickr)
(photo Amanda Richards/Flickr)

Google vient-il de raviver, peut-être même sans le vouloir, une dispute territoriale vielle de presque deux siècles ? C’est bien possible. Une dimension technologique viendra du moins désormais s’ajouter à un sujet qui était déjà suffisamment sensible comme cela. En cause : l’emploi par Google maps de noms hispanophones – tels qu’ils sont utilisés au Venezuela – pour désigner un certain nombre de rues et autres axes routiers du Guyana, petit État anglophone de 800 000 habitants enserrée entre le Venezuela, le Brésil et le Suriname.

Par exemple, la « Anna Regina Public Road » est donc ainsi devenue la « Avenida 100 Bolivar ». S’agit-il là d’un clin d’œil innocent au héros de l’émancipation des colonies espagnoles d’Amérique du Sud Simón Bolívar, « el Libertador », véritable idole du gouvernement vénézuélien ? Impossible à dire. Quoi qu’il en soit, cela n’a pas du tout plu au gouvernement du Guyana. Pour preuve, Moses Nagamootoo, le premier ministre de l’unique État du Commonwealth situé en Amérique du Sud, vient de demander au géant du web américain de s’expliquer sur ce choix et de rétablir au plus vite les véritables noms, anglophones ceux-là.

Difficile de savoir si ces changements sont récents, comme le précise le Daily Mail. En effet, ni Google, ni le gouvernement vénézuélien n’ont souhaité, pour l’heure, émettre de commentaire sur le sujet.

Il faut bien comprendre que si celui-ci revêt une telle importance pour le Guyana, c’est parce que les dénominations hispanophones en question sont encore couramment utilisées au Venezuela. Là-bas, leur emploi n’a rien d’innocent. Le grand voisin à l’ouest continue, encore de nos jours, de revendiquer rien de moins que 62% du territoire du Guyana.

La dispute ne date pas d’hier. Le Venezuela réclame la région de l’Essequibo, qui comprend les deux-tiers de l’ancienne colonie britannique, depuis son accession à l’indépendance en 1824 — c’est à dire avant même l’indépendance du Guyana. Mais cela faisait bien longtemps que cette vieille querelle, initiée par Simón Bolívar, n’avait plus fait de vague. Jusqu’à la découverte en mai dernier d’importants gisements de pétrole et de gaz naturel au large des côtes du pays par la société pétrolière et gazière américaine ExxonMobil. Valeur estimée au cours actuel du marché ? 40 milliards de dollars américains (35,3 milliards d’euros). Une annonce qui, comme par hasard, a ravivé les revendications du Venezuela sur le territoire guyanien.

Il va sans dire que cette richesse nouvelle pourrait radicalement changer la donne pour le Guyana, pays relativement pauvre dont l’économie repose essentiellement sur la culture du riz et l’exploitation de quelques mines d’or, de diamants et de bauxite (principal minerai permettant de produire de l’aluminium). Il n’est donc pas étonnant qu’il attire les convoitises.

Preuve en est, le président vénézuélien, Nicolás Maduro, a récemment traité son homologue guyanien David Granger « d’otage d’ExxonMobil ». Ses opposants dénoncent quant à eux une instrumentalisation de cette dispute territoriale pour tenter de distraire les votants vénézuéliens de problèmes autrement plus graves comme la hausse de l’inflation, la période de récession économique que traverses actuellement le pays et la montée en puissance du crime organisé.

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