Nous sommes tous entourés d’un «nuage microbien» qui pourrait permettre de nous identifier

 Mieux qu’une empreinte digitale, notre « nuage microbien » personnel, qui se révèle être en réalité une extension du microbiome humain, nous suit absolument partout. Drastiquement différent d’un individu à l’autre, il pourrait permettre, sous réserve de posséder la technologie nécessaire, d’identifier très précisément un individu, et ce même après que ce dernier a quitté la pièce.

(Photo Flickr/ Macroscopic Solutions)
 Notre organisme accueillerait dix fois plus de cellules bactériennes que de cellules humaines.
(Photo Flickr/ Macroscopic Solutions)

A priori, cela pourrait ressembler à une mauvaise nouvelle : chacun d’entre nous est en permanence entouré d’un épais nuage de plusieurs millions de bactéries. Et pas question de chercher à le faire disparaître en prenant des douches à répétition, cela ne marchera pas, car il s’agit en réalité d’une simple extension du microbiome humain — ces milliards d’organismes microscopiques, et invisibles à l’œil nu, qui se sont durablement adaptés à la surface et à l’intérieur de notre organisme et influent sur notre état de santé.

Si la communauté scientifique savait déjà que ce microbiome produisait plusieurs millions de bactéries en suspension, ce « nuage microbien », spécifique à chacun, n’avait jamais fait l’objet d’une étude scientifique aussi poussée que celle dont les conclusions, pour le moins surprenantes, viennent d’être publiées dans la revue scientifique PeerJ. Selon les auteurs de l’étude, il apparait fort possible que ce dernier puisse constituer une piste très prometteuse en matière d’identification biométrique, comme le révèle un récent article publié sur le site Internet Smithsonian.com.

Les auteurs de l’étude, une équipe de chercheurs américains de l’université d’État de l’Oregon, ont découvert qu’il était possible d’identifier la présence de cette empreinte éphémère dans un lieu clôt. Pour ce faire, ils ont analysé les « nuages microbiens » de onze volontaires restés dans une pièce complètement stérile pendant une durée de 1h30 à 4 heures. « Cette expérience nous a appris qu’en se basant sur un échantillon d’air présent dans une pièce, il était possible de dire à quel moment cette dernière a été occupée par une personne grâce à la présence dans l’air d’une signature microbienne », ont-ils ainsi expliqué dans un communiqué.

Plus étonnant encore que la présence de cette « perturbation microbienne », malgré le fait que nous ayons tous tendance à souvent émettre les mêmes composants (Streptocoque, Propionibacterium, Corynebacterium, etc), ces derniers ont très largement tendance à différer en proportion selon les individus. C’est cela qui donne aux chercheurs l’espoir de pouvoir se servir du « nuage microbien » pour identifier un individu. D’ailleurs, au cours d’une seconde étude menée sur huit personnes enfermées pendant 90 minutes dans une pièce stérilisée, les chercheurs ont été capables d’identifier très précisément les « nuages microbiens » de six d’entre elles. Le tout en analysant simplement les quantités de bactéries présentes dans les échantillons d’air.

Pour l’heure, l’identification de cobayes n’a pu avoir lieu que lorsque ces derniers étaient placés, seuls, dans un espace confiné et stérilisé où l’équipe maitrisait l’ensemble des paramètres. De plus, il faut garder à l’esprit que la composition du microbiome humain serait amenée à varier en fonction de notre alimentation, ainsi qu’à se diversifier avec le vieillissement de l’individu. Par ailleurs, il serait même également possible d’acquérir des gènes de bactéries extérieures. En résumé, si des perspectives semblent s’ouvrir à la science en matière de technologies d’identification biométrique, il reste du chemin à parcourir avant que cette signature éphémère ne soit identifiable dans les conditions du monde réel.

Pour en savoir plus sur le microbiome humain, il est possible de consulter le site Internet du Human Microbiome Project, un vaste projet scientifique, initié en 2007 aux États-Unis, qui vise à séquencer à partir d’échantillons l’ensemble des gènes et des micro-organismes présents chez l’homme.

Recommandé pour vous

0 commentaires