Bolivie : Des indiens traduisent Facebook dans l’espoir de préserver leur langue

 L’aymara, langue d’Amérique du Sud, aurait autrefois été la langue officielle de l’empire inca. Pourtant, elle ne compterait plus de nos jours qu’un peu moins de deux millions de locuteurs natifs, la majorité d’entre eux étant des indiens de Bolivie. Dans l’espoir de préserver leur langage, un groupe de volontaires originaires d’El Alto a travaillé d’arrache-pied pendant des mois dans le but de proposer une version de Facebook dans leur langue natale.

(Photo Flickr/ Jaqi Aru)
(Photo Flickr/ Jaqi Aru)

Ils avaient déjà réussi l’exploit de conquérir le pouvoir en 2006 par l’intermédiaire de leur président Juan Evo Morales Ayma, voilà qu’aujourd’hui les indiens aymaras, peuple autochtone de Bolivie, se battent pour préserver leur langue et par ricochet leur culture. Malgré le fait qu’elle soit la deuxième langue la plus parlée dans ce pays de 10,4 millions d’habitants, l’aymara, qui aurait jadis été la langue officielle de l’empire inca, ne compterait plus aujourd’hui qu’environ deux millions de locuteurs natifs. Une situation critique qui a conduit l’UNESCO à cataloguer la langue comme « vulnérable » dans son Atlas des langues en danger dans le monde.

L’aymara a beau être plus que millénaire, les indiens, eux, sont bien des hommes et des femmes de leur temps. Preuve en est, un petit groupe de volontaires en provenance d’El Alto, la deuxième ville de Bolivie, en est venu à la conclusion que l’un des meilleurs moyens d’assurer la survie de leur langue serait tout simplement de convaincre Facebook (déjà disponible en 70 langues) de proposer une version officielle du réseau social en aymara, comme le rapporte un article paru récemment dans El País.

L’idée lancée en 2009 par Jaqi Aru, une communauté virtuelle dédiée à la sauvegarde de cette langue, a depuis fait du chemin. La semaine dernière, Elías Quispe, le responsable de la plateforme, a indiqué à El País qu’une équipe de 15 à 20 volontaires viennent de finir de traduire les quelques 24 000 mots nécessaires pour que Facebook acceptent de se pencher sur la possibilité de lancer une version de son site en aymara. Selon Quispe, Facebook leur avait déjà confirmé il y a deux mois qu’ils étaient très proche de satisfaire les exigences de la plateforme en matière de traduction.

Les membres de Jaqi Aru seraient maintenant occupés à vérifier l’exactitude de la terminologie en usage sur le site. Le jour est donc proche où ceux qui le souhaitent pourront cliquer sur « kusawa » pour dire qu’ils « aiment » un statut sur Facebook ou encore laisser un commentaire en appuyant sur « qillqt’aña ».

Si obtenir une version officielle de Facebook dans leur langue représente bien évidemment une étape majeure vers la sauvegarde de l’aymara — en permettant notamment de renforcer le sentiment d’appartenance à une communauté chez les jeunes indiens —, le travail accompli par Jaqi Aru est cependant loin de se résumer à cette tâche. « Nous avons créé des blogs, des comptes sur les réseaux sociaux, contribué à Wikipédia en aymara ou encore sous-titré des vidéos », explique ainsi Rubén Hilari, l’un des volontaires de Jaqi Aru dans les pages d’El País. « Si aujourd’hui nous ne faisons pas ce qu’il faut pour préserver notre langue et notre culture, demain il sera trop tard pour se rappeler qui nous sommes et nous douterons en permanence de notre identité », conclut le Bolivien.

A en croire Rodolfo Cerrón-Palomino, un spécialiste de la langue, ce serait l’aymara, et non le quechua, qui aurait constitué la langue officielle de l’empire inca. Si vous souhaitez apprendre les rudiments de cette langue, des cours sont disponibles en ligne – comme par exemple celui-ci (de l’anglais vers l’aymara) – en accès libre sur la plateforme d’apprentissage Memrise.

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1 commentaires

  1. Elias 1 année ago

    Uka yatiyäwix kusapiniwa

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